Des demandeurs d'asile en route pour Jérusalem lundi. Photo Ilyan Marshak.
 
MISE A JOUR 18H : Les migrants africains ont été arrêté à 16 heures heure locale par la police israélienne qui a "violemment mis fin à la manifestation" selon les activistes qui accompagnaient la marche. Quatre bus ont été dépéchés pour les conduire à la prison de Saharonim.
 
Ils sont près de 150 sans-papiers africains à avoir fui un centre de détention du désert du Néguev où ils étaient détenus pour marcher vers Jérusalem. Leur but : demander l’asile politique au gouvernement alors que la plupart d’entre eux sont cloîtrés depuis plus d’un an et demi sans avoir été jugés. Un des marcheurs nous explique pourquoi il a pris ce risque.
 
En 2011, la Knesset, le Parlement israélien a voté une loi qui autorise la détention de migrants sans-papiers pour une durée de trois ans maximum sans aucun jugement. À la suite de cette décision, la plupart des migrants africains, principalement originaires du Soudan et de l’Erythrée, ont été enfermés dans des centres de détention dans le désert du Néguev, dans le sud d’Israël. Mais en septembre, une décision de la Haute cour de justice israélienne du pays a déclaré anticonstitutionnelle la détention automatique et prolongée des migrants. Les conditions de détention de ces migrants, enfermés dans des centre clos, a également fait polémique. En réaction, les autorités israéliennes ont construit un centre de détention à ciel ouvert dans le même désert, appelé Holot.
 
Video Ilyan Marshak.
 
 
Jeudi 12 décembre, 484 migrants ont été transférés vers ce nouveau centre à ciel ouvert. Ses portes restent ouvertes, mais les migrants doivent pointer trois fois dans la journée. La nuit, le centre de détention est fermé et les migrants doivent impérativement y dormir. Si un migrant ne respecte pas ces obligations, il peut être arrêté et envoyé en prison.
Selon Haaretz, seulement un quart des 484 détenus ont refusé de rester dans le centre d’Holot ce week-end. Dimanche, un groupe de 150 migrants a entamé une marche de six heures pour rejoindre la ville la plus proche du Néguev, Be’er Sheva, et y passer la nuit. Mardi, ces derniers ont atteint leur objectif et manifesté devant la résidence du Premier ministre puis la Knesset à Jérusalem.
 
Légalement, la police peut arrêter les migrants 48 heures après que le centre de détention a signalé leur absence. Ils pourraient donc être arrêtés ce mardi. La présidente de la Commission de l’intérieur à la Knesset et membre du Likoud Miri Regev a pour sa part publié un communiqué où elle espère que "la police arrêtera les migrants une fois à Jérusalem et les renverra en prison pour avoir violé la loi".
 
Les migrants ont achevé leur marche devant les bureaux du Premier ministre avant de se diriger vers le Parlement. Photo publiée ce matin par HRM Israel.
 
 

"C’est la première fois que je voyais Jérusalem, ça fait un an et demi que je vis enfermé"

Abdelmosin Osman a 24 ans et vient de la région du Darfour au Soudan. Il a été arrêté après avoir passé la frontière israélienne en mai 2012 et a passé 19 mois dans un camp de détention. France 24 a pu le contacter lundi alors qu’il marchait vers Jérusalem.
 
Ça fait un an que je suis en Israël, mais c’est la première fois que je vois Jérusalem. Depuis que je suis arrivé, je suis enfermé quelque part dans le désert du Néguev. Jeudi dernier, on nous a forcés à signer un document en hébreu, qu’aucun de nous ne pouvait lire. Ils nous ont dit que c’était notre ordre de libération, puis ils nous ont emmenés dans le centre de détention d’Holot. On ne peut pas sortir du centre la nuit, et on doit pointer trois fois par jour. C’est perdu au milieu du désert, à une heure et demie en voiture de la première ville. C’est comme une prison. On a entrepris une grève de la faim, mais plusieurs migrants Soudanais ont décidé que ce n’était pas suffisant et ont commencé cette marche vers Jérusalem. D’autres Erythréens ont préféré ne pas participer.

"On ne sait pas ce qu’il va se passer ensuite, mais on n’a pas le choix"
 
On sait très bien qu’on risque d’être arrêtés. Une voiture de police nous suit en permanence. Mais on s’en moque, on veut que notre message passe, et montrer aux gens que nous sommes des manifestants pacifiques, et que nous souffrons. Pour la plupart, nous avons fui des pays en conflit, où il est impossible de retourner. Mes deux parents ont été tués au Darfour, j’étais en danger là-bas. Nous sommes venus à Israël pour trouver un refuge, mais au lieu de ça, on nous traite comme des criminels et on nous met en prison. Si Israël ne nous considère pas comme des réfugiés, qu’il nous transfère dans un autre pays qui pourra le faire.
 
Nous n’avons pas eu de problème durant notre marche, mais nous avons eu besoin de l’aide d’activistes israéliens pour trouver un endroit où dormir, ils nous ont aussi distribué des couvertures car il faisait extrêmement froid [les températures durant cette période sont exceptionnellement bases en Israël, trois des migrants ont été hospitalisés dimanche à cause du froid]. Nous sommes heureux de voir que des Israéliens marchent avec nous et nous comprennent. On ne sait pas ce qu’il va se passer ensuite, mais on n’a pas le choix, il faut qu’on continue.
 
Photo Orly Feldheim.
 
Photo Ilyan Marshak.