CENTRAFRIQUE

En images : des civils armés de machettes dans Bangui

Le km-5, c’est habituellement le poumon économique de la ville de Bangui. Mais depuis l’attaque menée par les milices chrétiennes anti-balakas sur les musulmans du quartier, le km-5 est devenu une zone de non droit, où les civils ne s’aventurent plus sans une machette à la main.

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Dans les rues du km-5 jeudi après-midi. Photo prise par Hervé Cyriaque Serefio. 

 

Le km-5, c’est habituellement le poumon économique de la ville de Bangui. Mais depuis l’attaque menée par les milices chrétiennes anti-balakas sur les musulmans du quartier, le km-5 est devenu une zone de non droit, où les civils ne s’aventurent plus sans une machette à la main.

 

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des groupes anti-balakas, les milices d’auto-défense qui s’opposent aux anciens rebelles de la Séléka, ont attaqué la capitale centrafricaine en pénétrant par différents quartiers. Une opération coordonnée, appuyée par des éléments de la garde rapprochée du président déchu François Bozizé, qui a pris de cours les éléments de l’ex-Séléka. Dans le quartier du km-5, une mosquée a été attaquée et 58 musulmans sont morts. Au total, au moins 130 personnes ont été tuées  dans la capitale pour la seule journée de jeudi.

 

Nos Observateurs à Bangui s’inquiétaient hier que cette opération, qui a principalement visé les musulmans de la ville accusés de soutenir l’ex-Séléka, ne plonge Bangui dans une spirale de violences communautaires. Des inquiétudes que se sont avérées justifiées. Au km-5, comme dans plusieurs autres quartiers, des civils ont pris les armes et des actes de vengeance sur la communauté chrétienne ont été signalés.

 

Les images que nous publions ont été prises par un journaliste local et Observateur de FRANCE 24, Hervé Cyriaque Serefio, qui parvient à accéder à des quartiers dans lesquels il est souvent trop risqué pour les journalistes étrangers de se rendre.

 

Victime chrétienne dans les rues du km-5. Photo prise par Hervé Cyriaque Serefio. 

"En partant, j’ai vu des cadavres sur le bord de la route"

Iritimbi, chrétien, a quitté hier après-midi le km-5 où il habite.

 

Je me suis faufilé hors du quartier quand j’ai appris que des chrétiens avait été tués en signe de représailles près de chez moi. J’avais d’abord fait passer ma femme et mes enfants. On ne pouvait que partir à pied parce qu’aucun véhicule ne circule. En partant, j’ai vu des cadavres sur le bord de la route. J’ai eu des échos comme quoi ce matin aussi c’était très chaud là-bas. Les chrétiens ont peur et quittent tous le quartier.

 

 

Les deux photos ci-dessus ont été prises dans les rues du km-5 jeudi après-midi par  Hervé Cyriaque Serefio. 

 

"Dans ce quartier, personne ne répond plus à aucune autorité"

Hervé Cyriaque Serefio est journaliste indépendant. Hier, il était lui aussi au km-5 où il a constaté la présence de civils armés.

 

Tous les gens que j’ai croisés dans les rues sont armés [de machettes ou de couteaux]. Certains avaient déjà les armes chez eux, d’autres les ont récupérées à droite ou à gauche. Mais je n’ai pas vu de distribution. Les personnes que j’ai photographiées au km-5 sont des musulmans qui s’organisent en milices pour tuer des chrétiens. Parmi eux, il y a des civils qui tentent ainsi de se défendre mais aussi d’anciens rebelles qui ont repris les armes. C’est très difficile de savoir qui est qui. Tout est extrêmement confus. Et quand on parle de Séléka, ou ex-Séléka, ça ne veut plus rien dire. Dans ce quartier, personne ne répond plus à aucune autorité.

 

Un camion de l'ex-Séléka circule dans les rues du km-5.

 

Des tirs sporadiques ont par ailleurs été signalés dans la matinée. Il n’existe pour l’heure pas de bilan des victimes des dernières heures.

 

Michel Djotodia, président autoproclamé en mars 2012, a décrété un couvre-feu de 18 heures à 6 heures tandis que l’armée française s’est déployée sur plusieurs grands axes de la ville. Jeudi, des hommes armés non identifiés qui avaient ouvert le feu à l’aéroport de Bangui ont été tués par des militaires français. La mission des forces armées françaises telle que définie par la résolution 2127 du Conseil de sécurité est de prendre "toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca (force africaine en Centrafrique)".