ARGENTINE

Córdoba, ville argentine livrée au chaos pendant que la police fait grève

 La ville argentine Córdoba a été plongée pendant 24 heures dans l’insécurité la plus totale alors que la police, en grève, avait déserté les rues, forçant certains habitants à s’armer pour se protéger des pilleurs. Sur place, nos Observateurs sont révoltés par ce mouvement social et dénoncent l’irresponsabilité des politiques.  

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Scène de pillage à Córdoba.

 

La ville argentine Córdoba a été plongée pendant 24 heures dans l’insécurité la plus totale alors que la police, en grève, avait déserté les rues, forçant certains habitants à s’armer pour se protéger des pilleurs. Sur place, nos Observateurs sont révoltés par ce mouvement social et dénoncent l’irresponsabilité des politiques.

 

Les policiers ont réinvesti les rues dans l’après-midi de mercredi après avoir conclu un accord avec le gouverneur de la province portant sur la revalorisation de leurs salaires. Depuis mardi soir, environ 3 000 policiers sont restés confinés dans les commissariats alors que la ville était livrée aux pillards.

 

Un des supermarchés pillés.

 

Durant ces 24 heures de violences, les habitants sont restés cloîtrés chez eux, tandis que les transports publics étaient interrompus et les écoles fermées.

 

Scène de pillage ordinaire (photo postée sur Twitter par @nachonegrin). 

Liliana Capdevila, habitante de Nueva Córdoba, un quartier huppé de la ville, décrit une nuit d’épouvante.

 

C’est un quartier d’affaires, avec beaucoup de commerces, des restaurants et une université. Il a été particulièrement exposé aux pillages. J’ai assisté à ces vols depuis la fenêtre de mon appartement situé au 13e étage. Les voleurs circulaient à pied et à moto. Ils balançaient des pierres sur les vitrines des magasins avant de les mettre à sac. Certains entraient dans des immeubles pour dévaliser des appartements. Je n’ai pas pu fermer l’œil car toute la nuit en entendait des coups de feu, des déflagrations, les sirènes qui n’arrêtaient pas de retentir. Les hôpitaux sont bondés de blessés. Et il y a aussi des morts. On aurait dit qu’on n’était pas en Argentine, mais dans un pays en guerre. C’est un désastre !

   

Deux personnes sont mortes durant ces incidents, ont indiqué des sources médicales. Des centaines de personnes ont par ailleurs été blessées, en particulier par des éclats de verre.

 

En l’absence de police, certains habitants ont formé des groupes pour traquer les pillards. La vidéo ci-dessus montre un voleur essayant, en vain, d'échapper à une foule en colère.

 

 

"Des querelles politiciennes ont mis la vie des citoyens en danger. C’est inadmissible !"

Pablo Seguí habite le quartier San Vicente, une cité de classe moyenne située à 15 minutes du centre-ville de Córdoba.

  

Près de chez moi, certains habitants se sont défendus avec des armes à feu. Le boulanger de mon quartier, situé à 50 mètres de mon immeuble, a passé la journée à surveiller son magasin, un revolver à la main. Un supermarché Vea du quartier a, en outre, été dévalisé. Malgré le retour au calme dans la journée, les gens ont toujours peur. Il y a très peu de monde dehors et les bus sont toujours à l’arrêt [mercredi après-midi].

 

Des habitants du quartier de San Vicente défendant leurs maisons, armés de fusil (photo postée sur Twitter).

 

D’après notre Constitution, ni la police ni les militaires n’ont le droit de faire grève. Le mouvement de la police provinciale est illégal. Le gouvernement a annoncé l'envoi d’unités de la gendarmerie de Buenos Aires à Cordoba pour ramener l’ordre. Mais il a  beaucoup tardé à agir.  Le gouverneur de la province, José Manuel de la Sota, veut se présenter à la présidentielle prévue en 2015. Il est un adversaire politique de la présidente Cristina Kichner. Celle-ci a donc traîné car il est clair que ces incidents constituent une très mauvaise publicité pour les projets présidentiels du gouverneur de Córdoba. Ces querelles politiciennes ont mis la vie des citoyens en danger. C’est inadmissible !

Cet article a été rédigé en collaboration avec Djamel Belayachi (@DjamelBelayachi), journaliste à France 24