ISRAEL

Libérer les migrants détenus dans le Néguev, le combat d’un Israélien révolté

 Ido Naveh a déjà été arrêté cinq fois en trois mois et espère être interpellé à nouveau si ça peut servir sa cause : attirer l’attention sur le sort des demandeurs d’asile africains détenus, pour certains depuis plusieurs années, dans une prison du désert du Néguev.

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Ido Naveh (à droite), juste avant son arrestation. Capture d’écran de la vidéo.

  

Ido Naveh a déjà été arrêté cinq fois en trois mois et espère être interpellé à nouveau si ça peut servir sa cause : attirer l’attention sur le sort des demandeurs d’asile africains détenus, pour certains depuis plusieurs années, dans une prison du désert du Néguev.

 

À chaque fois qu’il se rend à la prison de Saharonim pour manifester, Ido Naveh demande aux gardes à être incarcéré avec les migrants et à chaque fois il finit au poste de police. Jeudi, il est allé plus loin en organisant une mobilisation devant la Knesset, le Parlement israélien. Une fois encore, la police l’a embarqué et l' relâché peu après.

 

Ido Naveh a posté sur sa page Facebook cette photo de la pancarte qu’il a brandie devant la Knesset.

 

Situé dans le désert, à trois kilomètres de la frontière égyptienne, le centre de détention de Sarahonim accueille actuellement 1 700 migrants africains, principalement venus d’Érythrée, dictature brutale de la corne de l’Afrique. Pour la plupart, ces demandeurs d’asile ont été arrêtés après avoir pénétré illégalement sur le territoire israélien en traversant la péninsule du Sinaï. Jusqu’il y a peu, une loi sur la "prévention de l’infiltration" permettait qu’ils soient détenus sans jugement pour une période maximum de trois ans, un texte que la Haute Cour de justice israélienne a jugé inconstitutionnel en octobre. Les autorités du pays ont jusqu’à mi-décembre pour trouver une alternative. La Knesset travaille actuellement sur une nouvelle loi qui établirait la durée maximale de détention à un an. Les autorités envisagent par ailleurs de déplacer les détenus dans un centre de détention "ouvert" en cours de construction, un concept déjà sous le feu des critiques.

 

Ido Naveh (à droite) rejoint par d’autres militants devant le centre de détention de Saharonim.

 

"Ce qu’on leur fait subir est l'une des choses les plus honteuses qui ait cours actuellement en Israël"

Ido Naveh est accompagnant pour personnes âgées. Il vit à Jerusalem.

 

 

Cela fait des années que cette idée me dérange. Les gens qu’on enferme sont des migrants qui fuient leur pays où leurs conditions de vie sont inhumaines. Ils n’ont rien fait de mal. Et c’est après avoir lu un livre sur les formes de lutte non-violentes – notamment celles de Martin Luther King Jr, Gandhi ou Tolstoï - que je me suis décidé à agir.

 

La première fois que je suis allé à Saharonim, c’était en éclaireur pour prendre quelques photos. Ni une, ni deux, j’ai été interpellé par les gardes du centre. J’ai coopéré parce qu’au fond j’étais satisfait d’avoir réussi ma provocation. J’ai ensuite passé 24 heures au poste, puis j’ai été présenté devant un juge qui m’a libéré. Peu après, je suis retourné au centre, puis j’ai été arrêté à nouveau. Je suis revenu accompagné d’autres militants à plusieurs reprises et ça se finit toujours de la même façon. On s’approche des barrières et on est arrêté.

 

Ido Naveh et ses amis sont embarqués au poste de police le 3 octobre.  Vidéo : David Sheen. 

 

"Le gouvernement israélien fait tout son possible pour influencer l’opinion publique sur la question des migrants"

 

Ce qu’on fait subir à ces personnes est l'une des choses les plus honteuses qui ait cours actuellement en Israël. Pendant l’Holocauste, c’était nous, les juifs, qui demandions l’asile dans d’autres pays et à qui c’était refusé. Et voilà que nous répétons ces erreurs. Si je suis là aujourd’hui, c’est uniquement parce qu’une famille de Polonais non juifs a accepté de cacher ma grand-mère et sa famille. N’ai-je pas le devoir d’aider ceux qui sont dans le besoin aujourd’hui ?

 

Naveh et ses amis sont à nouveau embarqués au poste de police le 25 novembre. Vidéo : David Sheen.

 

Le gouvernement israélien fait tout son possible pour influencer l’opinion publique sur la question des migrants. Beaucoup d’hommes politiques, [y compris le Premier ministre Benjamin Netanyahou]  utilisent d’ailleurs le terme "infiltrés" et les présentent comme une menace. Beaucoup tombent dans le piège. Une minorité ici s’intéresse à eux. Mais nous prenons de l’ampleur, et j’espère être rejoint par d’autres. Moi, je n’arrêterai pas.

 

 

 

 

Sur la pancarte est écrit : "Libérez les réfugiés, que la justice soit faite en harmonie avec la loi de Dieu, aimez votre prochain autant que vous même, non -violence !"

 

L’avenir des migrants africains de Saharonim est particulièrement incertain. Dans l’urgence, les autorités finissent de construire un centre de détention où les détenus pourraient être déplacés. Les migrants y seraient enfermés la nuit, mais auraient la possibilité de quitter les lieux la journée, à condition d’appeler le centre trois fois par jour. Ce nouveau centre étant lui aussi situé en plein désert du Néguev, loin des villes, des activistes et des membres de la Knesset affirment que le situation ne sera en rien améliorée.

 

Actuellement, 55 000 migrants africains vivent en Israël. S’ils bénéficient de papiers leur permettant de rester sur le territoire, la très grande majorité d’entre eux n’ont pas l’autorisation de travailler et s’arrangent pour trouver des emplois non déclarés. Beaucoup ont demandé l’asile politique mais très peu l’obtiennent. Depuis 2012, Israël a renvoyé plusieurs milliers d’entre eux dans leur pays, estimant qu’il n’y avait plus de danger, parmi lesquels le Sud Soudan et l’Érythrée.