LIBAN

Des journalistes tabassés par des agents des douanes libanais

 Quatre journalistes libanais ont été passés à tabac mardi au cœur Beyrouth, la capitale libanaise, par des agents des services des douanes. Les reporters étaient venus demander, par haut-parleur, une interview à la Direction des douanes dans le cadre d’une enquête sur la corruption à l’aéroport de Beyrouth. Une provocation très mal accueillie. Témoignage de Riyad Kobeissi, un des journalistes tabassés.

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Capture d'écran : le journaliste Riyad Kobeissi à terre.

 

Quatre journalistes libanais ont été passés à tabac mardi au cœur Beyrouth, la capitale libanaise, par des agents des services des douanes. Les reporters étaient venus demander, par haut-parleur, une interview à la Direction des douanes dans le cadre d’une enquête sur la corruption au sein de l’aéroport de Beyrouth. Une provocation très mal accueillie. Témoignage de Riyad Kobeissi, un des journalistes tabassés.

 

Riyad Kobeissi travaille avec Rami al-Amine et trois autres collaborateurs pour l’émission d’investigation "Sous votre entière responsabilité" diffusée par la chaîne de télévision Al-Jadeed (New Tv). Munis d’une autorisation signée par le ministre des Finances, Mohamad al-Safadi, les reporters avaient à plusieurs reprises essayé de rencontrer le directeur par intérim de la Direction des douanes, Chafic Merhi, qui leur aurait opposé plusieurs refus.

 

Avec son équipe, Riyad Kobeissi a donc décidé de se poster mardi vers midi devant les locaux des douanes à Beyrouth. Haut-parleur à la main, il s’est adressé au directeur pour lui adresser une énième demande d’interview. La réaction ne s’est pas faite attendre, quatre des journalistes ont été passés à tabac par des agents des douanes.

 

Images de l'altercation commentées par le journaliste Rami al-Amine.Toutes ces images ont été filmées par les équipes de la chaîne Al-Jadeed.

D’abord retenus dans le bâtiment, ils ont ensuite été transférés au palais de justice en fin de journée où ils ont été interrogés par la police judiciaire dans le cadre d’une enquête ouverte à la demande du ministre de la Justice. C’est à 21h qu’ils ont finalement été relâchés.

 

La Direction générale des douanes s’est défendue en publiant un communiqué, indiquant que les journalistes avaient "tenté de prendre d'assaut le bâtiment du siège central des douanes, ce qui a poussé les agents de sécurité à agir pour protéger les lieux".

 

Dans la journée, des collègues sont venus exprimer leur solidarité aux reporters devant le siège central des douanes, une mobilisation qui s’est soldée par de nouveaux heurts violents avec les agents des douanes.

 

"Les choses sont allées très vite"

Riyad Kobeissi est journaliste d’investigation pour la télévision libanaise Al-Jadeed.

 

Après tous les refus d’interview, j’ai décidé de provoquer le directeur des douanes. Je savais que les choses pouvaient dégénérer. Ça fait plus de huit mois que mes enquêtes mettent en cause les fonctionnaires de ce service, des personnes ont d’ailleurs déjà été inquiétées. On a donc décidé de poster plusieurs caméras dans la rue, dont des caméras cachées.

 

Les choses sont allées très vite, on a été frappés et notre matériel a été cassé. Rami al-Amine [un des journalistes qui travaille sur le reportage] a réussi à s’enfuir grâce à l’aide d’un inconnu qui passait en voiture et qui a vu qu’un journaliste se faisait pourchasser par des hommes en uniformes.

 

"J’ai vraiment eu le sentiment qu’on faisait l’objet d’un échange de prisonniers"

 

Après avoir été frappés et traînés sur le trottoir, nous avons été kidnappés, et je pèse mes mots, par les douanes. À l’intérieur de leurs locaux, on a encore été frappés et insultés. Nous étions menottés.

 

Après de longues tractations, qui ont, d’après ce que j’ai vu, impliqué les services de renseignements de l’armée, nous avons été accompagnés au palais de justice. J’ai vraiment eu le sentiment qu’on faisait l’objet d’un échange de prisonniers. On nous a expliqué qu’on était interrogés en tant que témoins, pourtant, on a été libérés sous caution. [Procédure pénale qui s’applique à des suspects].

 

Ça fait plusieurs mois que nous travaillons sur des affaires de corruption au Liban. Et je sais que nos reportages ont fâché beaucoup de personnes influentes, que ce soit au niveau de l’administration ou de la sphère politique. J’estime que c’est pour cela que nous sommes visés.

 

Beaucoup de gens ont répondu présent hier lors de la mobilisation de soutien, mais il suffit de lire les journaux pour constater que ma manière de faire est aussi mise en cause, certains journalistes sont allés jusqu’à donner raison à mes agresseurs !

 

À défaut de bouleverser le journalisme au Liban, cette affaire va certainement bouleverser l’organigramme des douanes libanaises.

 

Dans une émission précédente, Riyad Kobeissi et son équipe avait mis en lumière les pratiques douteuses de plusieurs compagnies privées qui opèrent dans le domaine de l’import-export au port de Beyrouth. Au cours de ces enquêtes, il avait dénoncé des irrégularités au niveau des services de douanes libanaises, notamment en ce qui concerne la dénomination des produits importés qui a un impact direct sur la taxation mais aussi en ce qui concerne la fouille des containers.