ESPAGNE

Erasmus, un rêve bientôt inaccessible au pays de "l'auberge espagnole"

 En Espagne, les étudiants sont particulièrement touchés par les coupes budgétaires opérées par le gouvernement. Dernier exemple en date : la décision du ministère de l’Éducation de supprimer certaines bourses accordées aux bénéficiaires du programme d’échanges européen Erasmus. Depuis, pour lutter contre cette mesure, la fronde s’organise sur les réseaux sociaux.

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"Erasmus, repose en paix". Capture d'écran d'une vidéo postée sur YouTube par Salvemos Erasmus.

 

En Espagne, les étudiants sont particulièrement touchés par les coupes budgétaires opérées par le gouvernement. Dernier exemple en date : la décision du ministère de l’Éducation de supprimer certaines bourses accordées aux bénéficiaires du programme d’échange européen Erasmus. Depuis, pour lutter contre cette mesure, la fronde s’organise sur les réseaux sociaux.

 

À l’heure actuelle, les bourses Erasmus perçues par les étudiants espagnols se divisent en trois parties : celle payée par le ministère de l'Éducation (environ 120 euros mensuels), celle assurée par les communautés autonomes (variant d’une région à l'autre, mais avoisinant en général 150 euros mensuels), et enfin la part de l'Union européenne, qui participe à hauteur de 110 euros par mois. Une répartition qui s’applique à tous les élèves, quelque soient leurs ressources économiques.

 

Vidéo postée sur YouTube par Salvemos Erasmus.

 

 

Mais d'après une nouvelle disposition, seuls les étudiants qui ont bénéficié d'une bourse générale (attribuée en fonction des revenus) pendant le cursus universitaire de l'année précédente seront désormais susceptibles de recevoir une aide du ministère. Selon les autorités, l’objectif est d’assurer un meilleur financement aux étudiants ayant le plus besoin d’aides. Un calcul contesté par bon nombre d’observateurs.

 

Initialement prévu en cours d’année, le décret modifiant les critères d’attribution aux bourses Erasmus a suscité un tel tollé que José Wert, le ministre de l’Éducation, a, le 5 novembre, décidé de le reporter à la rentrée prochaine, provoquant une nouvelle pluie de critiques sur Twitter sous #ErasmusRIP ou #SalvemosErasmus.

 

En Espagne, plus de 30 000 étudiants partent chaque année avec ce programme européen de mobilité.

 

"Ils nous taquinent, jouent avec notre éducation, notre futur", se désole Pikls.

"La bourse allouée par le ministère se réduit comme peau de chagrin"

 

German Fernandez est étudiant Erasmus à Foggia, en Italie. Il est en 5e année de médecine, et est un des chefs de file de la contestation sur les réseaux sociaux.

 

À l’instar des 9 000 étudiants qui nous ont rejoints sur notre page Facebook, et des nombreux autres qui nous soutiennent sur Twitter, je suis révolté par les coupes budgétaires, que s’apprête à effectuer notre gouvernement. Cette mesure va porter préjudice aux nombreux étudiants espagnols, qui dépendent de la bourse allouée par le ministère – laquelle représente environ 30 % de l’aide totale. J’ai des amis qui étudient actuellement en Finlande, où le coût de la vie est très élevé. Avec un tiers de subventions en moins, seuls les plus riches à l’avenir pourront tenter une aventure là-bas. Et si les choses évoluent ainsi, le programme Erasmus ne sera bientôt plus applicable en Espagne.

 

Le problème est que la somme que nous retire le gouvernement est bien plus importante, que celle destinée aux étudiants défavorisés. Cette mesure est un écran de fumée. Sa finalité est dramatique, car elle va être bénéfique à très peu d'étudiants.

 

"Lui donner un ministère [à Jose Wert, ministre de l'Éducation] revient à donner un couteau à un singe", persifle El Senor Gordo.

 

Aujourd’hui, nous réclamons l’abrogation du décret. D’autant que, depuis que le programme Erasmus a été lancé, les aides se sont déjà réduites comme peau de chagrin [D’après le porte-parole de la Commission européenne, Olivier Bailly, l'Espagne a réduit, en 2012, de 30 à 15 millions le supplément qu'elle accorde aux étudiants Erasmus].

C’est une chance pour un étudiant de vivre cette expérience à l’étranger : elle t’ouvre à d’autres cultures, d’autres langues, te permet de rencontrer des gens de toutes les nationalités… Une expérience qui te marque pour la vie, et qui vaut la peine qu’on se batte pour que d’autres étudiants puissent en profiter.

 

Quelques compagnons de lutte et moi-même avons appelé les étudiants espagnols expatriés en Italie à manifester à Rome, la capitale, le 16 novembre. Il est prévu que ce mouvement de contestation s’étende ensuite à d’autres capitales européennes où étudient des Espagnols.

 

Billet rédigé avec la collaboration de @gregoireremund, journaliste à France 24.