Le gouvernement vénézuélien a lancé le week-end dernier une étrange campagne de contrôle des prix de l’électroménager : il a ordonné à l’armée d’occuper les magasins de distribution pratiquant des prix jugés trop élevés, afin de les obliger à vendre moins cher. Une initiative controversée que des habitants du centre du pays ont compris comme un feu vert aux pillages.
 
C’est pour lutter contre "les parasites bourgeois" que le Président Nicolas Maduro, élu en avril dernier après le décès d’Hugo Chavez, a lancé cette campagne, vendredi 8 novembre. Des forces de la Garde nationale ont investi plusieurs grands magasins à travers le pays et procédé à l’arrestation de plusieurs gérants, accusés de spéculation. Certains produits électroménagers affichaient en effet des prix augmentés de 1 000% depuis environ un an. Une hausse que les responsables de l’entreprise expliquent par l’inflation, qui a provoqué une hausse annuelle des prix jusqu’à 54%.
 
Plusieurs raisons expliquent cette inflation : d’abord, la dévalorisation d’un tiers du bolivar, la monnaie nationale, en février 2013, pour combler le déficit budgétaire creusé par la campagne électorale. Ensuite, si le taux de change officiel du dollar est passé à 6,30 bolivars, il est de 10 fois plus sur le marché noir, ce qui a un impact direct sur les entreprises qui importent leurs produits. Contrairement aux produits locaux, le gouvernement n’exerce pas de contrôle sur les prix des produits d’importation, qui peuvent atteindre des montants exorbitants.

"Cette soi-disant campagne menée contre les grands patrons n’est que de la poudre aux yeux"

Dans la ville industrielle de Valencia, au centre du pays, l’annonce faite par le gouvernement a poussé des centaines de personnes à faire la queue pour profiter des bas prix, mais les choses ont dégénéré en pillage samedi. Pour Yolimar Rosales, qui était sur place, la responsabilité est partagée entre gouvernement et citoyens.
 
Les gens ont commencé à faire la queue devant les magasins dès qu’ils ont entendu l’annonce. Cela s’est poursuivi jusqu’à samedi matin et ils ont même inscrit des numéros sur leurs mains pour savoir qui passerait en premier. Il n’y en avait près de 2 000, c’était impressionnant ! Parmi ces gens-là, des jeunes avaient bu et cherchaient les problèmes. Ce sont eux qui sont à l’origine des pillages.
 
Pillage d'un magasin Daka à Valencia.
 
Ces magasins affichent certes des prix exorbitants, mais je n’adhère pas au proverbe vénézuélien qui dit qu’un voleur qui vole un voleur a droit à 100 ans de pardon ! Pour moi, ces jeunes doivent être punis [les autorités ont déclaré avoir arrêté cinq pilleurs]. Mais les autres citoyens ont également leur part de responsabilité, quand ils se ruent sur les magasins pour acheter. Le contexte économique est tellement instable que les gens ont toujours peur d’une pénurie qui frapperait le pays, ou de ne plus avoir les moyens d’acheter. Du coup, dès que l’occasion se présente, ils achètent, même ce dont ils n’ont pas besoin.
 
Si tout cela est arrivé, c’est parce que le gouvernement a fait une annonce irresponsable. Cette soi-disant campagne menée contre les grands patrons n’est que de la poudre aux yeux, car dans les occasions officielles, vous verrez ces mêmes politiques serrer la main et faire des accolades aux gérants qu’ils diabolisent aujourd’hui. Hier, un officiel promettait dans un grand quotidien qu’il ferait voter une loi pour le contrôle des prix. C’est toujours comme ça à la  veille d’élection [les élections municipales ont lieu le 8 décembre] : toutes les opérations et les promesses populistes sont bonnes pour gagner des voix.
 
Pillage d'un magasin Daka à Valencia.
 
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.