Madagascar

Plus de travail et moins d’insécurité : les attentes des électeurs malgaches

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 Les Malgaches ont voté vendredi 25 octobre. Après avoir été maintes fois repoussée, cette élection présidentielle doit mettre fin à une période de transition de quatre ans, qui a plongé la Grande Île dans une crise politique et économique. Nos Observateurs expliquent qu’ils rêvent surtout de voir leur pays sortir du chômage et de l’insécurité.

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A l'entrée d'un bureau de vote, à Antananarivo. Photo publiée sur Twitter par NewsPhoto.

 

Les Malgaches ont voté vendredi 25 octobre. Après avoir été maintes fois repoussée, cette élection présidentielle doit mettre fin à une période de transition de quatre ans, qui a plongé la Grande Île dans une crise politique et économique. Nos Observateurs sur l’île expliquent qu’ils rêvent surtout de voir leur pays sortir du chômage et de l’insécurité.

 

Voilà plus de quatre ans que les Malgaches attendaient ce scrutin présidentiel. Un long feuilleton aux multiples rebondissements qui débute le 17 mars 2009. Ce jour-là, après deux mois de manifestations et d’émeutes, le président élu Marc Ravalomanana est poussé à la démission. Quatre jours plus tard, le tout jeune Andry Rajoelina, qui était à la tête de la révolte, prête serment comme président de la "Haute Autorité de la transition". Il promet d’organiser rapidement des élections.

 

En réaction à ce coup de force, les partenaires de Madagascar s’en détachent les uns après les autres. C’est d’abord la SADC [Communauté de développement d’Afrique australe] qui l’exclut de son organisation. Puis l’Union européenne qui coupe son aide au développement en juin 2010, pour la rétablir, un an plus tard, après la nomination d’un gouvernement d’union nationale et d’un Parlement de transition.

 

En août 2013, la Cour électorale spéciale valide une liste de 33 candidats à la présidentielle. Sous la pression de la communauté internationale, Andry Rajoelina, l’ancien président, Didier Ratsiraka, et l’épouse de Marc Ravalomanana, en sont exclus. L’élection, prévue au départ en mai, puis repoussée en août, est finalement fixée au 25 octobre.

 

Entrée d'un bureau de vote à Antsirabe. Photo publiée sur Twitter par Nijva Tahiry.

"Il y a aussi de graves problèmes d’insécurité, notamment les vols de zébus"

Say Saisandrata habite à Fort-Dauphin, dans le sud de Madagascar.

 

J’ai voté. Tout s’est bien passé, même si beaucoup de gens ne figuraient pas sur les listes électorales [nos Observateurs nous ont rapporté de nombreux cas similaires d’électeurs, qui n’avaient pas reçu leur carte ou n’étaient pas enregistrés sur les listes. Des défaillances que reconnaît la Cénit (la commission électorale), mais qui rejette pour l’instant toute possibilité de recours face à ces incidents, NDLR]. Cette élection est très importante pour les Malgaches, parce qu’ils espèrent qu’elle mettra fin à cette crise politique et économique, qui dure depuis quatre ans.

 

Beaucoup ne trouvent pas de travail. Les ONG ont quitté la ville, parce qu’il n’y avait plus de financement. Il y a aussi de graves problèmes d’insécurité, les vols de zébus notamment. Les populations se font justice elles-mêmes, parce qu’elles n’ont plus confiance en la police et la justice.

 

"Celui qui sera élu sera mal élu"

Emilien Ndalana habite Nosy-Bé, une île au nord du pays, où il travaille pour une société d’exportation

 

Je n’ai pas pu voter, parce que, comme beaucoup, je n’étais pas inscrit sur les listes électorales. Je n’espère pas grand chose de cette élection, car celui qui sera élu, quel qu’il soit, sera mal élu, à cause de tous ces gens qui n’ont pas pu voter.

 

Je souhaite, cependant, que le prochain président nous sorte de cette crise. Il n’y a pas de boulot. Et ceux qui en ont ne sont pas payés à la hauteur de leur formation. J’ai étudié l’économie à l’université, mais comme il n’y a pas de travail dans ce domaine, j’ai dû me réorienter dans l’informatique.

 

Cette situation a empiré durant la transition. Les pêcheries, qui étaient nombreuses à Nosy-Bé, ont fermé. Beaucoup de gens ont perdu leur boulot. Il ne reste plus que le tourisme, mais il ne peut pas nourrir tout le monde. Ce manque de travail engendre de l’insécurité, notamment beaucoup de cambriolages. J’espère, donc, que le prochain président parviendra à relancer l’emploi pour faire baisser cette insécurité.

 

 

"J’espère que les candidats accepteront les résultats. Sinon, il y aura une crise encore plus grave"

Avo est étudiant en biochimie à Antananarivo, la capitale.

 

J’ai voté cet après-midi. Tout était calme, il n’y avait pas de file d’attente dans mon bureau. Mais dans celui d’à côté, c’était le bazar, parce que beaucoup de cartes d’électeurs n’avaient pas été distribuées.

 

J’espère que cette élection permettra notamment de s’attaquer au problème de l’emploi. J’espère surtout que tous les candidats accepteront les résultats. Sinon, ça provoquera une crise encore plus grave que celle qu’on vient de vivre. Pendant la campagne, certains d’entre eux ont montré de la haine envers les autres. Cette campagne a été trop longue, c’était fatiguant. A la fin, au lieu d’expliquer leurs programmes, les candidats ne faisaient que se critiquer entre eux. Et ils étaient beaucoup trop nombreux.

 

Les Malgaches ont dû choisir entre 33 candidats, grâce à un bulletin de vote unique. Photo publiée sur Twitter par Seb_Hervieu

 

Jusqu’au dernier moment, je n’ai pas su pour qui voter. J’ai opté pour celui qui venait de ma région, et que j’ai pu juger sur ses actions. Mais je ne suis toujours pas convaincu de mon choix.

 

Le second tour de l’élection présidentielle doit avoir lieu le 20 décembre. Il sera couplé avec les législatives.