André Michel le jour de son arrestation. Photo de Jean Marc Hervé Abélard. Avec l'aimable autorisation de @soleilmedia
 
Port-au-Prince, la capitale haïtienne, est secouée depuis plusieurs jours par de violentes manifestations. En cause : l’arrestation jugée arbitraire d’André Michel, un avocat à l’origine d’une plainte pour corruption contre des membres de la famille du président Michel Martelly. 
 
André Michel a été arrêté mardi 22 octobre au soir dans le quartier de Martissant, au sud de Port-au-Prince. Immédiatement, une foule s’est rassemblée autour de son véhicule pour le soutenir. D’après les autorités, l’avocat faisait l’objet d’un "mandat d’amener" dans le cadre d’une affaire de meurtre d’un étudiant en 2010. Pourtant, ses sympathisants affirment qu’aucun lien n’a été établi entre le juriste et ce dossier. André Michel est, selon eux, dans le collimateur des autorités depuis qu’il a déposé une plainte contre deux proches du président pour corruption et détournements de fonds publics. Rapidement, la mobilisation a fait tache d’huile et des affrontements ont éclaté entre forces de l’ordre et manifestants.
 
Photo de Jean Marc Hervé Abélard. Avec l'aimable autorisation de
@soleilmedia
 
Après une nuit en détention, l’avocat a été présenté au tribunal mercredi, avant d’être évacué dans la confusion par des parlementaires et des avocats amis qui affirment assurer désormais sa protection. Cette exfiltration du tribunal a été jugée inacceptable par les autorités qui multiplient par ailleurs les appels au calme. Mais dans la soirée, de nouvelles violences ont éclaté dans plusieurs quartiers populaires dont les habitants réclament le départ du chef de l’État, élu en mars 2011 pour un mandat de cinq ans.
 
Les avocats de la capitale haïtienne ont lancé un ordre de grève afin d'exiger la démission du Commissaire du gouvernement (l’équivalent du procureur) qui avait ordonné l’arrestation d’André Michel, une arrestation jugée anticonstitutionnelle.  
 

"Cette arrestation était illégale"

Samu-l. a manifesté au sein de son université hier soir.
 
C’était très chaud hier, mais les choses se sont calmées depuis. Cette arrestation nous a fait péter les plombs car elle était non seulement injustifiée, mais illégale. D’après la loi, il est interdit d’arrêter qui que ce soit, hors flagrant délit, entre 18h et 6h du matin [article 24.3 de la Constitution].
 
On ne veut pas vivre dans un pays où on arrête qui on veut, quand on veut. Nous manifestons par ailleurs contre un ensemble de promesses qui n’ont pas été tenues par le président. La liberté d’expression, par exemple, nous ne l’avons pas retrouvée.
 
Photo de Jean Marc Hervé Abélard. Avec l'aimable autorisation de @soleilmedia
 
Populaire chez les jeunes pendant la campagne présidentielle, l’ancien chanteur Michel Martelly fait face depuis son arrivée au pouvoir à une impopularité grandissante. Des opposants l’accusent de dérive dictatoriale.