Les sculptures du cimetière Khalid Nabid en 2010.
 
Niché dans les vallées verdoyantes du nord-est de l’Iran, le cimetière Khaled Nabi, aussi appelé "la vallée des sexes", accueille plusieurs centaines de sculptures de type phallique, identifiées par certains archéologues comme étant de très anciennes pierres tombales.  Mais ces derniers temps, ces sculptures hors du commun ont tendance à disparaître.
 
Le site, à 90 km de la ville de Gonbad-e Qabus, comptait à l’origine 600 sculptures. Mais notre Observateur, qui travaille dans le tourisme, affirme qu’au moins la moitié a disparu depuis sa première visite des lieux.
 
Une sculpture au sol.
 
On en sait peu sur l’origine de ces colonnes. D’après l’unique archéologue qui a réalisé une étude sur le sujet, les plus anciennes dateraient d’un millier d’années, d’autres, vieilles de 500 ans, ont été érigées pendant le Moyen-Âge, tandis que la plus récente n’aurait que 70 ans.  
 
Les sculptures en 2010.
 
Certains spécialistes pensent que le site est un cimetière ancestral, construit par des habitants de la région, qui vénéraient les symboles phalliques. Mais c’est par une légende que les locaux expliquent l’apparition de ces sculptures : ces pierres seraient  des apostats pétrifiés par Khalid Nabi, un prophète aussi connu sous le nom de Khalid bin Sinan, et dont le mausolée est situé juste à côté du cimetière. Avant sa mort, ce dernier aurait demandé à Dieu de transformer en pierre les infidèles qui le poursuivaient. 
 

"Il y en a aussi des plus rondes qui font penser à des poitrines de femmes"

Ramin travaille dans l’industrie du tourisme depuis plusieurs années. Il s’est rendu plusieurs fois au cimetière Khalid Nabi.
 
Le cimetière n’a aucun lien avec Khalid Nabi, si ce n’est qu’il porte ce nom à cause de sa proximité avec le mausolée du prophète. Par ailleurs, les experts n’ont pas clairement établi qu’il s’agissait d’un cimetière, puisque personne n’a pour l’heure creusé la zone. Mais ça reste une hypothèse privilégiée, puisqu'on a trouvé des sculptures phalliques dans d’autres cimetières en Iran.
 
Ces sculptures sont de tailles et de formes différentes, mais chacune a été taillée dans une seule pierre. Certaines sont verticales et cylindriques, et ressemblent clairement à des phallus. D’autres sont plus rondes, et font penser à des poitrines de femmes. Enfin, il y a des têtes d’animaux, principalement des béliers. Les archéologues iraniens pensent qu’elles marquent respectivement les lieux, où ont été enterrés des femmes, des hommes et des personnages importants des tribus. [L’archéologue David Stronach, spécialiste de l’Iran, a avancé une autre théorie. Pour lui, ces sculptures sont des représentations stylisées de corps humains, NDLR.]
 
J’ai visité le site à trois reprises. Ma dernière visite remonte au mois d’août, et je ne m’y étais pas rendu depuis trois ans. J’ai remarqué que le nombre de sculptures avait sensiblement diminué. Je n’ai pas de chiffre exact, mais j’estime qu’il n’y en a plus que la moitié
 
 
"Les locaux, quand à eux, n’ont pas pensé à développer le potentiel touristique du site"
 
Il y a trois ans, avec un groupe de touristes, nous avions posé devant la plus grande sculpture, qui faisait près de trois mètres de haut.  Mais à mon dernier passage, elle avait disparu.
 
Ces dernières années, des touristes viennent de tout l’Iran pour visiter le site, et je soupçonne que ça ne plaise pas à certains locaux qui vont prier dans le mausolée. Certains viennent probablement piller les lieux. Les gens n’ont pas réalisé que développer le potentiel touristique du lieu pourrait être bénéfique pour la région.
 
Photo du cimetière prise par notre Observateur en août 2013.
 
Sculptures en 2010.
 
Je déplore aussi que les touristes ne respectent pas toujours le site, comme ils le devraient.Enfin, les autorités ne semblent pas plus intéressées par le développement et la préservation de la zone.  Bien que le cimetière fasse officiellement partie du patrimoine national, l’entrée est délimitée par une petite chaîne, et en dehors des périodes de pic touristique, il n’y pas de contrôle de billets.  Et il n’y a ni garde, ni barrière pour dissuader les voleurs.
 
Notre Observateur avec un groupe de touristes en 2010.
 
Cette sculpture aussi aurait disparu selon notre Observateur.