ARABIE SAOUDITE

Vidéo : arrestation d’un pèlerin clandestin en Arabie saoudite

 Cette vidéo a été filmée lors du pèlerinage annuel des musulmans à La Mecque, en Arabie saoudite. On y voit un pèlerin se faire arrêter par un policier. On entend la personne qui filme s’indigner qu’un pèlerin soit ainsi traité dans une ville sainte. Une scène qui met en lumière un système de pèlerinage clandestin qui s’est développé dans le royaume wahhabite ces dernières années.

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Capture d'écran de la vidéo.

 

Cette vidéo a été filmée lors du pèlerinage annuel des musulmans à La Mecque, en Arabie saoudite. On y voit un pèlerin se faire arrêter par un policier. On entend la personne qui filme s’indigner qu’un pèlerin soit ainsi traité dans une ville sainte. Une scène qui met en lumière un système de pèlerinage clandestin qui s’est développé dans le royaume wahhabite ces dernières années.

 

Ces images ont été filmées le 14 octobre par un pèlerin saoudien. Selon l’internaute qui a posté la vidéo, il s’agirait d’un musulman non-Saoudien, mais résidant en Arabie saoudite, qui se serait fait arrêter par la police parce qu’il n’aurait pas d’autorisation de pèlerinage. Ce document est en effet nécessaire pour les Saoudiens et les résidants musulmans en Arabie saoudite qui souhaitent effectuer le hadj, le pèlerinage à la Mecque qui constitue l’un des cinq piliers de l’islam. Cette vidéo a choqué de nombreux internautes qui s’étonnent que la police puisse ainsi intervenir pour empêcher un homme d’accomplir son devoir religieux.

 

 

L’autorisation de pèlerinage pour les locaux a été mise en place par les autorités saoudiennes en 2006. Elle est émise chaque année en nombre limité et ne peut être délivrée plus d’une fois à la même personne sur une période de cinq ans. Notre Observateur Walid Abou Al Khair, militant pour les droits de l’Homme en Arabie saoudite, explique comment cette nouvelle mesure a eu pour conséquence la mise en place d’un système illégal de pèlerinage dans son pays.

"Nous avons aujourd'hui des pèlerins clandestins et des agences de pèlerinage qui se font de l’argent illégalement"

L’autorisation de pèlerinage pour les locaux est née de la difficulté pour les autorités saoudiennes de gérer le très grand nombre de pèlerins [environ deux millions, NDLR] qui viennent chaque année à La Mecque pour effectuer le hadj. Celui-ci se fait d’ailleurs dans des conditions atroces : la nourriture qu’on leur distribue est parfois avariée, les bousculades peuvent être mortelles et le risque d’épidémies est très élevé. Chaque année, on compte des centaines de victimes.

 

On a du mal à comprendre ce manque de moyens techniques et humains quand on sait ce que le grand pèlerinage annuel et la "‘omra" [appelée aussi petit pèlerinage, qui n’est pas un devoir et qui peut s’effectuer à n’importe quelle période de l’année] rapportent comme argent pour l’Arabie saoudite. On se demande donc où va tout cet argent. Pourquoi ne sert-il pas justement à améliorer les services pour les pèlerins ?

 

Il y a évidemment une mauvaise gestion - pour ne pas dire un détournement - des fonds publics. Mais au lieu de s’attaquer à ce problème de fond qui gangrène notre système, les autorités ont préféré réduire le nombre de pèlerins locaux en instaurant ce système de quotas, via les autorisations de pèlerinage. Or, cela engendre d’autres problèmes, à savoir l’émergence de pèlerins clandestins et d’agences de pèlerinage qui se font de l’argent de manière illégale [le pèlerin doit toujours faire appel aux services d’une agence qui sera responsable de son transport, son logement, etc., NDLR].

 

On n’imagine pas ce que les gens sont prêts à faire pour s’acquitter de ce devoir religieux. Il y en a même qui, ne pouvant accéder directement à La Mecque sans ce fameux sésame, choisissent de passer par Taëf, une région montagneuse qui se trouve à 80 kilomètres de la ville sainte. Ils payent alors 1 000 riyals [environ 200 euros, NDLR] une de ces agences de pèlerinage pour descendre la montagne par des petites routes afin d’entrer clandestinement à La Mecque. Ce qu’ils font est non seulement dangereux pour leur vie mais également contraire à l’esprit même de ce devoir religieux. L’islam précise que le pèlerinage n’est une obligation que pour ceux qui en ont les moyens physiques et matériels. Il est absurde de l’accomplir en enfreignant la loi !

 

Quant aux patrons de ces soi-disant compagnies, il leur suffit d’avoir un minibus et de coller un nom dessus pour se faire passer pour une agence de pèlerinage. Ils savent que les gens sont prêts à payer et en profitent pour se remplir les poches.

Les autorités saoudiennes ont déclaré le 13 octobre qu’elles avaient arrêté les responsables de 30 fausses agences de pèlerinage qui avaient récolté la somme de 90 000 riyals [17 680 euros] auprès de leurs clients. 2926 pèlerins clandestins ont déjà été arrêtés cette année depuis le début du pèlerinage.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à FRANCE 24.