IRAN - IRAK

Contrebandier au Kurdistan iranien, un métier à haut risque

Un "kulbar" tué par les gardes-frontière. Capture d'écran d'une vidéo.
Un "kulbar" tué par les gardes-frontière. Capture d'écran d'une vidéo.

Le coût de la vie ne cesse d’augmenter en Iran, si bien que les habitants de la République islamique sont de plus en plus nombreux à aller faire leurs achats dans les villes kurdes de l’ouest du pays, où les prix sont plus intéressants. Mais ces produits, acheminés du Kurdistan irakien par des trafiquants appelés "kulbars", ont parfois coûté la vie aux passeurs.

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Un trafiquant tué en 2011 (voir ci-dessous). Vidéo filmée par des activistes kurdes.

 

Le coût de la vie ne cesse d’augmenter en Iran, si bien que les habitants de la République islamique sont de plus en plus nombreux à aller faire leurs achats dans les villes kurdes de l’ouest du pays, où les prix sont plus intéressants. Mais ces produits, acheminés du Kurdistan irakien par des trafiquants appelés "kulbars", ont parfois coûté la vie aux passeurs.

 

Régulièrement, les presses kurdes et iraniennes font état de trafiquants tués par la police. Le dernier incident remonte au 2 octobre, quand un chauffeur transportant des biens de contrebande a été tué par balle par la police, près de la ville frontalière de Sardasht. [Voir ci-dessous le témoignage d’un de ses amis]

 

Le trafic entre l’Irak et l’Iran se fait en deux temps : d’abord, les trafiquants, principalement des Iraniens, font passer les biens du Kurdistan irakien au Kurdistan iranien par la montagne. Les marchandises, allant du thé aux vêtements en passant par des produits interdits comme les antennes satellites ou l’alcool, sont portées, soit par des chevaux, soit par les trafiquants eux-mêmes.  Une fois de l’autre côté de la frontière, d’autres contrebandiers les emmènent en voiture dans les villes les plus proches. Tout au long de ce trajet, ils risquent de se faire repérer par la police des frontières, qui n’hésitent pas à leur tirer dessus.

 

Aucune statistique sur les interpellations ou les morts de contrebandiers n’est disponible. Le sujet a cependant été porté à la connaissance du conseil des droits de l’Homme de l’ONU, par Ahmed Shaheed, rapporteur spécial sur l’Iran. 

 

 

Dans une mosquée, une affiche annonce la mort de Mohammad Karimi, le trafiquant tué par la police le 2 octobre.  

 

"Dans cette zone, si les gens deviennent contrebandiers c’est parce qu’il n’y a pas de travail"

Rahman vit à Sardasht, une ville frontalière située au Kurdistan iranien. Il était un ami de Mohammad Karimi, le trafiquant tué le 2 octobre.  

 

C’est courant. Tous les mois, des trafiquants sont tués. Dans le cas de Mohammad, quand il a vu la police, il a essayé de s’enfuir au volant de sa voiture. C’est souvent ce qu’ils font, de peur que la police ne confisque leur véhicule [qu’elle revend ensuite aux enchères, NDLR], et qui est souvent leur unique bien de valeur. Mais la police l’a rattrapé? et lui a tiré dessus.

 

Dans cette zone, si les gens deviennent contrebandiers, c’est parce qu’il n’y a pas de travail. Le gouvernement ne crée par d’emplois pour nous. Notre jeunesse est éduquée, mais les postes sont donnés à des gens venus d’autres régions d’Iran. Ils ne font pas confiance aux Kurdes.

 

ATTENTION: CES IMAGES PEUVENT CHOQUER.

 

Le corps d’un trafiquant kurde tué en 2011.

 

Les trafiquants ne travaillent pas à temps plein. S’ils ont de la chance, ils ont une mission dans la semaine. En fonction de ce qu’ils transportent, ils sont payés entre 700 000 et 800 000 tomans [entre 175 et 200 euros]. L’alcool, c’est ce qui paye le mieux. Le trajet dure en moyenne deux heures.

 

Demandez à n’importe quel enfant de ma ville, et il vous dira qui est contrebandier. La police ne fait pas tant d’efforts que ça pour les arrêter. Probablement parce que certains leur paient des pots-de-vin, qui leur permettent, par exemple, d’"acheter une route" le temps de quelques heures. Mais au final, la vie d’un trafiquant ne représente rien à leurs yeux, c’est pour ça qu’ils n’hésitent pas à les tuer.

 

 

Un cheval tué par la police.

ATTENTION: CES IMAGES PEUVENT CHOQUER.

 

D’autres montures éliminées par la police.

 

Des contrebandiers kurdes transportent des marchandises de l’Iraq à l’Iran.