TUNISIE

Face à l’impuissance de l’État, les écoles tunisiennes demandent l’aide des associations

 À une semaine de la rentrée scolaire en Tunisie, certaines écoles du pays se trouvent dans un tel état de délabrement qu’elles ne seront pas capables d’accueillir les élèves dans des conditions décentes. Face à l’inaction des pouvoirs publics, c’est parfois vers le secteur associatif qu’elles se tournent pour assurer leur rénovation.

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À une semaine de la rentrée scolaire en Tunisie, certaines écoles du pays se trouvent dans un tel état de délabrement qu’elles ne seront pas capables d’accueillir les élèves dans des conditions décentes. Face à l’inaction des pouvoirs publics, c’est parfois vers le secteur associatif qu’elles se tournent pour assurer leur rénovation.

 

Inara (éclairage en arabe) est un exemple de ces associations qui tentent de suppléer aux manques de l’État. Fondée en mai 2012 pour aider les populations les plus pauvres, elle a participé à la rénovation de plusieurs écoles dans le pays. À une semaine de la rentrée, c’est l’école primaire du 18 janvier de Zahrouni, un quartier populaire du sud de la capitale, qui concentre les efforts de l’association. L’établissement public a tellement été dégradé durant les vacances d’été que le proviseur s’est tourné vers Inara pour des travaux de rénovation. Une triste situation dans un pays qui peut pourtant s’enorgueillir d’un taux de scolarisation de 99 %.

 

Entrée de l'école 18 janvier de Zahrouni

"Le citoyen lambda n’est pas éduqué à prendre soin du bien public"

 

Amel Chaherli, chef de projet de l’association Inara, supervise les travaux de rénovation de l’école primaire du 18 janvier à Zahrouni.

 

En visitant l’établissement il y a quelques jours, j’ai pu constater que le proviseur n’avait en rien exagéré le constat qu’il m’avait dressé par téléphone sur l’état de son école : les fenêtres et les portes ont été cassées, les tableaux arrachés ou volés et une salle de classe a même été brûlée. Il était impensable d’accueillir des élèves dans ces conditions.

 

À cause du manque de moyens, il n’y a pas de gardien pour surveiller l’école durant les vacances. Du coup, des voyous viennent s’y droguer ou y boire de l’alcool. L’école de Zahrouni est loin d’être une exception, son cas est révélateur des conditions dans lesquelles étudient nos enfants.

 

Les toilettes et lavabos ont été volés

 

Il y a une mentalité de négligence qu’il faut éradiquer. Le citoyen lambda n’est pas éduqué à prendre soin du bien public. Et ici quand quelque chose se détériore, au lieu de le réparer tout de suite, on laisse aller jusqu’à ce que la situation soit vraiment dramatique.

 

Nous collaborons avec des associations de quartier comme les jeunes d’"Ekhdem Houmtek" (Sers ton quartier), ici à Zahrouni, ou directement avec les élèves de l’école et leurs parents. Chacun participe comme il peut : un parent d’élève nous a par exemple offert les pots de peinture qu’il vendait dans son magasin pour repeindre les murs de l’école. Nous sommes là pour un moment, mais c’est à eux qu’il revient d’entretenir l’établissement au quotidien.

 

Une salle de classe

 

Nous fonctionnons grâce à des dons qui nous viennent de particuliers ou d’entreprises qui nous lèguent par exemple du matériel informatique usagé.

 

Les autorités publiques ont évidemment une part de responsabilité dans cette situation. Elles manquent de moyens, mais je pense aussi que la bureaucratie locale, trop lourde, favorise l’inertie. Je pense toutefois que la société civile a un rôle à jouer pour entretenir les biens publics. Notre association préfère en tout cas se concentrer sur ce qu’elle peut faire sur le terrain plutôt que de rester les bras croisés en critiquant le gouvernement.

 

 

Toutes les photos ont été publiées sur la page Facebook de l’association Inara.

 

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.