BIRMANIE

Voyage en images à Naypyidaw, capitale fantôme de la Birmanie

 Il y a huit ans, l’ancien homme fort de la junte birmane, le général Than Shwe, prenait tout le monde de cours en changeant de capitale. Naypyidaw, construite de toute pièce en pleine jungle à 300 km au nord de l’ancienne capitale Rangoun, était censée attirer les investisseurs étrangers. Pourtant, aujourd’hui, il n’y a toujours pas un chat sur les autoroutes à 20 voies et les centres commerciaux restent désespérément déserts.

Publicité

 

Il y a huit ans, l’ancien homme fort de la junte birmane, le général Than Shwe prenait tout le monde de cours en changeant de capitale. Naypyidaw, construite de toute pièce en pleine jungle à 300 km au nord de l’ancienne capitale Rangoon, était censée attirer les investisseurs étrangers. Pourtant, aujourd’hui, il n’y pas un chat sur les autoroutes à 20 voies et les centres commerciaux sont déserts.

 

Naypyidaw, "ville royale" en birman, a longtemps été interdite aux touristes et journalistes étrangers. Ce n’est qu’en 2011, année où la junte militaire a officiellement fait place à un pouvoir civil - néanmoins dirigé par l'un de ses anciens membres - que la capitale a ouvert ses portes. Mais Naypyidaw a encore du chemin à faire pour devenir une référence en matière de tourisme : les visiteurs se font rares et quand ils viennent, leurs faits et gestes sont étroitement surveillés par des membres des services de sécurité.

 

La nouvelle capitale a été bâtie à partir de rien. À l’époque, la junte avait beaucoup misé sur ses autoroutes à l’américaine, ses centres commerciaux, ses stades et ses hôtels ultra chics pour redorer son blason auprès de la communauté internationale. Autant de signes de puissance et de modernité qui sont en parfait décalage avec le reste de la Birmanie. Le Fonds monétaire international (FMl) estime que le revenu annuel par tête en Birmanie s’élève à 834 dollars, soit le plus faible de toute l’Asie du Sud-Est.

  

Le très luxueux Thingaha Hotel à Naypyidaw. Photo prise par notre Observateur, Aye Khine

"Je me suis vraiment senti dans un autre pays"

Notre Observateur Aye Khine (pseudonyme) est un journaliste birman qui vit à Rangoun. Il a visité Naypyidaw à la fin du mois d’août.

 

Naypyidaw n’a absolument rien à voir avec les autres villes de Birmanie. Je me suis vraiment senti dans un autre pays. C’est triste de voir des gens profiter du confort et de la modernité que cette ville offre quand la majorité des Birmans vivent dans la pauvreté.

Mais cet endroit a beau être propre et moderne, les routes sont très peu fréquentées, car les Birmans lambda n’ont pas tous les moyens de vivre là-bas. J'ai tout au plus croisé deux voitures et à peine plus de motos sur les autoroutes. La route qui mène au Parlement comporte 20 voies mais elle est déserte. Le gouvernement prétend que 900 000 personnes habitent ici mais ça me paraît impossible.

 

La route à 20 voies qui mène au Parlement est complètement déserte. Photo prise par notre Observateur, Aye Khine

 

Les hôtels sont chers. Les premiers prix commencent à 35 dollars et peuvent aller jusqu'à 200 dollars la nuit. La plupart des personnes étrangères qui se rendent à Naypyidaw sont des personnalités politiques, des hommes d'affaires ou des travailleurs humanitaires. Des évènements politiques et économiques ainsi que de grandes réunions internationales sont régulièrement organisées dans la ville.

Beaucoup de gens ont été surpris par le fait qu’une nouvelle capitale soit créée de toute pièce, ils n’y voyaient pas beaucoup d’intérêt. D’autant plus que le climat est loin d’être idéal : en été, il fait plus chaud qu’à Rangoun, et pendant la mousson le temps est encore plus imprévisible que dans le reste du pays.

 

Motards solitaires dans Naypyidaw. Photo prise par notre Observateur, Aye Khine

Selon les rumeurs, c’est un astrologue qui aurait conseillé à Than Shwe de déplacer la capitale loin des côtes, dans un endroit qui serait moins vulnérable à une attaque étrangère.

 

Je sais que les membres du Parlement [les députés] n'apprécient pas la nouvelle capitale car elle les a éloigné de leur famille et parce qu’il existe peu d’endroits pour se divertir - pour autant, on ne les entend jamais s’en plaindre ouvertement. Ils se déplacent à Naypyidaw deux à trois fois par an pour assister à des sessions parlementaires qui peuvent durer jusqu’à trois mois mais la majorité d’entre eux restent domiciliés à Rangoun. Quand ils viennent ici, ils sont hébergés dans des hôtels gérés par le gouvernement. 

 

Le Zabu Thiri Hotel à Naypyidaw. Photo prise par notre Observateur, Aye Khine.