Un groupe de jeunes danseurs de hip-hop connu sous le nom "Khoy B Boys". La photo a été publiée sur leur page Facebook. 
 
À quelques exceptions près, les danses sont interdites en Iran. Tout comme de nombreux styles musicaux et, a fortiori, le hip-hop, né aux États-Unis. Malgré cela, danser sur du hip-hop est devenu un passe-temps très populaire chez les jeunes Iraniens qui maquillent leur passion en l’appelant "mouvement coordonné".
 
Il fut un temps où la jeunesse iranienne se rendait dans les clubs pour danser sur tout type de musique et au restaurant pour s’offrir un repas bien arrosé. Mais depuis la révolution islamique de 1979, ces activités, comme beaucoup d’autres, sont interdites par les autorités religieuses.
 
Pourtant, les jeunes Iraniens multiplient les parades pour contourner les lois de leur pays. Furtivement, ils parviennent à jouer dans des groupes de rock, à se faire tatouer, s’adonner à l'art du graffiti. Ou danser du hip-hop.
 
 
Un groupe de jeunes danseurs de hip-hop connu sous le nom "Khoy B Boys". Ils sont originaires de la petite ville iranienne de Khoy.
 
Des étudiants iraniens en plein cours de hip-hop.
 
 
De nombreux danseurs de hip-hop iraniens se filment à la maison puis postent leurs vidéos sur YouTube.

"Le hip-hop n’a aucune chance d’être autorisé car il est perçu par le régime comme un symbole de l’occidentalisation"

Alireza a 21 ans. Il est danseur et professeur de hip-hop à Téhéran.
 
Quand j'ai découvert les clips de Michael Jackson il y a quelques années, j'ai voulu apprendre à danser comme lui. Contrairement à beaucoup de mes amis qui ont basculé dans la drogue pendant leur adolescence, j’ai mis toute mon énergie dans le hip-hop. Aujourd'hui, j'enseigne cette danse dans les parcs, où il n'y a pas trop de monde, ou dans des clubs de sport, où ma pratique est camouflée sous les appellations 'exercice physique' et 'mouvement coordonné'. La plupart de mes élèves ont entre 14 et 28 ans.
 
 
Notre Observateur dansant sur le toit d'un immeuble.
 
À part Téhéran, beaucoup d’autres villes en Iran comptent des profs de hip-hop. Il nous arrive d’organiser des 'battles' entre danseurs. Bientôt des danseurs de Shira, Ispahan, Mashhad et Téhéran vont se réunir pour s’affronter dans un parc public de la capitale. Ces 'battles' ne sont pas motivées par l’argent – même si parfois les gens parient 500 000 rials (environ 15 euros) sur le gagnant.
 
 
Une "battle" à Téhéran.
 
Les danseurs de hip-hop en Iran sont tout aussi talentueux que dans les pays occidentaux, ce qui constitue un exploit au regard des contraintes auxquelles nous sommes confrontés. Malheureusement, les autorités ne nous laisseront jamais organiser d’événements officiels. Je ne comprends vraiment pas pourquoi. Récemment, au cours des célébrations de l'Aïd [qui marquent la fin du mois du ramadan], une cérémonie a été organisée à Téhéran avec des danseurs traditionnels kurdes et des athlètes de parkour [uniquement les hommes]. De toute façon, le hip-hop n’a aucune chance d’être autorisé car il est perçu par le régime comme une danse occidentale, et par conséquent un symbole de l’occidentalisation.
 

"Les clubs de sports sont tenus de passer de la musique sans paroles, mais cette règle est complètement ignorée"

Zahra a 30 ans. Elle prend des cours de hip-hop dans un club de sports à Téhéran.
 
Je suis officiellement inscrit au cours d’'exercice physique', mais en réalité, bien sûr, j'apprends le hip-hop. Des cours sont proposés dans presque tous les clubs de sport privés où je suis allé, avec la danse indienne, la danse arabe, et la danse classique. Bien sûr, c'est illégal, et les autorités pourraient intervenir mais, pour le moment, elles ferment les yeux.
 
 
Les danseurs de hip-hop parviennent à se produire sur scène dès lors qu'ils font passer leur activité pour une démonstration d'aérobic. 
 
Selon la police, les clubs de sport sont tenus de passer de la musique sans paroles, mais cette règle est complètement ignorée. Je n'ai presque jamais entendu de chansons dont les paroles avaient été coupées. La plupart du temps, les clubs diffusent de la musique occidentale, interdite mais très écoutée en Iran.
 
 
Une danse de hip-hop dans un club de sport.
 
Presque tout le monde ici sait comment ça se passe. Les enseignants trouvent leurs clients grâce au bouche-à-oreille, car le terme 'exercice physique' n’attire pas forcément ceux qui souhaitent faire du hip-hop. Dans tous les clubs de sport, des spectacles de danse sont organisés. Ils louent un studio et mettent en vente des billets pour, officiellement, des spectacles de 'mouvement coordonné'. L'année dernière, mon club a proposé un show, le taux de participation a été incroyable !