Un rebelle syrien montrant un panneau qui signale la route vers Qordaha, village natal des Assad.
 
Dimanche 4 août, les djihadistes de la rébellion syrienne ont engagé une offensive d’envergure dans la région de Lattaquié. Une attaque symboliquement importante car elle touche une région, sur la côte à l’ouest du pays, peuplée de près de 50 % d’alaouites, la communauté du président Bachar al-Assad.
 
L’opération militaire rebelle porte un nom évocateur : "La bataille des petits-enfants d’Aïcha, la mère des croyants." Aïcha étant une des épouses du prophète Mahomet. Malgré la revendication de cette offensive par l’opposition, au nom de l’Armée syrienne libre (ASL), les brigades qui mènent l’assaut sont principalement des factions djihadistes.
 
Carte de l’offensive rebelle.
 
À la suite de ces attaques, les villages d’Astrabah (vidéo ci-dessous), Abou-Makeh, Beït-Chkouhi, Baloutah, Baroudah, Aramo, Inbateh, Daraj-Talla, Hambouchieh, Dourin, Khorbet-Baz ont été vidés de leur population.
 
Les rebelles étaient déjà implantés depuis plus d’un an dans quelques villages sunnites au nord de la ville de Lattaquié. C’est d’ailleurs depuis l’un de ces villages, Salma, que les opérations ont été lancées. Mais aucune attaque de cette ampleur n’avait pour l’instant été engagée dans cette région considérée comme un sanctuaire du régime.
 
Vidéo prise à Astrabah.
 
Les derniers revers subis par la rébellion dans ses bastions, comme Qoussair ou le quartier de Khaldiyeh à Homs, poussent peut-être les djihadistes à tenter un coup d’éclat en frappant la communauté alaouite. Les hauteurs de Lattaquié ont par ailleurs un intérêt stratégique car la zone est relativement difficile d’accès, elle est proche de la frontière turque et elle surplombe une partie de la côte syrienne à l’ouest et les zones tenues par les rebelles à l’est.
 
Un djihadiste yéménite menace la famille d’un soldat syrien tué au combat : "On l’a écrasé, venez qu’on vous écrase aussi."

Le conflit en Syrie a fait plus de 100 000 morts depuis mars 2011, selon le bilan a donné jeudi 1er août par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.
 

"Comment on peut prétendre "libérer" des villages de leurs habitants"

Témoignage anonyme d’un des administrateurs de Lattakia News Network, un réseau pro-régime de la région de Lattaquié.
 
Les rebelles disent vouloir prendre les observatoires de l’armée postés sur les cimes. Mais à la même occasion, ils investissent et occupent des villages peuplés de civils. Les habitants de plus de quarante villages sont poussés à l’exode. Je refuse d’utiliser un vocabulaire confessionnel [en évoquant l’appartenance des habitants à la branche alaouite du chiisme]. Pour moi, ces villages sont syriens.
 
Alors que la majorité des postes sont encore tenus par l’armée, les djihadistes célèbrent "la libération" de villages qui ne se sont jamais ralliés à leur cause !
 
Beït Chkouhi entre les mains de l’ASL, la localité a été reprise mardi par l’armée syrienne. 
 
Comment peut-on "libérer" des villages de leurs habitants ! Il faut savoir que ces localités sont principalement peuplées de femmes, d’enfants et de vieillards. Les hommes eux sont incorporés dans les forces armées ou dans les comités de défense nationale et affectés aux zones de combats à travers le pays.
 
On ne connait pas le nombre exact de déplacés arrivés en ville [Lattaquié]. Un centre d’accueil à été ouvert par les autorités, à l’école Tallal Yassin, pour ceux qui n’ont pas de point de chute pour les accueillir. Le Croissant rouge syrien a été mobilisé dès dimanche, à l’instar de plusieurs associations et bénévoles.
 
Aide aux déplacés à l’école. Crédit Lattakia News Network (LNN)
 
Aide aux déplacés lundi 5 août (lendemain de l’offensive rebelle). Crédit Lattakia News Network (LNN)
 
Mais beaucoup de personnes sont toujours prises au piège dans les forêts où elles ont trouvé refuge dès le début des combats. Cette région rocailleuse est très hostile, en plus de cela les djihadistes pilonnent les forêts sans cesse. Ils ont même provoqué des feux dans les bois à proximité des habitations.
 
Le nombre de victimes civiles reste inconnu. Il y aurait une centaine d’habitants pris en otage. Les comités locaux de conciliation ont entamé des négociations pour leur libération, qui sont en cours en ce moment même.
  
Photo : feu de forêt à quelques mètres des habitations. Crédit Lattakia News Network (LNN).  
Billet écrit en collaboration avec Wassim Nasr (@SimNasr), journaliste à France24.