Toutes les photos nous été transmises par notre Observateur Lu Haitao. Postées sur le site de microblogging Weibo, elles ont rapidement été censurées par les autorités.
 
Une trentaine de femmes agents de police ont été passées à tabac et arrêtées cette semaine par les forces de l’ordre à Chongqing, alors qu’elles réclamaient le renouvellement de leur contrat de travail. Recrutées à l’époque de Bo Xilai, l’ancien maire de la ville aujourd’hui tombé en disgrâce, elles ne sont désormais plus les bienvenues.
 
 
Les policières s’étaient d’abord rassemblées à l’intérieur d’un lycée pour protester. Sur place, le chef de la police de Chongqing a donné l’ordre de les enfermer dans l’établissement, mais elles ont réussi à en sortir et se sont retrouvées devant le siège du Parti Communiste, où elles ont bloqué la circulation. Les forces de l’ordre les ont encerclées et ont commencé à les frapper. D’après plusieurs témoins, certaines ont été giflées ou ont reçu des coups de poing. Les policières ont ensuite été jetées dans des véhicules et emmenées au poste. Leurs téléphones ont été détruits afin qu’elles ne puissent pas prendre de photos.
 
 
Après avoir passé la nuit de mardi à mercredi en détention, elles ont été relâchées. Une collègue a toutefois confié aux médias qu’elles se trouvent actuellement en résidence surveillée dans leur dortoir et qu’elles ont interdiction de communiquer via les réseaux sociaux.
 
En juin 2011, le chef de la police Wang Lijun, un intime de Bo Xilai alors chef du Parti Communiste de Chongqing, avait recruté 150 femmes chargées de réguler la circulation et de patrouiller en ville à l’issue d’un concours auquel pas moins de 1700 jeunes femmes avaient participé. Après une formation de quatre mois, elles ont reçu leurs équipements tout comme leurs collègues masculins et ont commencé à patrouiller dans les rues. À l’époque leur présence était valorisée dans les médias. Elles étaient considérées comme un des symboles de la ville de Chongqing.
 
 
Toutefois, elles n’étaient pas des agents de police à titre officiel, mais des policières dites "saisonnières". Elles avaient été recrutées avec un contrat d’une durée de deux années, via une entreprise de ressources humaines privée. Wang Lijun leur avait promis qu’il les recruterait en tant que policières à part entière à la fin de cette période. Or, l’embauche au sein de la police doit être approuvée par le ministère de la Sécurité publique pour qu’elle soit considérée comme définitive. Et depuis que l’ancien maire de la ville et le chef de la police sont tombés en disgrâce aux yeux du parti communiste chinois, leur situation est bloquée.
 
 
En mars 2012, après la destitution de Bo Xilai, impliqué dans le plus gros scandale politico-pénal des dernières décennies en Chine, il n’était en effet plus question de leur embauche. Au printemps 2013, avant que leurs contrats ne se terminent, elles ont multiplié les pétitions. La seule réponse qu’elles auraient obtenue des autorités aurait été : " Vous n’avez qu’à poursuivre Wang Lijun en justice" [l’ancien chef de la police purge actuellement une peine de prison de 15 ans de prison dans le cadre du scandale Bo Xilai].
 
 
Un de nos Observateurs en Chine Lu Haitao, rapelle que Bo Xilai avait déjà mis sur pied en 1994 une brigade féminine de police montée à Dalian (ville du nord-est de la Chine), dont il était le maire. À cette époque, la population s’était interrogée sur l’utilité d’une telle brigade. Et depuis la destitution de l'homme politique, une partie de la population réclame régulièrement la dissolution de cette unité qualifiée "d’objet ornemental" sans utilité.