Liban

Attentat à Beyrouth : "Ils ont ciblé le 'carré sécuritaire' du Hezbollah"

 Une explosion a soufflé une rue de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Le quartier avait déjà été visé par des tirs de roquettes fin mai, mais c’est la première fois depuis la guerre civile (1975-1990) que cette zone est visée par un attentat. Témoignage et photos d’un habitant du quartier.  

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Une des premières images de l'attentat de Bir al-Abed, dans la banlieue sud de Beyrouth, prise par notre Observateur.

 

Une explosion a soufflé une rue de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Le quartier avait déjà été visé par des tirs de roquettes fin mai, mais c’est la première fois depuis la guerre civile (1975-1990) que cette zone est visée par un attentat. Témoignage et photos d’un habitant du quartier.

 

L’attentat à la voiture piégée a soufflé la rue commerçante Al-Choura au cœur de la banlieue sud de Beyrouth, place forte du Hezbollah, faisant plus d’une cinquantaine de blessés.

 

Cette explosion intervient dans un contexte de tensions interconfessionnelles entre sunnites et chiites au Liban, alimenté par la guerre en Syrie. Le mouvement chiite Hezbollah, engagé militairement aux côtés des troupes de Bachar al-Assad, est régulièrement menacé par les rebelles syriens, en grande majorité sunnites, mais aussi par des salafistes libanais.

  

Au Liban, le 24 juin, des affrontements avaient éclaté entres les hommes d’un cheikh salafiste, Ahmed al-Assir, et l’armée libanaise, accusée de jouer le jeu du Hezbollah. Un incident qui avait contribué à accentuer le clivage entre les deux communautés.

"Les habitants du quartier ont très vite fait le lien avec la guerre en Syrie et les menaces proférées par l’Armée Syrienne Libre (ASL)"

Hassan (pseudo), professeur d’université, habite le quartier de Bir al-Abed dans la banlieue sud de Beyrouth, à 200 mètres du lieu de l’attentat. Ses photos étaient parmi les premières à circuler sur les réseaux sociaux.

 

Je passais au volant de ma voiture à quelques mètres du lieu de l’explosion, je venais de dépasser le coin de la rue Al-Choura. Cette rue se situe dans la zone connue comme le 'carré sécuritaire' du Hezbollah. Dès que j’ai entendu l’explosion je suis descendu de ma voiture et je me suis précipité sur les lieux. Beaucoup de gens ont eu la même réaction, certains étaient là par curiosité, d’autres pour aider.

 

Photo dU rassemblement des habitants du quartier sur les lieux de l'attentat. Envoyée par notre Observateur.

 

Très vite, six ou sept voitures de secours sont arrivées sur les lieux et la sécurité du Hezbollah a commencé à quadriller et à boucler la zone. Quelques minutes plus tard, l’armée libanaise est arrivée sur place pour sécuriser les lieux et commencer à enquêter. J’ai vu des dizaines de blessés se faire évacuer.

 

Photo du déploiement de l'armée libanaise sur les lieux de l'attentat. Envoyée par notre Observateur.

 

Plusieurs députés et chefs du Hezbollah habitent cette rue. Donc cet attentat, même s’il a visé les locaux d’un centre associatif d’aide alimentaire [créé par le Hezbollah], constitue une importante brèche dans le dispositif sécuritaire du Hezbollah. C’est dans cette rue que se trouve le conseil de Choura [la plus haute instance du parti], d’où son nom rue Al-Choura.

Vue depuis le toit de l'immeuble de notre Observateur.

 

Les habitants du quartier ont très vite fait le lien avec la guerre en Syrie et les menaces proférées par l’Armée syrienne libre (ASL) et par les groupes djihadistes comme le Front al-Nosra. Les derniers combats entre les hommes du cheikh salafiste El-Assir et l’armée libanaise à Saïda [40 km au sud de Beyrouth] étaient aussi présent dans tous les esprits.

 

Les habitants [à majorité pro-Hezbollah dans cette zone] n’ont pas hésité à attaquer le ministre de l’Intérieur qui était venu inspecter les lieux. Ils l’accusent d’avoir laissé le cheikh El-Assir et ses hommes propager des idées de violences contre la communauté chiite. Le Hezbollah a été obligé d’intervenir en force pour le protéger et l’exfiltrer.

Billet écrit avec la collaboration de Wassim Nasr (@SimNasr), journaliste à France24.