COLOMBIE

Le bastion des Farc secoué par la révolte des paysans colombiens

 Le 11 juin, jour même du début des négociations entre les guérilleros Farc et le gouvernement colombien à la Havane, les paysans de la région de Catatumbo, fief de la guérilla situé au nord-est de la Colombie, déclenchaient un mouvement de protestation. Depuis des milliers de "campesinos" ont manifesté pour dénoncer l’isolement de cette région agricole et leurs conditions de vie, engageant un bras de fer sanglant avec les forces de l’ordre colombiennes.

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Des paysans affrontant les forces anti-émeutes.

 

Le 11 juin, jour même du début des négociations entre les guérilleros Farc et le gouvernement colombien à la Havane, les paysans de la région de Catatumbo, fief de la guérilla situé au nord-est de la Colombie, déclenchaient un mouvement de protestation. Depuis des milliers de "campesinos" ont manifesté pour dénoncer l’isolement de cette région agricole et leurs conditions de vie, engageant un bras de fer sanglant avec les forces de l’ordre colombiennes.

 

La mobilisation dure depuis une quinzaine de jours, mais la tension est monté d’un cran le 22 juin lorsque la police anti-émeute [ESMAD] a tiré à balles réelles sur les manifestants, tuant deux personnes et faisant huit blessés.

 

La région de Catacumbo se trouve à proximité de la frontière avec le Venezuela, une zone où sont implantées les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). D’idéologie communiste, les Farc sont la principale guérilla impliquée dans le conflit armé avec les autorités colombiennes. La question du développement rural était à l’origine même de leur création, en 1964.

 

Vidéo tournée après la répression des forces de l'ordre pour le compte de l'association paysanne de Catatumbo.

 

"Nous sommes pris entre deux feux : l’abandon de nos terres ou la culture illégale"

José de Carmen Abril est membre de l’association paysanne de Catacumbo.

 

L’association paysanne de Catacumbo a présenté ses premières propositions pour un plan de développement rural en 2009. Nous attendons depuis longtemps la mise en place d’une zone de réserve paysanne [une zone ciblée par un plan de développement rural]. Nous réclamons des dédommagements pour la marginalisation des paysans de la région, mais également une nouvelle politique de production agricole. Au lieu de parler uniquement d’éradiquer la culture de coca, qui est très répandue dans la région, nous exigeons de l’État qu’il investisse ici et soutienne par des aides et des subventions le travail des paysans.

 

Or, la réforme agraire est justement l’un des principaux points de discussion entre les autorités et les Farc [le 27 mai dernier, un accord a été trouvé entre les deux parties sur la question, mais certains points doivent encore être soumis aux négociations]. Pourtant, bien que nous soyons les premiers concernés par cette question, nous ne sommes pas du tout associés à ces pourparlers. C’est pour cela que nous avons décidé de faire grève et que nous avons commencé à manifester le 11 juin, en réclamant, à notre tour, des négociations avec l’État.

 

Notre mobilisation a d’abord été ignorée. Nous avons alors décidé de bloquer les routes pour faire entendre notre voix. C’est là que le gouvernement a envoyé les brigades anti-émeutes et l’armée [les autorités soulignent que les soldats n’ont pas participé à la répression, mais ne faisaient que quadriller la zone].

 

 

"Un kilo de cacao est vendu à 1 800 pesos, un kilo de coca, 2,3 millions. Le calcul est vite fait ! "

 

 

Aujourd’hui, les autorités refusent de dialoguer avec nous tant que nous continuons à protester, même si ce sont elles qui ont fait usage de violence. Elles justifient leur position en prétendant que notre mouvement est infiltré par les guérilleros des Farc, et nous accusent de cultiver illégalement de la coca. Mais pour nous, la culture de la coca est d’abord un moyen de survie. Les autres produits agricoles que nous cultivons ici comme le café, le cacao ou le maïs ne sont pas subventionnés par l’État [ Les Farc aident en revanche les cultivateurs de coca, soit en les finançant, soit en les fournissant en graines et engrais]. Par ailleurs, la vente de ces produits rapporte trois fois rien aux paysans. Un kilo de cacao est vendu à 1800 pesos colombiens [0.72 d’euros] alors qu’un kilo de pâte de coca rapporte 2,3 millions de pesos [915 euros]. Le calcul est vite fait !

 

Des entreprises d’exploitation minière et pétrolière insistent également sur la présence de champs de coca ici pour nous pousser hors de nos terres et s’implanter dans la région de Catatumbo dont le sol est très riche. Nous sommes pris entre deux feux : l’abandon de nos terres ou la culture illégale. [Notre Observateur n'a pas souhaité s'exprimer sur les relations entre les paysans et les Farc, Ndlr.]

 

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.