La moitié des réfugiés birmans vivant dans des camps en Thaïlande ont moins de 19 ans. La plupart d’entre eux y sont nés et ne sont jamais allés en Birmanie.
 
Cela fait plus de 25 ans qu’ils vivent en Thaïlande. Mais les 140 000 réfugiés birmans ayant fui la guerre civile ne s’y sentent plus les bienvenus. Malgré leur avenir plus qu’incertain en Birmanie, les organisations humanitaires les invitent fortement à se préparer au retour.
 
Depuis que le régime militaire a été remplacé par un gouvernement civil en 2011, plusieurs accords de cessez-le-feu ont été signés avec des groupes rebelles issus d’ethnies minoritaires. Des accords certes fragiles mais qui laissent penser aux organisations humanitaires que les quelque 140 000 Birmans réfugiés sur le sol thaïlandais pourraient rentrer chez eux. 
 
Si le Haut commissariat aux réfugiés (UNHCR)  affirme qu’il n’y a pour l’heure pas de calendrier, l’organisation a toutefois commencé à organiser des ateliers pour préparer les déplacés au retour. En parallèle, la Mae Fah Luang Foundation, une organisation thaïlandaise financée par la monarchie, a distribué des questionnaires aux réfugiés, leur demandant entre autres ce qu’ils espéraient pour le futur : rester en Thaïlande, retourner en Birmanie ou s’installer dans un autre pays.
 
Une initiative qui a été particulièrement mal accueillie par les réfugiés : plus de 3 600 habitants du camp de Mae La ont signé une pétition expliquant qu’ils refusaient de répondre à de telles questions. L’UNHCR a de son côté insisté sur le fait que les informations collectées permettraient d’aider à préparer leur retour, tout en expliquant que le questionnaire n’était pas obligatoire. 
 
Des représentants des réfugiés de différents camps situés à la frontière participent à un atelier sur le rapatriement dans la camp de Mae La.

"Il y a encore des troupes birmanes dans mon village"

 
Paw Mu Nan, 57 ans, vit à Mae La avec 45 000 autres réfugiés. Dans les années 1980, elle a fui avec sa famille son village situé au nord de l’État karen après qu’il a été attaqué et occupé par les soldats birmans. Elle appartient à l’ethnie minoritaire karen, comme la plupart des occupants du camp.
 
 
Avec ma famille, nous avions passé trois ans dans la jungle avant de passer la frontière avec la Thaïlande en 1983. Depuis, nous avons vécu dans différents camps de réfugiés. Mis à part mon aîné, tous mes enfants sont nés ici. Jusqu’à présent, on n’avait jamais envisagé de rentrer en Birmanie.
 
Pendant les ateliers sur le rapatriement auxquels j’ai assisté, les membres des ONG ont affirmé qu’il n’y avait pas de calendrier. Mais ils veulent nous préparer car ils disent que nous finirons tous par rentrer chez nous. On nous apprend à nous responsabiliser, à être indépendant, à nous intégrer mais aussi des choses plus pratiques comme organiser nos cultures ou notre élevage. C’était super, ça nous a donné à réfléchir en détail sur notre futur professionnel.
 
Pour autant, je ne souhaite pas rentrer pour le moment car je ne me sentirais pas en sécurité. Il y a encore des troupes birmanes dans mon village, qui a été déserté par les habitants. Je l’ai appris de mes contacts vivant dans les alentours. Le cessez-le-feu entre le gouvernement et l’Union nationale karen ne nous garantit absolument pas que nous récupérerons notre terre. Les autorités ont pris nos champs, notre unique moyen de subsistance. 
 
Il est de plus en plus difficile de vivre dans le camp car les aides ont été réduites
 
Dans mon camp, beaucoup ont demandé à être envoyés dans un autre pays, de peur d’être forcés de rentrer en Birmanie. Deux de mes enfants se sont déjà installés aux Etats-Unis, mais je ne veux pas les suivre car je ne parle pas la langue [les États-Unis sont en train d’achever un programme d’accueil de 105 000 Birmans. Toutefois, près de la moitié des résidents du camp Mae La n’ont pas le statut officiel de réfugiés et ne peuvent donc bénéficier d’une installation dans un pays tiers, NDLR]. Et puis je vieillis. Je préférerais rester en Thaïlande où je me sens bien.
  
C’est vrai qu’il est de plus en plus difficile de vivre dans le camp car les aides ont été réduites [conséquence de l’ouverture de la Birmanie, les bailleurs internationaux ont donné davantage d’aides financières aux ONG présentes en Birmanie et moins à celles travaillant à la frontière, NDLR]. On ne reçoit plus d’huile et de poisson en conserve. On ne reçoit plus non plus de matériaux de construction. Nous devons rafistoler nos habitations avec les moyens du bord. Personne ne s’imagine rester ici bien longtemps.
 
Des enfants jouent au football dans le camp de Mae La.
 
Une partie du camp de Mae La.
 
Billet écrit avec la collaboration de Saw Yan Naing, auteur de toutes les photos.