CHINE

La féministe qui fait scandale en Chine

 L’histoire avait fait frémir la Chine. En mai dernier, les quotidiens nationaux rapportaient que le directeur d’une école primaire était accusé d’avoir violé six fillettes dans un hôtel. En réaction, le 27 mai, une militante féministe a brandi ce message devant l’école : "Monsieur le directeur, prenez une chambre d’hôtel avec moi et épargnez vos élèves !".

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L'activiste Ye Haiyan pose avec un panneau sur lequel est écrit "Monsieur le directeur, prenez une chambre d'hôtel avec moi et épargnez vos élèves !"

 

L’histoire avait fait frémir la Chine. En mai dernier, les quotidiens nationaux rapportaient que le directeur d’une école primaire était accusé d’avoir violé six fillettes dans un hôtel. En réaction, le 27 mai, une militante féministe a brandi ce message devant l’école : "Monsieur le directeur, prenez une chambre d’hôtel avec moi et épargnez vos élèves !".

 

Ye Haiyan est une sociologue chinoise qui a milité notamment pour la légalisation de la prostitution dans son pays. C’est au cours d’une manifestation organisée devant l’école primaire n° 2 de la ville de Hainan Wanning, où le principal accusé travaillait, qu’elle a voulu faire passer ce message surprenant. L’image (celle en haut de l'article) a rapidement fait le tour des réseaux sociaux chinois.

 

De nombreux internautes lui ont emboîté le pas, postant des photos d’eux-mêmes brandissant des pancartes avec des messages similaires.

 

Deux exemples parmi les centaines de photos prises par des internautes brandissant des panneaux avec des slogans similaires à celui de Ye Haiyan. 

 

Mais l’initiative de Ye Haiyan ne lui a pas attiré que des sympathies. Quelques jours plus tard, le 30 mai, elle a été agressée. Selon les médias officiels, trois femmes sont venues à son domicile "pour lui demander des explications" car, d’après elles, Ye Haiyan avait sali le nom de leur hôtel en le comparant à un "magasin de passes pour 10 yuans". La sociologue avait en effet, à plusieurs reprises, dénoncé les conditions de ces "10 yuans hôtels", notamment dans un quotidien hongkongais l’année dernière. Toujours selon les médias officiels, la discussion aurait tourné au vinaigre et la militante a brandi un couteau. Arrêtée par la police, elle a été condamnée à 13 jours de détention administrative et doit payer une amende de 500 yuans (63 euros). Pourtant, elle réfute les accusations de la police locale selon lesquelles elle aurait blessé l'une de ses interlocutrices avec son couteau. À présent, c’est elle qui poursuit la police départementale au tribunal.

 

Tandis que les autorités assuraient, via les médias officiels, que l’incident n’était pas lié à la pancarte de Ye, de nombreux internautes chinois ont, quant à eux, exprimé des doutes concernant ces affirmations. Beaucoup critiquent également la censure par les autorités d’une photo mise en ligne par une autre militante féministe, Ai Xiaoming, professeur à l’université, qui a écrit sur sa poitrine nue : "Couchez plutôt avec moi, et libérez Ye Haiyan". Un acte rappelant les opérations des Femen, groupe contestataire féministe originaire d’Ukraine.

 

Ai Xiaoming, qui brandit des ciseaux sur cette photo, a écrit "Couchez plutôt avec moi, et libérez Ye Haiyan" sur sa poitrine.