Travaux aux abords du parc Gezi. Photo postée sur Facebook.
 
Des habitants d’Istanbul campent depuis lundi dans le parc de Gezi, l’un des rares espaces vert de la ville, condamné à être rasé et transformé en une vaste zone commerciale. Face à leur détermination, les bulldozers ont fini par laisser les arbres en paix.

Les manifestants s’étaient rassemblés lundi dans le parc après que l’arrivée imminente des machines chargés de l’abattage des arbres a été annoncé sur les réseaux sociaux. Dans la nuit qui a suivi, les forces de l’ordre ont eu recours au gaz au poivre pour disperser les centaines de protestataires occupant les lieux. Soutenus par des députés de l’opposition venus sur place, ils ont finalement contraints les bulldozers à rebrousser chemin.
 
Le parc doit disparaître pour laisser la place à la reconstruction d’une ancienne caserne militaire, qui avait été démolie en 1940. Le lieu accueillera des magasins, des cafés, mais aussi des espaces culturels. Un centre commercial sera par ailleurs construits à proximité. Ces transformations font partie d’un vaste projet de transformation du quartier de Taksim, centre moderne d’Istanbul. Lancé en novembre 2012 par le gouvernement de Recep Tayyip Erdoagn, il consiste notamment à transformer la place Taksim en une vaste zone totalement piétonne
 
Intervention des forces de l'ordre dans le parc.

"Les autorités mènent une politique du béton qui néglige l’aspect humain et l’écologie"

Cagdas Onder milite au sein du réseau de solidarité de Taksim, où il habite.

Nous nous sommes organisés pour rester ici et protéger le site aussi longtemps que possible. Nous sommes environ 600 personnes. Nous avons installé des tentes et désormais nous dormons et mangeons ici.
 
Intervention de la police.

Appuyés par les forces de l’ordre, les travailleurs chargés de la destruction du parc ont tenté une incursion avec les bulldozers avant-hier [dans la nuit du 27 au 28 mai]. Forte heureusement, nous avons pu repousser leur assaut. Plusieurs militants se sont mis en travers de la route des machines tandis que d’autres ont grimpé sur les arbres pour les protéger. La police a fait usage de gaz poivre mais nous avons bien résisté, nous n’avons pas bougé. Ils sont partis mardi soir vers 20h après avoir quand même abattu trois arbres.
 
Recul des forces de l'ordre mardi soir.
 
Le parc Gezi [promenade en français] est le plus grand parc public d’Istanbul, et le seul de Taksim, le grand quartier du centre de la ville. C’est un espace vieux de 90 ans, un des rares lieux de détente et de sociabilisation entre les habitants.
Les autorités justifient leur démarche en disant qu’il s’agit d’un lieu historique car sur l’emplacement du parc, il existait une importante caserne datant du temps de l’empire Ottoman. Mais nous, jeunes d’Istanbul, nous vivons dans le présent et aujourd’hui, il n’y a quasiment plus de parcs publics dans cette ville qui grouille pourtant de centres commerciaux.       

Malheureusement, le cas de parc de Gezi n’est pas isolé. Le gouvernement a dès le début des années 2000 amorcé une politique urbanistique du tout béton qui ne prend en compte ni l’aspect humain ni celui écologique de la ville.

Ils ont lancé la construction d’un troisième pont sur le Bosphore, dont on n’a absolument pas besoin [Deux ponts suspendus ont déjà été construits sur le détroit du Bosphore, en 1973 et 1988, ndlr]. Ce projet gigantesque va détruire les forêts qui étaient jusque-là préservés de l’urbanisation, notamment dans le quartier de Sariyer, qui est pourtant un espace protégé. Il y a eu plusieurs manifestations contre ce projet ces dernières semaines, mais il suit son cours.    
 
Photo postée sur Facebook.
 
Le gouvernement ont également décidé le lancer la construction d’un troisième aéroport à Istanbul, le plus grand du pays, qui sera situé également dans la banlieue nord-ouest d’Istanbul, qui est aussi une zone forestière. 

Des associations d’architectes ont lancé une action en justice pour empêcher la construction du centre commercial de Taksim, car ils affirment qu’aux yeux de la loi, il est interdit d’abattre des arbres. Nous les soutenons de tout cœur, et de notre côté nous allons nous installer durablement dans le parc pour empêcher qu’il soit détruit. Nous avons l’intention d’y construire une ville solidaire, avec nos tentes.
 
Destruction d'arbres à Gezi Park. Photo postée sur
Facebook.

Billet écrit avec la collaboration de Djamel Belayachi, journaliste à France 24.