RD CONGO

Le M23 fanfaronne dans un village fantôme du Nord-Kivu

 Il y a une semaine, le petit village de cultivateurs de Mutaho était au cœur de l’actualité après que des affrontements entre la rébellion du M23 et l’armée congolaise y ont éclaté. Désormais maîtres d'une partie de la zone,  les rebelles ont invité des journalistes à venir constater leur nouvelle position, un village fantôme d’où tous les civils ont fui. 

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Un élément du M23 à Mutaho.

 

Il y a une semaine, le petit village de cultivateurs de Mutaho était au cœur de l’actualité après que des affrontements entre la rébellion du M23 et l’armée congolaise y ont éclaté. Désormais maîtres d'une partie de la zone,  les rebelles ont invité des journalistes à venir constater leur nouvelle position, un village fantôme d’où tous les civils ont fui.

 

Les combats qui ont éclaté le 20 mai dans la localité de Mutaho, situé à 13 km au nord de Goma, capitale du Nord-Kivu, étaient les premiers depuis le retrait de Goma des éléments de la rébellion en décembre 2012.  

 

Plus d’une semaine après les combats, la lumière n’a toujours pas été faite sur les responsables des hostilités, chaque camp se renvoyant la balle. Tous les habitants ont quant à eux quitté le village. Au total, 5 000 villageois de la zone ont dû fuir. Après avoir passé plusieurs jours réfugiés dans des écoles à Goma, ils sont actuellement déplacés par des organisations humanitaires vers des camps situés à l’ouest de la ville. 

 

Photo prise dans la localité de Mutaho par notre Observateur.

 

Ces nouveaux affrontements ont eu lieu alors que vient d’être décidé le déploiement de la brigade d’intervention de la Monusco par le Conseil de sécurité des Nations unies en mars dernier. Une force qui sera dotée d’un mandat offensif pour combattre les groupes armés actifs dans l’est de la RDC. Elle sera composée de plus de 3 000 soldats tanzaniens, malawites et sud-africains.

 

Le Congo, théâtre de deux guerres sanglantes ces 20 dernières années, connaît un nouveau cycle de violences depuis qu’un groupe de soldats déserteurs, le M23, a lancé en avril 2012 une offensive au Nord-Kivu contre l’armée congolaise. Le M23 est principalement formé d'ex-rebelles qui, après avoir été intégrés en 2009 dans l'armée congolaise, se sont révoltés. La majorité des combats ont lieu dans la région du Nord-Kivu, une zone stratégique puisqu’elle dispose de ressources minières (or, cassitérite, coltan et pétrole) considérables.

 

"Il y a quelques jours, il y avait des cultivateurs à leur place"

Charly Kasereka est journaliste radio à Goma.

 

Le M23 a invité les journalistes de Goma pour prouver que c’était eux qui tenaient désormais le village de Mutaho, que les autorités congolaises affirmaient avoir repris aux termes des combats. Ils nous y ont donc amené en Jeep. La partie du village que j'ai vu est effectivement entre leurs mains. Il semblerait en revanche qu'une partie plus petite soit encore sous le contrôle de l'armée congolaise. [Contacté par France 24, le porte parole des FARDC continuent d'affirmer que l'armée congolaise contrôle tout le village de Mutaho]. Sur place, les soldats étaient absolument ravis de nous voir. Certains cuisinaient tranquillement, d’autres plaisantaient tandis que nous traversions la localité. Ils ont particulièrement insisté pour nous montrer comment cette position surplombe la ville de Goma, le village étant situé dans les hauteurs. De là, ils peuvent voir ce qui se passe à Goma, quartier par quartier mais aussi surveiller l’activité de l’aéroport nous ont-ils dit.

 

La vue sur Goma.

 

Une habitation délaissée à Mutaho.

 

En revanche, il n’y a plus un seul civil à Mutaho. Tous sans exception ont pris la fuite. On ne peut qu’être triste de voir ces hommes armés dans ce village fantôme comme si c’était chez eux. Il y a quelques jours, il y avait des cultivateurs à leur place. Ils ont été forcés de partir alors que les haricots commençaient tout juste à pousser. Maintenant, ces innocents sont sur les routes, affamés. À Goma, les déplacés sont tellement nombreux. Ils ne trouvent pas de travail et n’ont rien pour vivre.

 

Dans le village.

 

Toutes les photos ont été prises par Charly Kasereka. Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.