Des dizaines de magasins de la commune de Diepsloot, près de Johannesburg, ont été brûlés et pillés au cours d’incidents qui rappellent la vague de violences xénophobes qui a balayé l'Afrique du Sud il y a cinq ans. De peur d’être pillés à nouveau, beaucoup de commerçants étrangers sont en train de faire leurs valises.
 
C’est le meurtre de deux Zimbabwéens, dimanche 26 mai, qui a mis le feu aux poudres. La police a arrêté un commerçant somalien. Ce dernier prétend que les deux hommes ont tenté de le voler ; des résidents affirment toutefois que le commerçant a tiré parce que les victimes écoutaient de la musique trop fort à son goût. Un gang de Sud-Africains se serait alors vengé en pillant sa boutique, puis en s’attaquant aux autres magasins de la commune tenus par des Somaliens.
 
Le bidonville de Diepsloot a été créé en 1995 sur des terres agricoles vides et s’est rapidement urbanisé, jusqu’à accueillir aujourd’hui plus de 200 000 personnes. La commune avait été prévue pour 4 000 personnes. La zone est donc aujourd’hui surpeuplée et l’État y est peu présent, notamment pour assurer la médiation entre les communautés.
 
Image d’un magasin brûlé à Diepsloot, extension 1. La photo a été prise le 27 mai par Govan Whittles @van1go, EWN.
 
Mais malgré des conditions de vie difficiles, les gens continuent à s'y installer :  deux tiers des habitants sont arrivés au cours des six dernières années. Ils viennent principalement d'autres pays d'Afrique comme la Somalie, le Mozambique, le Zimbabwe, l'Angola, la République démocratique du Congo, ainsi que de pays de l’Asie du Sud, comme le Pakistan et le Bangladesh.
 
La pauvreté et le chômage ont nourri la frustration de la population locale, dont les immigrés font régulièrement les frais. Ces derniers sont accusés de prendre le travail des locaux, notamment en acceptant des salaires trop bas. Certains ont par ailleurs réussi dans le commerce et un grand nombre de magasins à Diepsloot leur appartiennent.

"Ils ont peur, ils ne veulent pas prendre le risque de rester"

Samuel Blessing Sikhosana est un agent de développement pour commune. Il habite et travaille à Diepsloot. Après les pillages, il est allé parler à des commerçants de la ville.
 
La plupart des étrangers, en particulier les Somaliens, sont en train de réunir leurs biens et de quitter la ville. Ils ont peur des représailles. Car toute leur communauté est visée. Les gens disent :"Vous êtes Somaliens, alors nous vous pillerons vous aussi". La police a pris les choses en main durant la journée, mais la nuit tout peut arriver.
 
Van de police à Diepsloot. La photo a été prise le 27 mai par Govan Whittles @van1go, EWN