Une voiture en flammes à Husby, banlieue de Stockholm. Photo publié sur Google+ par Salah Moallin.
 
Depuis cinq jours, des centaines de jeunes des banlieues de Stockholm descendent le soir dans la rue pour brûler des voitures, vandaliser les commerces et se confronter aux forces de l’ordre. Et chaque soir, ces émeutes se soldent par une vague d’arrestations. Des violences qui désolent Arne Johanssonn, habitant du quartier et travailleur social, qui y voit un cri de détresse d’une jeunesse des quartiers pauvres socialement mise à l’écart.
 
Les violences auraient été déclenchées par la mort d’un homme de 69 ans, habitant Husby, tué chez lui par balle par la police. Les autorités affirment que l’homme était psychologiquement instable et menaçait sa femme et les policiers avec une machette. Immédiatement, les habitants se sont mobilisés pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une bavure policière, une mobilisation suivie d’émeutes dans le quartier d’Husby.
 
Et la colère a fait tâche d’huile. Plusieurs banlieues du nord et du sud de la capitale se sont soulevées les jours suivants : des voitures ont été incendiées, des commerces mais aussi des écoles et un poste de police ont été saccagés.
 
La ministre de la Justice Beatrice Ask a expliqué que "l’exclusion sociale" est la cause de nombreux problèmes en Suède. Selon elle, le rôle de l’État-providence s’est considérablement réduit ces dernières années provoquant un creusement des inégalités sociales. En effet, depuis la crise économique que la Suède a traversé dans les années 1990, l’État a réduit considérablement ses dépenses, notamment en matière sociale. L’État a par ailleurs du mal à faire face au problème du chômage de longue durée, qui frappe majoritairement les populations immigrées. 
 
Les habitants de Husby sont en majorité des immigrés de la première et de la deuxième génération ainsi que des demandeurs d’asile. Ils viennent pour la plupart de Turquie, du Liban, de Somalie et de Syrie.
 
Des émeutiers à Edsburg, banlieue de Stockholm, mercredi. Video :  Jonas Santos Hansson.

"Beaucoup ici pensent que la police n’aurait jamais tué un homme de 69 ans chez lui s’il vivait dans un quartier plus chic"

Arne Johansson est membre d’une organisation locale qui milite pour la justice sociale dans les banlieues de Stockholm. Il vit à Husby depuis 1976.
 
La mort de cet homme de 69 ans est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Cela fait 15 ans que les inégalités ne cessent de se creuser et c’est ce qui a créé cette tension.
 
Les jeunes ne sont pas heureux. D’abord, à Husby par exemple, ils sont frappés de plein fouet par le chômage [6%, soit le double de la moyenne globale dans la capitale, NDLR]. Avec les coupes dans les aides sociales et l’augmentation des prix du logement, les jeunes d’ici ont perdu tout espoir d’avoir un avenir. L’échec scolaire est galopant. C’est vrai que la tendance est générale : le niveau de l’éducation a reculé en Suède par rapport aux années précédentes [le pays a reculé dans le classement de l’OCDE en matière d’éducation, NDLR], mais le cas des écoles de Husby est particulièrement inquiétant.
 
Les jeunes se sentent également discriminés par les autorités et nourrissent un sentiment d’hostilité à l’encontre de la police. Les policiers traversent les quartiers en fourgonnette et prennent rarement la peine de marcher dans la rue. Or, ce dont nous avons réellement besoin ici c’est d’une police de proximité qui prendrait le temps de mieux connaître la communauté qu’elle est censée servir. Il faut construire de vraies relations avec les habitants. Beaucoup  ici pensent que la police n’aurait jamais tué un homme de 69 ans chez lui s’il vivait dans un quartier plus chic. J’ai également entendu des habitants dire que, lorsque les émeutes ont éclaté, les policiers ont traité les riverains de "primates" et ont employé d’autres adjectifs racistes, ce qui n’a fait que jeter de l’huile sur le feu [ces faits ne sont pas confirmés. La police de Stockholm avait en revanche déjà fait l’objet d’une polémique il y a quelques mois lorsqu’elle a été accusée de délit de faciès lors de contrôles d’identité, NDLR].
 
Une voiture en feu à Husby le 19 mai. Vidéo : Salah Moallin.
 
"Les habitants d’Husby en veulent autant à la police qu’aux émeutiers"
 
Malgré tous ces éléments, les scènes de vandalisme ont beaucoup choqué ici, car notre quartier est relativement calme par rapport à d’autres banlieues de Stockholm qui vivent dans des conditions similaires. J’ai vu des jeunes brûler des voitures et la police essayer de les arrêter. Au même moment, des habitants se précipitaient pour essayer de conduire leur véhicule au loin alors que la police avait bloqué la route. On se serait cru dans une zone de guerre !
 
Les plus anciens habitants, comme c’est mon cas, essayent de rester dehors la nuit afin de dissuader les émeutiers de commettre d’autres actes de violence. Des organisations locales ont également organisé une grande réunion mercredi durant laquelle les riverains ont exprimé leur colère à la fois contre la police et contre les émeutiers. C’est absurde de protester en détruisant les biens de sa propre communauté."