ARABIE SAOUDITE

Les dépouilles de condamnés décapités exposées en place publique

Cinq ressortissants yéménites condamnés pour association de malfaiteurs et meurtre ont été décapités et suspendus par les épaules sur des grues dans la ville de Jizan, dans l’extrême sud-ouest saoudien, non loin de la frontière yéménite. Une mise en scène macabre qui, selon notre Observateur, est censée terroriser les criminels et les immigrés clandestins.

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Les cinq Yéménites décapités et suspendus sur la place principale de Jizan, mardi 21 mai.

 

Cinq ressortissants yéménites condamnés pour association de malfaiteurs et meurtre ont été décapités et suspendus par les épaules sur des grues dans la ville de Jizan, dans l’extrême sud-ouest saoudien, non loin de la frontière yéménite. Une mise en scène macabre qui, selon notre Observateur, est censée terroriser les criminels et les immigrés clandestins.

 

Trois des suppliciés étaient des frères. Tous ont été suspendus pendant une journée à une poutre accrochée entre deux grues. Les têtes avaient été mises dans des sacs accrochés aux dépouilles. La décapitation à l’épée et la suspension des cinq hommes a eu lieu sur la place principale de la ville, en face de l’université de Jizan. Les cinq ressortissants yéménites ont été condamnés pour association de malfaiteurs, formation d’un groupe armé et pour le meurtre d’un citoyen saoudien.

CES IMAGES SONT CHOQUANTES

 

Les cinq "crucifiés" yéménites. Vidéo filmée le 21 mai.

 

Dans une application rigoriste de la Charia, les crimes de droit commun qui sont passibles de la peine de mort en Arabie saoudite sont le viol, l’apostasie (changer de religion, en l’occurrence renier l’islam), le braquage à main armée, le trafic de drogues et la sorcellerie. Selon Amnesty International, au moins 47 exécutions ont eu lieu cette année en Arabie saoudite, dont 12 au mois de mai. Toujours selon l’organisation, ces chiffres pourraient être sous-estimés, étant donné que des exécutions secrètes ont été rapportés dans le royaume des Saoud.

"Les autorités cherchent à rassurer la population et à faire peur aux immigrés"

Mohammad Alsaaedi habite Qatif en Arabie saoudite.

 

Des meurtres et des cambriolages, il y en a dans tout le pays, mais ce n’est pas tous les jours qu’on choisit de pratiquer ce genre d’exposition morbide. La 'crucifixion' [terme utilisé par la population locale pour faire référence à la scène, bien qu’il s’agisse de dépouilles suspendues, NDLR] précédente a eu lieu à Riyad, mi-2012.

 

Personnellement, je pense qu’à travers cette mise en scène, les autorités saoudiennes veulent aussi faire passer un message aux clandestins. D’où le choix de la ville de Jizan, destination et lieu de transit pour beaucoup d’immigrés yéménites et africains.

 

Les autorités viennent de donner un délai de trois mois à tous les travailleurs clandestins pour régulariser leur situation. Cet ultimatum arrive à échéance dans un mois et demi. Une grande majorité des travailleurs illégaux sont des ressortissants yéménites [comme les suppliciées de la vidéo] et je suis convaincu que cette mise en scène s’adresse principalement à eux.

 

L’État cherche aussi à montrer qu’il est implacable. Beaucoup de Saoudiens estiment que l’insécurité croissante dans la région est dûe aux flux migratoires en provenance du Yémen et du continent africain. Les autorités cherchent à rassurer la population et à faire peur aux immigrés qui arrivent en nombre dans la région.

Billet écrit avec la collaboration de Wassim Nasr (@SimNasr), journaliste à FRANCE 24.