LIBYE

Vague d’attentats à Benghazi : "Les autorités ne s’intéressent qu’à la capitale"

Plusieurs attentats ou explosions encore inexpliquées ont ébranlé ces dernières semaines la ville de Benghazi, en Libye. Les habitants, inquiets et exaspérés, sont donc sortis mardi dans la rue pour dénoncer l’incompétence des autorités qui ne s’intéressent, selon eux, qu’à la sécurité de la capitale.

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Manifestation sur la place principale de Benghazi, baptisée Freedom Square par les révolutionnaires : “Armée + police = Libye”. À droite, on peut lire : "Pas de milices en Libye".

Plusieurs attentats ou explosions encore inexpliquées ont ébranlé ces dernières semaines la ville de Benghazi, en Libye. Les habitants, inquiets et exaspérés, sont donc sortis mardi dans la rue pour dénoncer l’incompétence des autorités qui ne s’intéressent, selon eux, qu’à la sécurité de la capitale.

 

Dernier incident en date, une voiture a explosé lundi sur un parking situé à proximité de l’hôpital Al Jala, tuant trois personnes dont un enfant de 14 ans et faisant une quinzaine de blessés. Le ministre de l’Intérieur, Ashur Shwayel, a expliqué mardi qu’il s’agissait "probablement d’un accident". Officiellement, il s’agirait d’un véhicule qui transportait des charges explosives utilisées pour la pêche et dont le chauffeur est mort dans l’explosion. 

 

Immédiatement après l’explosion, des habitants toutefois se sont rassemblés pour dénoncer l’insécurité dans la ville. Car l’incident est loin d’être isolé. La semaine précédente, quatre attaques avaient été perpétrées contre des postes de police de Benghazi. 

 

Les manifestants dénoncent le pouvoir central, incapable d’enrayer ces violences et de contrôler les anciennes milices rebelles qui n’ont toujours pas été désarmées. Ces groupes sont officiellement sous les ordres de l’armée, mais sur le terrain, ils restent difficiles à maîtriser et suivent chacun leurs propres agendas. Par ailleurs, certaines milices, parmi lesquelles le groupe djihadiste Ansar al-Charia, tenu pour responsable de l’assassinat de l’ambassadeur américain Chris Stevens, ont refusé toute allégeance, même symbolique, aux autorités libyennes. Ce sont ces brigades, divisées mais toutes puissantes, qui sont censées assurer la sécurité de la ville.

 

"On a le sentiment que personne ne contrôle la sécurité de la ville"

Abdulhameed Amrooni est journaliste pour la radio locale Ajwaa Leblad News et l'un des blogueurs du réseau Libyablog, projet commun de FRANCE 24 et RFI.

 

Les manifestations de mardi visaient d’abord les miliciens. On a le sentiment que personne ne contrôle la sécurité de la ville. Le gouvernement doit reprendre les armes à ces groupes et renforcer le pouvoir de la police et de l’armée. Sans cela, le pays ne fera que s’enfoncer dans l’insécurité.

 

Les gens ont le sentiment que les autorités centrales ne s’intéressent qu’à la capitale”

 

Des manifestants scandaient des slogans en faveur du fédéralisme. Ils voudraient que l’est de la Libye [zone de la Cyrénaïque] puisse acquérir une certaine autonomie vis-à-vis du pouvoir central. Deux responsables du gouvernement sont venus dire aux manifestants à quel point ils étaient désolés, mais la foule a crié : "Vous mentez, rentrez dans vos bureaux à Tripoli !" Avant l’arrivée de Mouammar Kadhafi au pouvoir [1969], la Libye avait deux capitales : Tripoli et Benghazi. Kadhafi a finalement choisi de garder uniquement Tripoli, laissant notre ville sur le bord de la route. Les gens ont encore aujourd’hui ce sentiment que les autorités centrales ne s’intéressent qu’à la capitale – c’est là que toutes les décisions sont prises et c’est là que l’argent se trouve. [La plupart des ressources en pétrole du pays proviennent des puits de la Cyrénaïque.] Sous un système fédéraliste, les habitants de Benghazi pourraient choisir leurs dirigeants mais aussi la police qui leur convient et non pas se laisser imposer les choix de Tripoli.

 

"Non aux milices, oui à l'armée nationale"

 

 

Des manifestants brandissent le drapeau régional de la Cyrénaïque.