LIBYE

À Benghazi, la forêt se réduit comme peau de chagrin

 Si la région de Benghazi défraye toujours la chronique par les attentats et les attaques armées qui y sont menés, c’est pour son équilibre écologique que notre Observateur tire la sonnette d’alarme. Car au rythme où vont les choses, la forêt de Jiba n’aura bientôt plus d’arbres.

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Capture d'écran d'une vidéo montrant les arbres arrachés de la forêt.

 

Si la région de Benghazi défraye toujours la chronique par les attentats et les attaques armées qui y sont menés, c’est pour son équilibre écologique que notre Observateur tire la sonnette d’alarme. Car au rythme où vont les choses, la forêt de Jiba n’aura bientôt plus d’arbres.

 

La forêt de Jira se trouve à 35 kilomètres environ de Benghazi et s’étale sur environ 300 hectares. Elle fait partie de la zone appelée "la montagne verte", région la plus fertile et la plus humide de Libye, où se concentrent les forêts et les terres agricoles.

 

Or, depuis plus d’un an, des centaines d’arbres de cette forêt ont été coupés de manière sauvage par des locaux, à tel point qu’une partie de la forêt a déjà été rasée. Une situation désastreuse que personne ne semble pouvoir arrêter.

 

Parallèlement à ce phénomène, plus de 80 hectares de forêts ont brûlé en avril dernier suite à un incendie dont l’origine n’a pas été révélée.

 

Vidéo des arbres coupés de la forêt, filmée par notre Observateur.

"Il est difficile de mobiliser l’opinion publique autour des arbres quand la vie des hommes est en danger"

Abdulhameed Amrooni est un des blogueurs du réseau Libyablog, un projet participatif initié par France 24 et RFI.

 

La forêt de Jira a toujours été une destination pour les familles libyennes de la région qui vont pique-niquer là-bas, en fin de semaine ou pendant les vacances.

 

Ce sont principalement les fabricants de charbon qui sont derrière cette déforestation : ils coupent les arbres, les laissent sur place puis reviennent quelques jours après, une fois que le bois a séché, pour le vendre aux restaurants. Il m’est déjà arrivé, en passant en voiture, de voir ces gens-là à l’œuvre.

 

Par ailleurs, certains habitants ont intérêt à ce que les arbres soient arrachés. Il y a des décennies, des terres ont été achetées par l’État à des particuliers pour qu’y soient plantées des arbres. Mon grand-père en faisait par exemple partie. Mais beaucoup considèrent que ces terres, une fois dépourvues de végétation, leur reviendront de droit. Certains envisagent d’ailleurs d’y planter de l’orge ou du blé et encouragent donc la déforestation.

 

Du temps de Kadhafi, on voyait de temps en temps des arbres coupés mais c’était marginal et la police agricole [policiers chargés de surveiller les forêts] arrivait à faire face à cela. À l’époque, les policiers étaient équipés de voitures 4x4 qui leur permettaient de couvrir l’ensemble des territoires forestiers. Mais pendant le soulèvement, ces voitures ont été utilisées par les révolutionnaires dans les combats et n’ont jamais été rendues [contacté par France 24, le chef de la police agricole a déclaré que, dans la région d’Al Abiar où se trouve la forêt de Jira, son équipe ne disposait que d’une seule voiture de ce type].

 

"La police agricole a même fait appel à des miliciens pour protéger la forêt"

 

Autre conséquence de la révolution, c’est l’anarchie qui règne dans les institutions policières. Certains membres de la police agricole n’en font maintenant qu’à leur tête et refusent d’obtempérer quand on leur demande de contrôler une zone.

 

Par ailleurs, les policiers agricoles ne sont pas armés et cela les dessert dans leur travail car ils craignent d’être agressés par les coupeurs d’arbres qui risquent eux d’être armés. Il y a quelques mois, ils ont même fait appel à des miliciens pour protéger la forêt. Ces derniers ont accepté dans un premier temps. Mais comme du coup les coupeurs d’arbres ne venaient plus, les miliciens n’arrêtaient personne et ils ont fini par partir, refusant de rester là à ne rien faire.

 

En tant que citoyen, j’ai essayé de mobiliser mes compatriotes. Après avoir filmé les arbres coupés, j’ai diffusé la vidéo sur Internet et j’en ai parlé autour de moi. Des amis étaient prêts à constituer un réseau de gardes forestiers pour veiller sur Jira. Malheureusement, avec tous les problèmes qu’on a aujourd’hui à Benghazi, notamment de sécurité et d’extrémisme religieux, cette cause écologique est passée au second plan. Il est difficile de mobiliser l’opinion publique autour des arbres quand la vie des hommes est en danger.

 

J’espère néanmoins que les autorités prendront conscience rapidement du danger de la déforestation qui nous guette [400 nouveaux gardes forestiers sont formés en ce moment, toujours selon le chef de la police agricole]. La Libye est un pays principalement désertique, la majeure partie des forêts se trouve dans la région du nord-est. Si celles-ci sont rasées, plus rien ne luttera contre les érosions.

 

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.