LIBYE

À Tripoli, le premier Festival du livre d’occasion rencontre un succès inespéré

 En marge du Salon international du livre de Tripoli, le premier Festival du livre d’occasion s’est également tenu dans la capitale libyenne il y a quelques jours. Un évènement pour le moins inattendu dont la réussite a surpris même les organisateurs qui ne s’attendaient pas à un tel engouement.

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En marge du Salon international du livre de Tripoli, le premier Festival du livre d’occasion s’est également tenu dans la capitale libyenne il y a quelques jours. Un évènement pour le moins inattendu dont la réussite a surpris même les organisateurs qui ne s’attendaient pas à un tel engouement.

 

Cette initiative est d’autant plus remarquable que Tripoli n’est pas connu pour être une capitale culturelle importante dans le monde arabe. Ainsi, il a fallu attendre 2012 et la chute du régime de Kadhafi pour que le premier salon du livre de Tripoli voie le jour.

 

Ce salon inhabituel en Libye, qui s’est déroulé du 21 au 23 avril, est le fruit des efforts de Tanwir ("éclairage" ou "instruction", en arabe), une association culturelle fondée par de jeunes Libyens il y a quelques mois. Ils ont reçu l’appui du ministère de la Culture, de quelques mécènes parmi les hommes d’affaires et de l’Association libyenne des libraires.

 

Photo du festival prise par notre Observateur.

 

"Des participants qui n’habitaient pas Tripoli ont même envoyé leurs livres avec des chauffeurs de taxi !"

Abdullah Alwoshesh est un blogueur du réseau Libyablog, un projet de formation sous la direction de France 24 et RFI pour lequel il a suivi le salon.

 

Les membres de l’association Tanwir veulent démocratiser la culture qui était un domaine très marginalisé du temps de Kadhafi et la rendre accessible aux citoyens.

 

L’idée de ce festival peut se résumer dans son slogan : ‘Donne à ton livre une deuxième vie’. L’objectif est de faire profiter les autres de ce qu’on a lu afin de lutter contre le désert culturel laissé par l’ancien régime.

 

Les livres qui ont été mis à la vente ont été collectés pendant plusieurs semaines à travers tout le pays. Les membres de l’association ont posté des annonces via les réseaux sociaux et ont placardé des affiches dans différents endroits de la ville. Contrairement à leurs attentes, l’appel a été massivement entendu. Au bout de quelques jours, des centaines de livres ont commencé à arriver. Des participants qui n’habitaient pas Tripoli ont même envoyé leurs livres par l'intermédiaire de chauffeurs de taxi qui les ont amenés jusqu’au siège de l’association !

 

"Du temps de Kadhafi, les livres ne parlaient que de la Révolution verte, du panarabisme ou de l’union africaine !"

 

Il y avait toutes sortes de livres à vendre, des essais ou des romans, des livres scientifiques, en arabe comme en anglais. Tous n’étaient pas d’édition libyenne et on devinait que nombre d’entre eux avaient été ramenés de l’étranger car ce n’était pas le genre de titres que l’on pouvait trouver avant la révolution dans les librairies libyennes. Du temps de Kadhafi, on n’avait pas beaucoup de choix : les livres d’histoire ou de politique, par exemple, ne parlaient que de la Révolution verte [coup d’État de Mouammar Kadhafi, le 1er septembre 1969, NDLR], du panarabisme ou de l’union africaine ! Pire : même des romans a priori apolitiques n’étaient pas toujours disponibles. Tout ce qui pouvait développer chez le lecteur un quelconque esprit critique était banni.

 

L’association n’a pas établi le nombre exact de livres reçus, surtout que le flux a continué même après l’ouverture du festival. Ce succès complètement inattendu s’est confirmé le premier jour du festival, où 15 000 œuvres se sont vendues ! Les organisateurs eux-mêmes n’y croyaient pas ! Après des décennies d’édition surveillée, j’imaginais les Libyens totalement désintéressés de la lecture mais ce sont au contraire des citoyens assoiffés de lecture que j’ai découverts ce jour-là. Ils appartenaient à toutes les catégories sociales et beaucoup sont venus avec leur femme et leurs enfants. Les prix étaient aussi abordables, ce qui a encouragé les gens à acheter.

 

L’association compte investir les recettes de vente dans un projet de bibliothèque de prêt afin de continuer à développer son activité de démocratisation de la lecture.

 

Les acheteurs devant les stands.

 

Le concert de clôture du festival.