Marche organisée par l'EPOC pour commémorer le meurtre de Noxolo. Crédit : EPOC. 
 
Le 24 avril 2011, Noxolo Nogwaza était violée, frappée, poignardée et jetée dans un fossé à Kwa Thema, un township à l’est de Johannesburg. Son tort : elle était lesbienne. Deux ans plus tard, l’enquête n’a pas avancé dans un pays où l’homophobie reste forte. Une situation dénoncée par une centaine d’activistes mercredi lors d’une marche commémorative.
 
Le soir du drame, Noxolo était sortie boire un verre avec un ami dans un bar à proximité de son domicile. C’est en rentrant chez elle vers 3 heures du matin qu’elle a été appréhendée par plusieurs hommes. Une heure plus tard, elle était retrouvée morte, victime d’un "viol correctif", une pratique censée "guérir" les femmes de leur homosexualité. Noxolo avait 24 ans, elle était mère de deux enfants mais revendiquait son attirance pour les femmes et militait au sein du Comité d’organisation pour la marche des fiertés d’Ekurhuleni (EPOC) -district où se trouve Kwa Thema - qui vise à défendre la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bi, transsexuels) en Afrique du Sud . C’est ce comité qui a organisé la commémoration.
 
Marche commémorative de l'EPOC. Crédit : EPOC.
 
Selon l’EPOC et l’ONG Amnesty International, l’enquête sur le meurtre n’a pas avancé et aucun suspect n’a été identifié. Alors qu’en France le mariage gay vient juste d’être légalisé après d’âpres débats et une recrudescence des violences homophobes, en Afrique du Sud le mariage entre personnes du même sexe est autorisé depuis 2006. Ce qui n’empêche pas une forte persistance de l’homophobie, notamment au sein de la police, dénonce Amnesty International.
 
Affiche d'Amnesty International, avec un portait de Noxolo Nogwaza.
 
 L'ONG Action Aid estimait en 2009 que seul 20 % des cas de "viols correctifs" étaient portés devant les tribunaux, n’entraînant une condamnation que dans 4 % des affaires. En Afrique du Sud, 500 000 viols sont commis chaque année. Sur la décennie 2000-2010, 31 "viols correctifs" ont été rapportés, selon l’association Luleki Sizwe, mais tous ne sont pas dénoncés. L’Afrique du Sud est le pays africain le plus touché par les "viols correctifs" mais ils ont également cours au Zimbabwe ou en Ouganda.
 
 
En avril 2008, dans le même township de Kwa Thema, Eudy Simelane, militante LGBT et membre de l’équipe nationale de football, avait subi le même sort que Noxolo. Ainsi que l’affirme notre Observatrice, ces viols sont particulièrement fréquents dans les zones rurales et les townships.

“Les hommes qui commettent ces viols veulent réaffirmer leur pouvoir sur les femmes et traumatiser leur victime”

Bontle Khalo a 28 ans et est responsable de la communication de l’association EPOC dans laquelle travaillait également Noxolo.
 
Cette commémoration est importante pour notre association et pour les proches de Noxolo car c’est un moyen de faire vivre sa mémoire. Nous nous sommes recueillis sur les lieux du drame pour l’évoquer. C’est aussi l’occasion de protester contre une enquête qui est au point mort. Amnesty International a détaché un groupe d’avocats pour mener une enquête indépendante, j’espère que cela va faire avancer les choses.
 
Pour moi, une chose semble claire : les personnes qui l’ont agressé la connaissaient. Le drame s’est déroulé entre son domicile et un bar dont elle était une habituée à Kwa Thema où elle vivait depuis longtemps et avait l’habitude de jouer au football avec les garçons. Cela correspond aux caractéristiques des "viols correctifs" : ils se déroulent très majoritairement dans des townships et des zones rurales, près des lieux de vie des victimes. Très souvent, les victimes sont connues de leur bourreau, ou du moins identifiées par eux comme lesbiennes, car elles assument un look, une façon de parler et de vivre qui laisse transparaître leur orientation sexuelle. Les "viols correctifs" sont ainsi différents des autres viols, perpétrés aussi bien en ville qu’ailleurs et où la victime n’est pas forcément connue des agresseurs.
 
"Beaucoup d’hommes estiment qu’ils ont un pouvoir supérieur aux femmes"
 
Si ces "viols correctifs" existent en Afrique du Sud, c’est parce que la société est très conservatrice et patriarcale. Beaucoup d’hommes estiment qu’ils ont un pouvoir supérieur aux femmes, qu’une relation d’amour entre deux femmes met à mal. Violer une lesbienne, c’est donc réaffirmer ce pourvoir sur des femmes qui les provoqueraient. L’idée est aussi de traumatiser leur victime pour qu’elle n’ose plus avoir de relation homosexuelle et de "corriger" leur orientation sexuelle pour les rendre hétérosexuelles.
 
Les hommes homosexuels sont eux aussi victimes de violence, les meurtres sont fréquents. Malgré ce contexte, beaucoup d’homosexuels assument de se marier en Afrique du Sud. Je suis contente de voir qu’en France le mariage pour tous a également été adopté. Même si les débats ont été virulents et qu’il y a eu quelques violences en parallèle, ce n’est rien par rapport à ce que subissent les homosexuels chez nous.