LIBYE

Les messages de nos Observateurs libyens à Sarkozy de retour à Tripoli

 Deux ans après l’entrée en guerre de la France en Libye, le président de l’époque, Nicolas Sarkozy, est en visite à Tripoli pour rencontrer le Premier ministre libyen. Nos Observateurs sur place nous expliquent comment la population libyenne perçoit Sarkozy et la France aujourd’hui, alors que la révolution a laissé bien des séquelles.

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Nicolas Sarkozy lors de sa dernière visite en Libye, en 2011. Photo prise par notre Observateur Mahamd Zarroug.

 

 

Deux ans après l’entrée en guerre de la France en Libye, le président de l’époque, Nicolas Sarkozy, est en visite à Tripoli pour rencontrer le Premier ministre libyen. Nos Observateurs sur place nous expliquent comment la population libyenne perçoit l'ancien président et la France aujourd’hui, alors que la révolution a laissé bien des séquelles.

 

L’ex-président français avait été l’artisan de l’intervention de l’Otan, qui avait aidé les rebelles libyens à faire tomber l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi. Deux ans plus tard, il répond à une invitation de l’actuel gouvernement libyen. Au cours de sa visite de 24 heures, Nicolas Sarkozy doit rencontrer le Premier ministre Ali Zeidan, ainsi que le maire de Tripoli.

 

Sa visite est entachée par une information de Rue 89 qui rapporte que, selon des sources à la mairie de Tripoli, Bernard Henri-Levy n’aurait pas été invité. Toujours selon ces sources, le fait qu’il soit juif poserait aujourd’hui un problème sécuritaire. Le philosophe français avait ardemment défendu la cause des rebelles libyens en 2011 et s’était même rendu à Benghazi aux cotés de Nicolas Sarkozy à l’époque.

 

Le vide sécuritaire nuit notamment aux minorités religieuses en Libye : la semaine dernière, une église copte a été brûlée par des miliciens islamistes à Benghazi.

"Les gens ici regrettent que la France ne se soit pas impliquée davantage après la révolution pour finir le travail"

Karim Nabata est guide touristique à Tripoli.

 

Ici, Nicolas Sarkozy reste un héros. Les Libyens l’apprécient énormément et sont toujours convaincus que c’est grâce à son intervention à un moment crucial que la révolution a pu aboutir.

 

Seulement, depuis, les gens ont remarqué que la France n’a pas suivi le mouvement et regrettent qu’elle ne se soit pas impliquée davantage pour finir le travail. La France n’a pas assisté le nouveau gouvernement, ni utilisée son expertise en matière de sécurité pour nous aider à faire face à l’anarchie qui a suivi la chute de l’ancien régime.

 

Aujourd’hui, ce que j’aimerais dire à M. Sarkozy, c’est que la sécurité reste notre plus grand problème. Nous aimerions beaucoup que des sociétés françaises s’implantent ici et stimulent notre économie, mais c’est bien sûr impossible pour l’instant avec l’insécurité qui règne.

"Il est regrettable que Bernard Henri-Levy ne vienne pas"

Omar Regi est homme d’affaires à Tripoli.

 

Il y a un an, lors du premier anniversaire de l’intervention de la France en Libye, les gens agitaient des drapeaux français et des photos de Nicolas Sarkozy. Je pense qu’aujourd’hui, sa visite nous rappelle ce bon vieux temps, quand nous étions encore plein d’espoir.

 

Depuis, la situation sécuritaire en Libye s’est légèrement améliorée, mais il reste beaucoup de travail. Après la révolution, les armes étaient partout - et cela n’a pas changé. Il n’y a absolument pas de contrôles. Les magasins sont pleins d’armes et n’importe qui peut en acheter, il n’y a pas besoin d’avoir un permis. Se débarrasser des armes est notre plus grand défi.

 

Il y a par ailleurs le problème de la police, qui n’a toujours aucun pouvoir. Les milices continuent d’assurer la sécurité. Il y en a qui font des bêtises, c’est sûr, mais, en attendant, c’est mieux que rien. J’espère que Nicolas Sarkozy verra tout cela pendant sa visite.

 

Il est regrettable que Bernard Henri-Levy ne vienne pas, surtout si c’est vraiment à cause du fait qu’il soit juif. Je pense que la plupart des Libyens n’auraient aucun problème avec sa venue ; cependant, comme nous l’avons vu avec le meurtre de l’ambassadeur américain, il existe quelques mauvais éléments ici qui n’ont aucun respect pour nos hôtes.

"Sarkozy mérite d’être accueilli comme un héros"

Enas Saddoh est blogueuse et étudie la médecine à Tripoli.

 

Nicolas Sarkozy mérite d’être accueilli comme un héros. C’est un ami de la Libye ; il est aimé de tous, particulièrement à Benghazi [le bastion de la révolution libyenne, NDLR].

 

Cependant, l’amitié n’est pas suffisante. C’est vrai que sans Nicolas Sarkozy, nous n’aurions pas pu renverser Kadhafi, mais il n’a pas fait assez pour aider la Libye après la révolution. La Libye doit continuer à nouer des liens forts avec la France : nous avons besoin d’aide et de ressources pour construire une démocratie.

 

Bernard Henri-Levy ne devrait pas être inquiété parce qu’il est juif. Cependant, il y a d’autres raisons pour lesquelles il a bien fait de ne pas venir. Depuis le début de son implication dans notre révolution, je ne lui ai pas fait confiance car il est un fervent défenseur du gouvernement israélien. Je ne comprends pas pourquoi il veut aider les Libyens mais pas les Palestiniens.