ARGENTINE

"Après Maradona, le pape François est la nouvelle icône des Argentins"

 Mercredi 13 mars, après quatre tours de vote, le cardinal argentin de Buenos Aires Jorge Mario Bergoglio, 76 ans, a été élu pape pour succéder à Benoît XVI. Il est le 266e pontife de l’histoire mais le premier pape originaire d’Amérique du Sud. Entre espoir et indignation, trois Argentins réagissent.

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Mercredi 13 mars, après quatre tours de vote, le cardinal argentin de Buenos Aires Jorge Mario Bergoglio, 76 ans, a été élu pape pour succéder à Benoît XVI. Il est le 266e pontife de l’histoire mais le premier pape originaire d’Amérique du Sud. Entre espoir et indignation, trois Argentins réagissent.

 

"C’est une bonne nouvelle pour mon pays qui n’est plus seulement perçu à travers le prisme du football et de Diego Maradona"

 

Patricio Mouche travaille comme consultant politique indépendant. Il vit à Buenos Aires.

 

Le nouveau pape François divise les foules. En Argentine, il a beaucoup aidé les pauvres, ce qui lui a valu une grande popularité auprès de l’opinion publique. Mais il reste une personnalité controversée en raison de son rôle trouble pendant la dictature militaire [au pouvoir en Argentine entre 1976 et 1983, ndlr]. Aucun document ne prouve ses liens avec la dictature, mais certaines victimes dénoncent son implication.

 

D’une manière générale, les jeunes argentins actifs sur les réseaux sociaux et la population qui soutient le gouvernement Kirchner [parti justicialiste, centre gauche, ndlr] sont très critiques à son égard d’une part pour son passé obscur, d’autre part pour ses prises de position contre, entre autres, le mariage gay [légalisé en Argentine en 2010, ndlr]. Mais les couches populaires, très croyantes, sont heureuses et fières de compter un compatriote comme chef suprême de l’Église catholique.

 

Sa nomination ne me provoque aucune émotion particulière car je suis athée. Mais je considère que c’est une bonne nouvelle pour mon pays qui n’est plus seulement perçu à travers le prisme du football et de son meilleur représentant Diego Maradona. L’Argentine compte une nouvelle icône. Plus globalement, c’est aussi très bien pour l’Amérique latine qui compte les plus fervents catholiques au monde et qui s’estimait injustement sous-représentée au Vatican.

 

 

"Il va devoir restaurer l’image de l’Église catholique"

 

Martina Espain est professeur assistante d’espagnol. Originaire d’Argentine, elle habite actuellement en France, à Montpellier.

 

Au début, j’ai cru à une blague car j’étais persuadée que le poste se jouerait entre l’Italien [Angelo Scola, archevêque de Milan, ndlr] et le Brésilien [Joao Braz de Aviz, archevêque de Brasilia, ndlr]. Jorge Mario Bergoglio faisait figure d’outsider. Je ne sais pas ce qui a fait pencher la balance en sa faveur mais c’est pour moi une juste récompense. D’abord pour cet homme, qui a fait beaucoup pour les plus démunis, ensuite pour l’Amérique latine qui tout au long de son histoire a été confrontée à de nombreux maux : les inégalités sociales, la corruption, les guerres civiles… et tout cela sans réaction de la communauté internationale.

 

De nombreux défis attendent le nouveau pape. Il va devoir restaurer l’image de l’Église catholique, ternie ces dernières années par des scandales à répétition [les abus sexuels sur mineurs étouffés pendant des décennies, les affaires de corruption et de rivalités profondes au sein de la hiérarchie vaticane…, ndlr]. J'espère que l'élection de Bergoglio, un homme humble et intègre, plus humain et plus proche de ses ouailles que ne pouvait l’être Benoît XVI, va redorer le blason du Vatican.

 

"Son message est fade, vide de sens et en décalage avec la réalité"

 

Ariel Dario Perez travaille dans une agence de recrutement et vit à Buenos Aires.

 

C’est une nouvelle douce-amère. J’ai d’abord été très touché d’apprendre que le pape était Argentin. Mais mon bonheur fut de courte durée quand j’ai su qu’il s’agissait de José Mario Bergoglio, tristement célèbre pour ses liens supposés avec l’ancien régime militaire et ses idées rétrogrades sur les questions sociales comme l’avortement ou le mariage homosexuel.

 

On le dit proche des pauvres. Mais son message est fade et vide de sens. Il est complètement en décalage avec la réalité. Il n’a jamais eu le courage de dénoncer le vrai problème de notre société : cette coterie d’hommes politiques et/ou d’affaires qui s’accaparent toutes les richesses et creusent les inégalités. La vérité est qu’il est du côté des puissants qui sont désormais ses partenaires économiques compte tenu de son statut de chef d’État.

 

Cette élection aurait pu être une occasion pour l’Argentine de mieux se faire connaître et voir aux yeux du monde. Mais le passé sulfureux et la vision réactionnaire du pape choisi ont fait vaciller cet espoir.