TUNISIE

La manif de la dernière chance pour déplacés de la guerre en Libye

Ils ont quitté le camp de Choucha, dans le sud du pays, en bus pour arriver à Tunis lundi matin. Depuis, ces quelque 200 déplacés d’origine subsaharienne squattent devant le siège du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) dans l’espoir d’arracher le statut légal de réfugié, un statut qui leur a une première fois été refusé.

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Mobilisation devant les bureaux du HCR à Tunis. Crédit : Forum social pour les droits économiques et sociaux.  

 

ACTUALISATION 4/2/2013 : D'après notre Observatrice, les déplacés ont suspendu leur sit-in devant le HCR et son rentrés au camp de Choucha. Ils ont prévu de revenir en mars pour une nouvelle mobilisation.

 

 

Ils ont quitté le camp de Choucha, dans le sud du pays, en bus pour arriver à Tunis lundi matin. Depuis, ces quelque 200 déplacés d’origine subsaharienne squattent devant le siège du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) dans l’espoir d’arracher le statut légal de réfugiés, un statut qui leur a une première fois été refusé.

 

Le camp de Choucha se trouve à 580 kilomètres au sud de Tunis, près de la frontière libyenne. Il a été installé par le HCR pour accueillir les personnes qui ont fui la Libye à partir de février 2011, date marquant le début du soulèvement contre le régime de Mouammar Kadhafi. À la fin de la guerre, en octobre 2011, le camp comptait plus de 200 000 déplacés : des Libyens, mais aussi des travailleurs d’Afrique subsaharienne, des ressortissants d’Asie et des Palestiniens. La majorité d’entre eux ont, par la suite, fait le choix de repartir dans leur pays d’origine via le programme de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). 

 

Le HCR a ensuite examiné les demandes d’obtention du statut de réfugié des 3 700 habitants restés dans le camp et l’a octroyé à plus de 3 500 d’entre eux, des personnes considérées comme en danger si elles étaient renvoyées dans leur pays d’origine. Ces réfugiés partent depuis le mois de décembre dernier par vagues successives vers leurs pays d’accueil en Amérique du Nord et en Europe, tandis qu’une partie d’entre eux feront l’objet d’un programme d’intégration en Tunisie. Une fois tous partis, le HCR fermera alors le camp de Choucha, en juin 2013.

 

Mais aujourd’hui ce sont les 200 personnes dont la demande a été rejetée qui tentent de faire entendre leur voix. Ils manifestent depuis lundi devant le siège du HCR à Tunis pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un traitement inégal de leurs dossiers au cri de "Même guerre, même réfugiés, même statut".

 

Contacté par FRANCE 24, un responsable de l'agence onusienne à Tunis affirme que ces personnes peuvent toujours profiter du programme de l’OIM qui prend en charge les frais de retour. Les 200 ressortissants pourraient aussi bénéficier d’une aide financière afin de faciliter leur réintégration dans leur pays d’origine. Le candidat a par ailleurs le droit de demander à deux reprises la réouverture de son dossier de demande de statut de réfugié si sa demande est rejetée, à condition qu’il apporte des éléments nouveaux.

 

Mobilisation devant les bureaux du HCR à Tunis. Crédit : Forum social pour les droits économiques et sociaux. 

"Ils ne comprennent pas que d’anciens travailleurs en Libye comme eux partent pour l’Europe et qu’on leur demande à eux de rentrer dans leur pays"

Dorra Belloumi est interne en médecine à Tunis. Elle va voir les déplacés tous les jours depuis leur arrivée à Tunis.

 

Ce n’était pas simple pour les déplacés de venir jusqu’ici. Pour faire le trajet depuis Choucha, ils ont dû vendre quelques affaires comme des paires de baskets pour payer le prix du ticket de bus.

 

Depuis qu’ils sont à Tunis, les hommes dorment à l’entrée de l’immeuble qui se trouve en face du siège du HCR ou à la belle étoile, tandis que les femmes et les enfants passent la nuit chez des militants qui soutiennent la cause des réfugiés. Mais, mercredi soir, les femmes ont refusé de laisser les hommes dormir dans la rue alors qu’elles étaient bien au chaud et ont décidé de rester avec eux. Du coup, tout le monde a dormi dans la rue, y compris les enfants en bas âge.

 

Un déplacé ayant quitté le camp de Choucha pour demander le statut de réfugié, à Tunis. Crédit : Forum social pour les droits économiques et sociaux. 

 

Les déplacés reçoivent de l’aide de la part de la population à Tunis, comme des couvertures ou des repas. Cependant, avec le froid, des syndromes grippaux et des cas de fièvre commencent à apparaître. À ce rythme-là, leur santé risque donc de se détériorer dans les prochains jours.

 

Comme je viens les voir tous les soirs après mon travail, cela m’a permis d’établir un rapport de confiance avec eux. De manière générale, ils sont très méfiants et refusent de parler avec les journalistes tunisiens car ces derniers parlent d’eux en termes de 'migrants de Choucha' et non de 'réfugiés'. Cela ne fait à leurs yeux qu’appuyer la décision du HCR.

 

"Ils disent que leur cas a été mal exposé au HCR"

 

Ces déplacés accusent le HCR de ne pas leur accorder le statut de réfugié qu’ils pensent mériter. Ils imputent cela au fait qu’ils auraient été mal traduits auprès des représentants du HCR chargés d’enquêter sur les risques qu’ils courent dans leur pays d’origine. Les interprètes étaient des camarades du camp pas toujours qualifiés. Ils disent par conséquent que leur cas a été mal exposé [le HCR précise que les candidats avaient la possibilité de choisir leur interprète dans le camp].

 

Mobilisation devant les bureaux du HCR à Tunis. Crédit : Forum social pour les droits économiques et sociaux. 

 

Je pense que ces personnes partent du principe qu’elles n’ont pas choisi de venir en Tunisie et qu’il est par conséquent injuste de les traiter comme des migrants, voire comme des sans-papiers, et de les renvoyer dans leur pays d’origine. Un pays que certains n’ont d’ailleurs parfois pas connu [nous avons parlé à un réfugié de parents soudanais né en Libye. Le droit du sol n’existant pas en Libye, il n’avait pas la nationalité et risque d’être renvoyé au Soudan, NDLR]. Ils n’attendent rien non plus de la Tunisie. Je pense aussi qu’ayant vu des personnes qui étaient comme eux des travailleurs en Libye partir pour les États-Unis, le Canada ou l’Allemagne, ils vivent comme une injustice le fait qu’on leur demande de rentrer chez eux, bien qu’ils n’y soient pas en danger.

 

Les réfugiés semblent déterminés à continuer à protester jusqu’à ce que leur demande soit prise en compte. Ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’ayant quitté le camp, ils ne reçoivent plus à présent l’aide du HCR [jusque-là, les réfugiés avaient droit à 100 dinars par mois et une aide alimentaire de base]. Leur situation est désormais plus que jamais précaire, surtout pour les enfants, qui n’ont rien choisi de tout cela.

Témoignage d'un déplacé

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira], journaliste à France 24.