CENTRAFRIQUE

Panique à Bria, dernière prise des rebelles centrafricains

 Une coalition de groupes armés avance depuis plus d’une semaine sur le nord du pays. Après N’Délé la semaine dernière, c’est Bria, ville diamantifère de 30 000 habitants, qui a été ce matin la cible d’une attaque mettant en déroute l’armée centrafricaine. Notre Observateur témoigne de cette zone coupée du monde.   

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Groupe de rebelles au nord du pays. Photo non datée postée sur le site du RJDH-RCA.

 

Une coalition de groupes armés avance depuis plus d’une semaine sur le nord du pays. Après N’Délé la semaine dernière, c’est Bria, ville diamantifère de 30 000 habitants, qui a été ce matin la cible d’une attaque mettant en déroute l’armée centrafricaine. Notre Observateur témoigne de cette zone coupée du monde.

 

Les attaques, qui ont fait tomber quatre villes du nord du pays ces dernières semaines ont été revendiquées par une coalition de factions armées rassemblées depuis août sous la bannière du "Séléka" (alliance).  Le mouvement menace d’aller jusqu’à la capitale pour prendre le pouvoir. Ses chefs estiment que le président François Bozizé n’a pas respecté les accords signés à la fin des années 2000 avec les principaux groupes rebelles du nord, notamment sur le volet désarmement-démobilisation-réinsertion des combattants. Le Séléka exige par ailleurs l’ouverture d’enquêtes sur plusieurs disparitions ou encore la fin du "clientélisme" et du "tribalisme" à la tête de l’État centrafricain. 

 

François Bozizé est arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2003. Aujourd’hui, les forces armées centrafricaines ne contrôlent que le sud du pays.  

"Quitter la ville ? Mais pour aller où ?"

Jérôme Kongo est fonctionnaire à Bria.

 

J’habite à 500 mètres de la base des Forces armées centrafricaines (FACA) qui a été prise tôt ce matin. À 4h30, on s’est fait réveiller par des échanges de tirs nourris. On a très rapidement appris que les éléments de la FACA étaient en train de se replier. Je n’ai pas mis un pied dehors car la situation est trop dangereuse. De ma fenêtre, je vois des rebelles passer sur des motos, probablement des motos volées. Ils sont très friands des deux-roues. Des pillages ont été signalés au niveau des bureaux de la COOPI, une ONG italienne installée dans la ville, un des rares endroits où il y avait un accès à Internet [d'après le haut-commandement militaire contacté par l’AFP, les rebelles "se livrent à des pillages de magasins et sont suivis par certains habitants", NDLR]

 

"C’est bien vers Bangui, la capitale, qu’ils semblent se diriger"

 

Mon quartier est complètement mort. La plupart des gens ont quitté la ville de peur des violences qui pourraient accompagner l’arrivée de la rébellion. Moi, je n’y pense pas. Et puis pour aller où ? Les autres sont partis en brousse mais se cacher dans un champ pendant des jours, ce n’est pas beaucoup moins dangereux que de rester ici.

 

On a du mal à comprendre comment la FACA a pu se laisser surprendre comme ça, d’autant plus que, ces derniers jours, des renforts ont été envoyés. D’après certaines informations qui circulent dans la ville, les rebelles ont infiltré Bria depuis plusieurs jours, ce qui leur aurait permis d’avoir l’avantage au moment de l’attaque.

 

Aujourd’hui, on est tous inquiets car c’est bien vers Bangui, la capitale, qu’ils semblent se diriger."