Les manifestants se sont dirigés vers le bureaux du parti du président Kabila pour faire entendre leur mécontentement. 
 
Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, située à 100 kilomètres au sud de Goma, a été le lieu de manifestations mercredi 21 novembre pour dénoncer l'incapacité du gouvernement congolais et de son président, Joseph Kabila, à stopper l'avancée du mouvement rebelle du M23.
 
Alors que les soldats du M23 s'approchent de leur ville, après avoir pris Goma, des centaines de personnes se sont ainsi rassemblées sur la place de l'indépendance. Ils se sont d'abord dirigés vers le siège du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), le parti au pouvoir,  puis vers le siège de la Monusco, la force onusienne dont le mandat est de stabiliser la RD Congo. Mercredi, les présidents ouagandais Yoweri Museveni, rwandais Paul
Kagame et de la République démocratique du Congo Joseph Kabila ont annoncé avoir proposé au M23 un plan pour mettre fin aux hostilités et quitter Goma.
 

"Les manifestants ont tué un chien pour symboliser le fait que Kabila est déjà mort dans leur esprit"

Notre Observateur Maestro (pseudonyme) habite à Bukavu. Il a pu prendre ces photos en cachette.
 
Les policiers des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) qui étaient présents dans les rues de Bukavu contrôlaient strictement les gens qui essayaient de prendre des vidéos ou des photos. J'ai dû me cacher pour prendre ces images et ne pas me faire arrêter. Les manifestants se sont d'abord réunis sur la place de l'Indépendance dans le centre-ville de Bukavu où ils ont brûlé des pneus pour manifester leur mécontenentement puis se sont dirigés vers les bureaux du PPRD où ils ont lancé des pierres et cassé des vitres.
 
  
 
Les habitants de Bukavu ont deux sentiments paradoxaux : ils pensent d'abord que le gouvernement et la Monusco n'ont pas défendu la population du Nord-Kivu face aux rebelles du M23, et qu'ils vont faire la même chose avec le Sud-Kivu. En même temps, ils espèrent que, si le M23 arrive jusqu'à Bukavu, les soldats des FARDC ne s'y opposeront pas : cela pourrait être dramatique pour les civils s'il y a des affrontements. Pour montrer leur mécontentement, les manifestants ont saccagé les objets sur la voie publique, comme cette cabine d'agent de circulation sur la place du feu rouge.
 
 
 
On entendait des slogans, la plupart du temps en swahili, qui disaient "Kabila, tu nous a abandonnés, tu ne nous protèges pas, dégage !". Les manifestants ont tué un chien pour symboliser le fait que, pour eux, Kabila était déjà mort et enterré dans leur esprit. Même si la situation était redevenue calme mercredi matin, les habitants de Bukavu se sont préparés au pire en faisant des réserves de nourriture. Nous sommes prêts à nous barricader chez nous s'il le faut.
 
 
 
Un chien mort avec une pancarte "Joseph Kabila" sur la route N2 entre la place de l'indépendance et la commune de Bagira à Bukavu.