LIBAN

Heurts à Tripoli : "Les militaires doivent investir les quartiers rivaux"

Photo publiée sur Twitter par Najd Halwani
Photo publiée sur Twitter par Najd Halwani

 Le déploiement massif de l’armée libanaise entre partisans et opposants du régime syrien à Tripoli a permis de ramener un semblant de calme sur la grande ville du Nord-Liban. Notre Observateur a assisté à l’arrivée laborieuse des soldats sur la ligne de démarcation entre les factions rivales, sous le feu croisé des snipers.

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Le déploiement massif de l’armée libanaise, lundi, entre partisans et opposants du régime syrien à Tripoli a permis de ramener un semblant de calme sur la grande ville du Nord-Liban. Notre Observateur a assisté à l’arrivée laborieuse des soldats sur la ligne de démarcation entre les factions rivales, sous le feu croisé des snipers.

 

L’assassinat du général Wissam al-Hassan, haut responsable des services de renseignements libanais et bête noire de Damas, a été l’étincelle qui a rallumé le conflit sanglant entre les groupes armés sunnites de Bab el-Tebbaneh, quartier populaire acquis à la cause de la révolution syrienne, et les miliciens alaouites de Jabal Mohsen, partisans du régime de Bachar al-Assad.

 

Tandis que la tension retombait d’un cran dans la capitale, Tripoli était secouée par une nouvelle flambée de violence. Quatre personnes ont été tuées dans les combats de la nuit de lundi à mardi, portant le bilan des affrontements interconfessionnelles à au moins 10 morts et 65 blessés.

 

Le déploiement laborieux de l’armée libanaise sur la ligne de démarcation entre les deux quartiers rivaux - la bien nommée "rue de Syrie" - souligne les difficultés croissantes du gouvernement à empêcher que la guerre civile syrienne n'enflamme le Pays du cèdre. 

 

Miliciens sunnites du quartier de Bab el-Tebbaneh - photo de notre observateur Mohamad Dankar

"C’était vraiment l’enfer, personne n’a pu fermer l’œil de la nuit !"

Mohamad Dankar réside à Tripoli. Il s'est rendu à plusieurs reprises sur les lieux de la confrontation entre partisans et opposants du régime syrien.

 

L’annonce de la mort de Wissam al-Hassan a été accueillie par des explosions de joie dans le quartier de Jabal Mohsen - des amis m’ont même affirmé avoir vu et entendu des feux d’artifice. C’est ce qui a littéralement mis le feu aux poudres dans cette zone de Tripoli où les tensions entre sunnites et alaouites ne sont jamais vraiment retombées.

 

Les combattants de Jabal Mohsen et de Bab el-Tebbaneh se sont affrontés toute la nuit de dimanche avec des armes légères et même des lance-roquettes. C’était vraiment l’enfer, personne n’a pu fermer l’œil de la nuit ! L’armée libanaise a bien tenté d’intervenir en se déployant sur la rue de Syrie, qui sépare les deux quartiers rivaux. J’ai compté 30 à 40 véhicules blindés tandis qu’un militaire appelait au calme avec un haut-parleur… Peine perdue - il y avait tellement de tirs de snipers que les militaires ont été obligés de battre en retraite.

 

"Certains snipers ont accès à des lunettes de visée nocturne"

 

Il y a énormément de tireurs embusqués dans les deux quartiers et on est convaincu que certains snipers de Jabal Mohsen ont même accès à des lunettes de visée nocturne. En fait, l’armée libanaise n’a réellement pu prendre le contrôle de la rue de Syrie que lundi en début d’après-midi, après avoir reçu des renforts.

 

Depuis, la situation s’est nettement améliorée, malgré des tirs sporadiques. La rue de Syrie est devenue une espèce d’avenue fantôme et, aujourd’hui même, les soldats m’ont empêché d’y accéder. Ailleurs à Tripoli, la vie suit son cours normalement; les gens sortent dans la rue et les commerces sont ouverts comme d’habitude.

 

L’armée semble avoir confiné le problème pour le moment mais la zone restera dangereuse tant que les militaires n’investiront pas réellement les deux quartiers rivaux. Jusqu’à maintenant, les soldats se sont contentés d’incursions de quelques heures - on dirait qu’ils n’ont pas reçu l’ordre de véritablement occuper Jabal Mohsen et Bab el-Tebbaneh."