TUNISIE

Un oued tunisien tourne rouge sang à cause de la pollution

 Situé à quelques encablures de la péninsule tunisienne du Cap Bon, connue pour sa riche biodiversité et ses cités balnéaires, le petit village de Mrigueb vit une véritable catastrophe écologique depuis que trois usines de transformation de poissons déversent leurs déchets dans le cours d’eau environnant. Face à cette situation inquiétante, Hamza Fraj, notre Observateur sur place, tire la sonnette d’alarme.   

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Situé à quelques encablures de la péninsule tunisienne du Cap Bon, connue pour sa riche biodiversité et ses cités balnéaires, le petit village de Mrigueb vit une véritable catastrophe écologique depuis que trois usines de transformation de poissons déversent leurs déchets dans le cours d’eau environnant. Face à cette situation inquiétante, Hamza Fraj, notre Observateur sur place, tire la sonnette d’alarme.

 

La couleur rouge sang de l’oued de Tafekhsit n’invite pas à la baignade. Naguère, ce vaste plan d’eau hébergeait une importante variété de poissons ainsi que plusieurs espèces d’oiseaux migrateurs. Aujourd’hui, cette faune a soit été décimée, soit s’en est allée vers d’autres cieux.

 

Pour les riverains, cela ne fait aucun doute, les responsables de cette pollution sont les trois usines implantées à proximité de l’oued. Spécialisées dans la fabrication de conserves de sardines et d’anchois, les sociétés MEDIMER, SDT (toutes deux italiennes) et SOGECO (Société générale de conserves, tunisienne) se serviraient de cette rivière pour y déverser leurs eaux usées. Et ce au mépris des normes environnementales en vigueur en Tunisie.

 

L'oued de Tafekhsit. Photo prise par notre Observateur Salha Bes.

 

 

Un des bras de l'oued de Tafekhsit. Photo prise notre Observateur Hamza Fraj.

 

"Les touristes qui se baignent dans la mer attrapent des rougeurs et des démangeaisons"

 

Hamza Fraj est gérant de café. Il vit dans le village de Mrigueb et n’a de cesse d’alerter les pouvoirs publics sur la pollution.

 

Quatre à cinq cent personnes vivent à Mrigueb et dans ses environs. Parmi eux, beaucoup vivent du tourisme. Mais ma crainte est qu’un jour ce marché florissant finisse par s’arrêter en raison de la pollution de l’oued de Tafekhsit qui dégage une odeur pestilentielle. Quand on s’approche de cette zone, cela devient insoutenable. Sachant que ce cours d’eau est de plus en plus contaminé, je redoute que cette odeur de pourriture se propage.

 

Mais le plus grave est que l’oued et son flot incessant de déchets se jette dans la mer. Aujourd’hui, les villageois ne se baignent plus car ils craignent pour leur santé. Seuls s’y risquent les touristes non informés qui attrapent des rougeurs et des démangeaisons. Désormais, quand je surprends des baigneurs, je les préviens tout de suite des dangers.

"Les pouvoirs publics m’ont promis qu’ils agiraient. Mais bien sûr rien n’a été fait"

 

Quand elles se sont implantées ici, les usines faisaient passer leurs tuyaux sous les terrains d’une coopérative qui cultive du raisin puis déversaient leurs eaux polluées dans un fossé. Mais vu que l’eau contaminait la terre, l’exploitant a décidé de condamner le fossé. Du coup, les usines se sont retranchées sur l’oued.

 

Nous ne demandons pas la fermeture de ces usines - dont l’installation a permis de créer une quarantaine d’emplois -, nous exigeons seulement la mise en place d’un centre d’assainissement.

 

Certains riverains et moi-même avons présenté un dossier de plaintes à la municipalité de Menzel Temime, au gouvernorat de Nabeul ainsi qu’au ministère de l’Environnement. Tous m’ont promis qu’ils agiraient. Mais, bien sûr, rien n’a été fait. Nous avons alors essayé de régler le problème nous-mêmes. Des habitants du village ont fait venir une pelleteuse pour recouvrir l’oued de sable. Mais l’eau et ses déchets finissaient toujours pas revenir alors nous avons abandonné.

 

L'oued de Tafekhsit. Vidéo réalisée par  notre Observateur Salha Bes.

 

"C’est le sang de ces anchois qui donne cette teinte si rouge"

 

Hichem Bouchouicha est gérant de la Sogeco. Il vit à Kélibia, une ville voisine de Mrigueb.

 

L’usine, lorsqu’elle a été implantée sur cette zone industrielle en 1981, a bénéficié des canalisations déjà existantes construites par l’Etat, qui à cette époque ne se souciait pas d’écologie. Quelques années plus tard, c’est la société privée Sogeco qui a pris l’initiative d’installer une station de traitement des eaux usées qui, une fois assainies, sont acheminées vers une décharge municipale. Ma société respecte parfaitement le cahier des charges édicté par le secrétariat d’Etat chargé de l’Environnement.

 

Les responsables de cette pollution sont les gérants des deux usines italiennes [la MEDIMER et la SDT, installées respectivement en 2000 et 2006]. Ceux-là ne respectent rien. Ils préfèrent souiller la rivière plutôt que de se munir d’une station d’épuration, trop chère à leurs yeux. Leur spécialité, c’est l’anchois cru. Et c’est le sang de ces anchois qui donne à l’oued de Tafekhsit cette teinte si rouge.

 

 

D’après l’Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE), contactée par FRANCE 24, des agents régionaux ont effectué mercredi 10 et jeudi 11 octobre des prélèvements pour déterminer le type de pollution dont souffre l’oued. Des procès verbaux auraient été adressés à des sociétés, sans qu’on sache lesquelles étaient concernées.

 

Billet écrit avec la collaboration de Grégoire Remund, journaliste à FRANCE 24.