LIBYE

"Nous réclamons la dissolution pure et simple des brigades de Benghazi"

 Quelques jours après la révolte des habitants de Benghazi contre les brigades armées tenues pour responsables de la recrudescence de l’insécurité, le gouvernement libyen multiplie les tentatives pour asseoir son autorité sur ces milices. Mais sur place, la population demande des mesures radicales.

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Manifestation contre les milices, vendredi, à Benghazi.

 

Quelques jours après la révolte des habitants de Benghazi contre les brigades armées tenues pour responsables de la recrudescence de l’insécurité, le gouvernement libyen multiplie les tentatives pour asseoir son autorité sur ces milices. Mais sur place, la population demande des mesures radicales.

 

Vendredi dernier, des milliers d’habitants ont défilé dans les rues de Benghazi pour réclamer le démantèlement des puissantes milices de la ville. "Oui à l’armée, non aux milices armées", ont-ils scandé.  Les  manifestations se sont poursuivies par des combats entre miliciens et des manifestants armés faisant quatre morts et 20 blessés.  

 

Devant la pression populaire, le président du Congrès général national, Mohamed al-Megaryef, a annoncé "la dissolution de toutes les brigades et formations armées qui ne sont pas sous la légitimité de l'État". Dans la foulée, l’armée libyenne a remplacé lundi les chefs de deux des plus puissantes milices de Benghazi, la brigade du 17 Février et la milice Rafallah al Sahati, par des officiers issus de ses rangs. Ces deux milices, constituées d’ex-rebelles, étaient placées sous l'autorité du ministère de la Défense mais restaient jusque-là dirigées par d'ex-rebelles. 

 

Une manifestation de soutien aux victimes des incidents survenus vendredi devant le siège de la brigade Rafallah al Sahati s'est déroulée lundi.

 

Après la chute de Kadhafi il y a un an, plusieurs groupes armés ont été chargés du maintien de la sécurité pour palier le manque d’effectifs des forces de sécurité. Au fil des mois, ces milices, plus ou moins contrôlées par le ministère de la Défense, ont suscité la défiance de la population. La milice islamiste Ansar al-Charia, qui était en charge de la sécurité de l’hôpital de Benghazi, est par exemple soupçonnée d’être à l’origine de l’attentat contre le consulat américain, ainsi que de terroriser les habitants qui ne respectent pas leur interprétation stricte de l’islam. Aujourd’hui, les habitants réclament la dissolution de toutes les milices ou leur intégration dans l'armée et la mise en place d’une véritable police.

 

Outre l’attaque contre le consulat américain, plusieurs attentats ont frappé la ville de Benghazi depuis le mois d’août. Des attaques qui ont notamment touché des personnalités politiques, dont un diplomate égyptien et un général libyen. Par ailleurs, un bâtiment de la police a été pris pour cible et, début septembre, une bombe a explosé en plein milieu d’un quartier commerçant de la ville. La plupart de ces attentats n’ont jamais été revendiqués. 

 

"Si l’intégration dans l’armée se fait par groupe, on risque de menacer la stabilité de l’institution"

Mohammed Jaballah, 22 ans, est étudiant à Benghazi. Il blogue sur Libyablog.org, une plateforme mise en place par FRANCE24 et RFI. 

Depuis la révolution, la situation est de plus en plus compliquée à Benghazi. Les actes de violences se sont multipliés et nous ne savons pas qui en est responsable. Les miliciens ont pour la plupart été chargés par le ministère de la Défense d’assurer la sécurité de Benghazi, mais en réalité ces groupes sont incontrôlables.

Les mesures prises par le gouvernement pour résoudre le problème sont loin d’être suffisantes. L’État ne parviendra pas à imposer son autorité en se contentant de placer des militaires à la tête des milices. Les brigades les plus puissantes de Benghazi, notamment Ansar al-Charia [qui a été chassée de la ville par les manifestants] et Rafallah al-Sahati [une milice proche des Frères musulmans dont le siège a été attaqué], regroupent des islamistes radicaux qui ont pris l’habitude de n’en faire qu’à leur tête. Je doute qu’ils se plient aux ordres de nouveaux chefs qui seraient extérieurs à leur brigade. Nous réclamons le désarmement et la dissolution pure et simple de ces brigades.

 

"Nous exigeons le retour à l’État de droit"

 

Par ailleurs, les autorités prévoient d’intégrer les milices à l’armée régulière, mais il faudra démanteler ces brigades en incorporant chaque milicien individuellement dans les différents corps de l’armée. Sinon, nous aurions des clivages terribles au sein de l’armée, entre salafistes, Frères musulmans, libéraux, qui pourraient menacer la stabilité de l’institution.

Les habitants de Benghazi veulent avant tout vivre en sécurité. Nous en avons assez des assassinats et des attentats. Nous ne voulons pas d’un deuxième Irak à Benghazi. La police régulière a d’ailleurs manifesté avec nous vendredi pour exiger le retour à l’État de droit.

 

Depuis lundi, la population de Benghazi est un peu moins inquiète. Après les incidents de vendredi, les autorités ont fait appel à l’unité AlSaiqa, [forces spéciales de l’armée libyenne]. Ces soldats avait été envoyés il y a plusieurs mois dans zones de conflit pour des opérations de maintien de la paix, notamment à Koufra, Sabha et Ghadames. Ils ont commencé dès lundi à effectuer des patrouilles dans la ville [un membre de cette brigade a été nommé lundi chef de la milice du 17 février].

 

Les autorités doivent accélérer la cadence et agir rapidement pour construire une vraie police, une vraie armée et un État moderne. La révolution en Libye et précisément à Benghazi, ne sera terminée qu’une fois qu’on réglera la question des anciens révolutionnaires.