Au moins 330 personnes ont été tuées samedi 25 août à Daraya, dans les faubourgs de Damas, selon le dernier bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Notre Observateur s’est rendu, quelques heures après l’attaque, dans la mosquée Abu Souleimane où plus de cent corps ont été retrouvés.
 
Les vidéos diffusées par des militants de l’opposition montrent les images insoutenables de dizaines de cadavres ensanglantés gisant à même le sol. Des corps d’hommes, de femmes et d’enfants.
 
Selon l'opposition, les victimes auraient été tuées au cours d’une opération menée par l’armée régulière qui pilonnait depuis plusieurs jours cette ville majoritairement sunnite et sympathisante de la rébellion. Lundi, la communauté internationale a condamné la tuerie, et le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a demandé l’ouverture d’une enquête "immédiate et impartiale".
 
De son côté, le régime du président Bachar al-Assad a accusé les rebelles d'être à l'origine de ces exactions. L'agence officielle rapportait par ailleurs le 6 août que l'armée régulière avait pu "purifié" la ville des "terroristes mercenaires" qui y avaient commis des "crimes contre les habitants". 
 
Le massacre de Daraya apparait comme le plus meurtrier depuis le début du conflit.  À Al-Koubeir, un hameau situé dans la province de Hama, au moins 55 personnes, dont des femmes et des enfants, avaient été tuées le 6 juin dernier. L’opposition avait alors accusé des "chabiha", des miliciens à la solde du régime. Quelques jours plus tôt, le 25 mai, pas moins de 108 personnes avaient été massacrées dans la localité de Houla, dans la province de Homs, une tuerie attribuée après enquête de l'ONU aux forces pro-Assad.
 
Le conflit, qui dure depuis plus d’un an et demi, aurait fait entre 18 000 et 25 000 morts selon les sources.
 

"Des dizaines de familles ont été entièrement décimées"

Abo Yamen est activiste et travaille pour le bureau de communication de Daraya. Il change régulièrement de domicile pour des raisons de sécurité.  
 
Après plusieurs jours de combats avec l’armée régulière, l’armée syrienne libre (ASL) a quitté Deraya vendredi. Le lendemain, les soldats ont lancé une opération de ratissage dans plusieurs quartiers de la ville. Beaucoup d’habitants avaient déjà fui.
 
Dans l’après-midi, nous avons appris que des civils avaient été massacrés dans un quartier du sud et notamment dans la mosquée Abou Souleimane. Je me trouvais caché dans une maison située à un peu plus d’un kilomètre de là. J’ai attendu deux heures après le retrait des militaires, puis je me suis rendu avec des amis en voiture dans le quartier. Il était dix heures du soir mais, par précaution, nous avons roulé avec les phares éteints.
 
À la mosquée, il y avait plus d'une centaine de cadavres gisant sur le sol. Il s’agissait d’habitants de la ville qui s’étaient réfugiés là pour fuir les accrochages entre l’armée et les rebelles qui avaient fait rage tout au long de la semaine. Nous avons comptabilisé 156 morts rien que dans la mosquée, dont 19 femmes et trois enfants.
 
L’armée a également mené des perquisitions dans un immeuble à proximité, ainsi que dans plusieurs maisons situées dans d’autres quartiers. Certains habitants ont été épargnés, d’autres ont été tués, d’autres encore ont fait l’objet d’arrestations. Cela dépendait du degré de soutien de la famille à l’opposition ou de l’humeur du chef d’unité. Par exemple, quand les soldats trouvent un gros stock de médicaments chez des civils, ils peuvent les accuser de soigner les rebelles et toute la famille risque alors sa vie. Des dizaines de familles ont été entièrement décimées : les vingt membres de la famille al-Saqa, des notables sunnites connus dans toute la ville, ont été abattus par balles à leur domicile. 
 
Une journaliste de la chaine Al-Dounia, chaîne privée syrienne proche du gouvernement, en reportage à Daraya affirme en revanche que ce sont des membres de l’ASL qui ont tué des familles entières. Le reportage a été traduit en anglais par le site pro-Assad "Friends of Syria".
 
Selon les témoignages que nous avons pu recueillir, ce ne sont pas les membres de l’armée régulière qui ont directement commis ces tueries, mais les chabiha qui les accompagnaient. Ces derniers portaient des uniformes de l’armée, mais étaient reconnaissables à leur barbe de quelques jours [les soldats sont tenus d’être rasés de près] ainsi qu’à leur accent de la région côtière [d’où viennent de nombreux alaouites, minorité chiite dont sont issus la plupart des chabiha]. Lors de ces différentes attaques, les militaires ne leur auraient pas donné l’ordre de tuer, mais ont fermé les yeux sur leurs actes.
 
Capture d'une vidéo sur laquelle des habitants sont filmés en train de creuser des fosses communes pour enterrer les cadavres.
 
"Il y a des cadavres en état de décomposition gisant encore dans les rues"
 
Nous avons dû enterrer les morts dans des fosses communes que nous avons creusées dans les champs pendant la nuit, cinquante personnes par fosse. Nous n’avons malheureusement pas pu enterrer tous les morts et il y a encore des cadavres en état de décomposition gisant dans certains quartiers. On ne peut pas s’en approcher à cause des snipers postés sur les toits. L’armée quadrille toujours Daraya. Il est très difficile d’y entrer et d’en sortir.
 
La ville de Daraya après les combats. Postée sur YouTube le dimanche 26 août.
 
La situation humanitaire est catastrophique. La ville est privée d’électricité depuis une semaine et les vivres arrivent au compte-goutte. Hier, il y avait une seule boulangerie ouverte. Pendant leur perquisition, les militaires ont incendié tous les hôpitaux de campagne qu’ils ont découverts et nous avons encore des centaines de blessés sur les bras.