ESPAGNE

Des ouvriers andalous tentent de transformer un terrain de l’armée en coopérative agricole

Des centaines d’ouvriers au chômage ont occupé pendant plus de deux semaines un terrain appartenant à l’armée dans une petite commune d’Andalousie, au sud de l’Espagne. Leur objectif : mettre en place un projet agricole égalitariste pour faire vivre une région particulièrement fragilisée par la crise économique.

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Les ouvriers ont commencé à défricher la terre dès leur arrivée. Photo postée le 27 juillet.

 

Des centaines d’ouvriers au chômage ont occupé pendant plus de deux semaines un terrain appartenant à l’armée dans une petite commune d’Andalousie, au sud de l’Espagne. Leur objectif : mettre en place un projet agricole égalitariste pour faire vivre une région particulièrement fragilisée par la crise économique.

 

Encadrés par le Syndicat des travailleurs andalous (SAT), les ouvriers occupaient depuis le 24 juillet un terrain appelé Las Turquillas. Ils rêvaient de reproduire une expérience menée dans la commune voisine de Marinaleda. En 1997, l’État avait en effet mis à disposition de cette commune de 3 000 habitants un domaine de 1200 hectares arraché à une famille d’aristocrates après plus de 30 années de lutte ouvrière.

 

Le maire de Marinaleda, Juan Manuel Sanchez Gordillo, député au parlement régional du petit parti de gauche Izquierda Unida, s’est d’ailleurs déplacé à Las Turquillas pour apporter son soutien aux ouvriers. Cet homme, devenu une icône dans la région, est adepte de ce genre d’opération coup de poing.

 

Mercredi encore, accompagné de plusieurs militants, il s’est rendu dans un supermarché d’où il est ressorti avec des chariots pleins qu’il a refusé de payer pour dénoncer les inégalités.

 

La Guardia civil a procédé vendredi matin à l’expulsion des ouvriers qui occupaient Las Turquillas. Mais ces derniers comptent poursuivre la lutte et réoccuper le terrain, comme l'ont fait les ouvriers d’El Humoso jusqu’à ce que l’État cède à leurs revendications.

 

Dans un pays déjà miné par une crise économique sans précédent, l’Andalousie détient le triste record de la région la plus touchée par le chômage, avec près de 40% de personnes sans emploi.

 

Les ouvriers inaugurent symboliquement le terrain Las Turquillas. Vidéo tournée le 18 juillet. 

 

"Nous visons l’autosuffisance alimentaire par la production de légumes et de fruits"

Juan José Sancho est un jeune ouvrier agricole qui a participé à l’occupation du terrain de Las Turquillas.

  

Au premier jour de l'occupation [24 juillet], nous avons discuté avec les responsables militaires qui nous ont d’abord demandé de partir. Mais devant notre détermination, ils n’ont rien pu faire.

 

Je travaillais sur le site d’El Humoso, un terrain collectivisé par les ouvriers agricoles de Marinaleda. [A la coopérative El Humoso, les ouvriers travaillent entre 5 et 6 heures par jour, du lundi au samedi. Tous les employés touchent le même salaire, indépendamment de leur fonction. Pendant la période allant de novembre à janvier, ils font appel à un effectif supplémentaire de 400 personnes, notamment pour la récolte des olives, et 500 personnes en avril pour celle de haricots de Lima]. En ce moment, il n’y a pas de récolte donc on en profite pour essayer de reproduire l’expérience d’El Humoso à Las Turquillas [Juan Manuel Sanchez Gordillo reconnaît toutefois que le système de production n’est pas rentable à l’heure actuelle], car on a réussi à offrir du travail à des villages entiers.

 

 

Les ouvriers prennent la pose à l'entrée du domaine. Photo postée le 6 août.

 

Le terrain de Las Turquillas était dans notre viseur depuis des années et c’est l’aggravation de la situation des ouvriers agricoles, due à la crise en Espagne, qui nous a amenés à passer à l’action. Cette terre n’est même pas exploitée par son propriétaire, qui n’est autre que le ministère de la Défense. La superficie du terrain est de plus de 1000 hectares, mais les miliaires n’en exploitent que 20 pour élever des chevaux.

 

La Guardia civil a démantelé un campement où une cinquantaine d'ouvriers étaient installés de façon permanente. Photo postée le 27 juillet.

 

Nous organisions des assemblées tous les jours pour décider de la stratégie à adopter. Une cinquantaine d’ouvriers dormaient sur le site. En journée, des centaines de personnes venaient occuper le terrain. Toutefois, nous avions cessé de faire venir des enfants les derniers jours, en raison du risque d'expulsion.

 

« Les femmes sont en première ligne »

 

Les femmes sont par contre présentes en grand nombre car dans les zones rurales, elles sont généralement plus touchées par le chômage. Elles sont donc souvent en première ligne dans les luttes syndicales.

 

Les enfants ont aussi été mis à contribution. Photo postée le 7 août.

 

Dans l’immédiat, nous visons l’autosuffisance alimentaire par la production de légumes et de fruits, ainsi que l’élevage de chèvres et de poulets. Vu la superficie du terrain, nous devrions être capables à terme de produire suffisamment pour générer une industrie. Mais la route est encore longue.

 

 

Toutes les photos ont été postées sur une page Facebook créée par des syndicalistes.