TUNISIE

À Sidi Bouzid, berceau de la révolution tunisienne, "rien n’a changé"

 Jeudi 26 juillet, une foule en colère s’est attaquée au siège du gouvernorat de Sidi Bouzid, au centre-ouest de la Tunisie avant de saccager les bureaux d’Ennahda, le parti au pouvoir. Des scènes qui ne sont pas sans rappeler les violences qui ont secoué cette même ville en décembre 2010, marquant le début de la révolution de Jasmin.

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Jeudi 27 juillet, une foule en colère s’est attaquée au siège du gouvernorat de Sidi Bouzid, dans le centre-ouest de la Tunisie, avant de saccager les bureaux d’Ennahda, le parti au pouvoir. Des scènes qui ne sont pas sans rappeler les violences qui ont secoué cette même ville en décembre 2010, marquant le début de la "révolution de jasmin".

 

Depuis plusieurs jours, des travailleurs journaliers manifestaient à Sidi Bouzid pour réclamer le versement de leur salaire, en retard de deux mois. Rejoints par des habitants lors du rassemblement de jeudi, ils étaient plus d'un millier de personnes à s’être mobilisés, 150 seulement selon le gouvernement.

 

Devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid, jeudi.

 

En colère, les travailleurs journaliers ont brûlé un pneu qu’ils ont jeté à l’intérieur du siège du gouvernorat et se sont attaqués aux forces de l’ordre à coups de pierres. Pour disperser la foule, la police a procédé à des tirs de sommation et de gaz lacrymogènes. Aucun blessé n’a été signalé.

 

Les locaux du parti Ennahda ont par la suite été saccagés par un groupe de manifestants.

 

L’enseigne du parti islamiste au pouvoir a été arrachée et pietinée par des manifestants. Postée sur Facebook.

 

En décembre 2010, Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant de Sidi Bouzid s’immolait par le feu, un acte de désespoir qui déclenchait la révolution tunisienne.  

"À Sidi Bouzid, rien n’a changé depuis la révolution"

Chawki Amami, fonctionnaire, a assisté au rassemblement devant le gouvernorat.

 

Pour ce troisième jour de protestation, les manifestants s’étaient rassemblés vers 9 heures du matin devant le siège du gouvernorat. Deux heures plus tard, l’atmosphère était explosive. Les quelques dizaines de personnes qui manifestaient depuis plusieurs jours étaient cette fois-ci venues avec leurs proches. Les manifestants ont demandé à être reçu par le gouverneur, mais ce dernier a refusé. Ils ont répondu en forçant la porte d’entrée, avant de jeter un pneu en flamme dans le hall du bâtiment en criant "Gouverneur dégage !" et "Ennahda dégage !". En revanche, à aucun moment je ne les ai entendus scander "Ben Ali, Ben Ali", comme j’ai pu le lire dans certains journaux.

 

Des employés du siège du gouvernorat affiliés au parti Ennahda ont été brutalisés. Les manifestants leur reprochent de ne pas tenir leurs promesses concernant les rémunérations. L’un d’entre eux a reçu un coup de poing mais cela semblait davantage destiné à l’humilier qu’à le blesser.  

 

Quand les policiers sont arrivés, ils ont tiré en l’air des balles en caoutchouc et du gaz lacrymogène pour disperser la foule massée à l’entrée du siège. Ils n’étaient pas nombreux, à peine six agents et se sont vite retirés, dès que le calme est revenu.

 

Depuis la révolution, rien n’a changé à Sidi Bouzid. Les problèmes qui ont conduit au soulèvement populaire en Tunisie, notamment le chômage, restent intacts. Heureusement que les gens ont le sens de la solidarité. Dans une famille de six ou sept membres, il n’y a rarement plus d’une personne qui travaille.

 

Si les manifestants se sont attaqués au bureau d’Ennahda, c’est qu’ils ont été déçus par les promesses de nos dirigeants. La région a beau recéler de nombreuses richesses, comme les mines de phosphate, rien n’est fait pour les développer et créer de l'emploi.      

 

Les locaux du parti Ennahda à Sidi Bouzid. Postée sur
Facebook.

"Ils s’en sont pris à des membres du parti qui se trouvaient à l’intérieur"

Slimane Rouissi est syndicaliste. Il a participé aux premières manifestations à Sidi Bouzid en 2010. Il  a assisté jeudi à la mise à sac des locaux du parti Ennahda.  

 

Les manifestants ont pénétré de force dans le bureau, ils ont cassé les meubles et défoncé les portes. Ils s’en sont pris à des membres du parti qui se trouvaient à l’intérieur. Le secrétaire général du gouvernorat et un de ses collègues ont réussi à s’enfuir mais une troisième personne a reçu des coups.