AZERBAÏDJAN

L’Eurovision en Azerbaïdjan, une occasion (rare) de se faire entendre pour l’opposition

 L’Eurovision, célèbre concours de chant, a débuté lundi 21 mai en Azerbaïdjan. Pendant que les chanteurs à paillettes donnent de la voix, dans la capitale, Bakou, des militants d’opposition tentent de profiter de la présence des médias internationaux pour dénoncer les aspects beaucoup moins glamour du pays hôte. Mais les forces de l’ordre veillent au grain.

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Un manifestant arrêté lundi par la police à Bakou, la capitale. Image prise à partir de la vidéo ci-dessous.

 

L’Eurovision, célèbre concours de chanson, a débuté lundi 21 mai en Azerbaïdjan. Pendant que les chanteurs à paillettes donnent de la voix, dans la capitale, Bakou, des militants d’opposition tentent de profiter de la présence des médias internationaux pour dénoncer les aspects beaucoup moins glamour du pays hôte. Mais les forces de l’ordre veillent au grain.

 

Lundi, un groupe d’activistes a organisé une manifestation non autorisée à Bakou. Leur but : dénoncer le musellement de l’opposition par le gouvernement. Ils s'insurgent notamment contre les refus systématiques d’autorisations de manifester et réclament la remise en liberté de deux membres de l’opposition, emprisonnés l’année dernière après avoir participé à des manifestations contre le gouvernement.

 

Selon Amnesty International, douze prisonniers d’opinion purgent actuellement des peines de prison en Azerbaïdjan. Les groupes de défense des droits de l’homme accusent également le gouvernement de censurer, harceler et brutaliser les journalistes. En 2011, le pays a été placé 162e sur 179 pays au classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières.

 

À Bakou, où ils couvraient les demi-finales de l’Eurovision lundi, les médias étrangers ont ainsi pu assister à la dispersion brutale de la manifestation, au terme de laquelle une dizaine de participants ont été placés en détention.

 

Heurts entre manifestants et policers à Bakou. Vidéo : Elvin Agsaqqal Huseynli/Pencere.

 

Pour Ali Hasanov, membre du gouvernement et conseiller du président Ilham Aliyev, les associations de défense des droits de l’Homme, telles qu’Amnesty International, véhiculent une image mensongère de son pays. Il a également reproché aux médias étrangers de mener une "campagne anti-Azerbaïdjan" avant le concours de chant.

 

Comme le veut le règlement du concours, suite à la victoire d’un chanteur azéri en 2011, l’Eurovision se déroule cette année en Azerbaïdjan. Et pour cette première, les autorités n’ont pas regardé à la dépense. L’édition 2012 est déjà considérée comme la plus extravagante ayant jamais eu lieu. À elle seule, la salle de concert où se déroule l’événement a coûté 100 millions d’euros.

 

L’opposition s’est, quant à elle, engagée à poursuivre son mouvement pendant toute la durée de la compétition, dont la grande finale se tiendra le 26 mai.

 

Sur cette vidéo un manifestant se fait arrêter par la police. Vidéo : Elvin Agsaqqal Huseynli/Pencere.

"Nous craignons que les autorités nous répriment encore plus sévèrement lorsque l’Eurovision sera terminé"

Turgyt Gambar a participé à la protestation de lundi à Bakou. Il est membre du mouvement civique Nida, une organisation de défenseurs de la démocratie.

 

Comme toujours, les groupes de l’opposition ont demandé des autorisations de manifester dans le centre-ville. Elles sont toujours refusées. La dernière fois, nous avions demandé l’autorisation de manifester dans un endroit plutôt éloigné du centre, mais proche d’une station de métro, pour que les gens puissent au moins s’y rendre ; encore une fois, les autorités nous l’ont refusée. Alors plusieurs groupes, réunis au sein du collectif Public Chamber, ont décidé d’organiser une petite manifestation lundi pour réclamer le droit au rassemblement.

 

L’objectif était de défiler jusqu’au bureau du maire mais la police nous a stoppés d’une manière assez brutale. Des manifestants ont été frappés et des journalistes ont été bousculés.

 

"C’est assez risqué d’organiser une manifestation non autorisée en Azerbaïdjan"

 

C’est assez risqué d’organiser une manifestation non autorisée en Azerbaïdjan. Les manifestants sont généralement embarqués dans les estafettes de la police et lâchés à plusieurs heures de route de la ville, au milieu de nulle part, d’où ils doivent rentrer par leurs propres moyens. Cela m’est arrivé il y a tout juste une semaine lors d’une autre manifestation. Mais ça peut aussi être plus grave que cela. L’année dernière par exemple, la police a arrêté des membres de l’opposition qui participaient à ce genre de manifestations et les a emprisonnés pour des motifs inventés de toutes pièces. Certains d’entre eux sont toujours en prison.

 

Cette fois, on dirait qu’on a eu de la chance. Il semblerait que tous ceux qui ont été placés en détention ont été relâchés. Le gouvernement veut peut-être éviter de s’attirer une mauvaise publicité durant l’Eurovision, même s’ils ne s’en sont visiblement pas préoccupés quand ils ont réprimé le rassemblement lundi. Nous craignons qu’ils nous répriment encore plus sévèrement une fois que la compétition sera terminée et que les médias étrangers auront quitté le pays.