ALGÉRIE

Une immolation par le feu provoque une vague d’émeutes à Jijel

Après un accrochage avec des policiers, un vendeur ambulant de la ville de Jijel, située à 250 km à l'est d’Alger, a tenté de s'immoler par le feu. Cette décision désespérée a provoqué la colère des jeunes de la ville qui ont brûlé des voitures et mis à sac des bâtiments publics. Des violences qui pourraient faire écho à la vague d’émeutes qui a suivi le suicide de Mohamed Bouazizi en Tunisie et conduit au départ du dictateur Ben Ali. Pour autant, à Jijel, les habitants n’y voient pas le début d’une révolution.  

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Photo publiée sur la page Facebook JijelNews

 

Après un accrochage avec des policiers, un vendeur ambulant de la ville de Jijel, située à 250 kilomètres à l'est d’Alger, a tenté de s'immoler par le feu. Cette décision désespérée a provoqué la colère des jeunes de la ville qui ont brûlé des voitures et mis à sac des bâtiments publics. Des violences qui pourraient faire écho à la vague d’émeutes qui a suivi le suicide de Mohamed Bouazizi en Tunisie et conduit au départ du dictateur Zine el-Abidine Ben Ali. Pour autant, à Jijel, les habitants n’y voient pas le début d’une révolution.

 

C’est dans le quartier populaire de Village Moussa, dans l’est de Jijel, que R. Hamza, âgé d’une trentaine d’années, vendait illégalement du tabac et des cosmétiques dans une échoppe de fortune. Pour protester contre la démolition de sa bicoque par des policiers venus dimanche matin lui ordonner de partir, le jeune homme a tenté de s’immoler par le feu. Ont suivi de violentes échauffourées entre les jeunes du quartier et les forces de l’ordre qui sont parvenues à ramener le calme dans la soirée. La wilaya (préfecture), le siège du Front de libération nationale (FLN, parti au pouvoir) et les bureaux d’une agence publique de voyage ont été pris pour cibles et incendiés par les manifestants. L’état de santé de R. Hamza, hospitalisé à Constantine, est aujourd’hui toujours incertain. [Actualisation le 1er mai : le vendeur ambulant a succombé à ses blessures, il est décédé aujourd'hui].

 

Vidéo des émeutes de Jijel dimanche 29 avril publiée sur YouTube. 

 

Si l’Algérie n’a pas connu le même vent de révolte qui a soufflé chez ses voisins du monde arabe, le pays n’en est pas moins régulièrement le théâtre de protestations contre l’augmentation générale des prix et contre le chômage, un fléau qui touche particulièrement la jeunesse (21% selon un récent rapport du FMI). Depuis quelques mois, les immolations par le feu de jeunes désespérés par le manque d’avenir se comptent par dizaines selon la presse algérienne. À dix jours des premières élections législatives depuis les réformes du président Abdelaziz Bouteflika, elles traduisent plus que jamais un malaise social galopant.

 

"Beaucoup de voyous ont profité de l’occasion pour brûler des édifices"

Samou Samir, 27 ans, vient de créer son entreprise de peinture.

 

Je ne comprends pas le geste de ce garçon, d’autant que le suicide est interdit chez les musulmans. Beaucoup d’Algériens connaissent des difficultés économiques et chacun se débrouille comme il peut pour gagner sa vie. Mais de là à vouloir mettre fin à ses jours, c’est exagéré. D’ailleurs, les gens de Jijel sont surtout choqués par les émeutes qui ont eu lieu hier, car beaucoup de voyous ont profité de l’occasion pour brûler des édifices. Il faudrait des manifestations pacifiques, mais le problème c’est qu’elles sont de toutes façons réprimées par la police [l’état d’urgence a été levé l’année dernière pour apaiser les tensions mais, dans la pratique, les autorités continuent de contenir brutalement les rassemblements contestataires ndlr]. La plupart des Algériens préfèrent donc ne rien dire et accepter le chômage et la corruption."

"Les jeunes ont voulu dénoncer le 'hogra', les abus de pouvoir des policiers"

Holden (pseudonyme), 20 ans, est lycéen.

 

Je vois ce marchand depuis quatre ans à ce même emplacement. Il a toujours bien tenu son petit commerce. Mais, dimanche, la police a soudainement décidé de le faire dégager, au nom du respect de la loi. Bien sûr, faire respecter la loi est un principe valable mais seulement s’il vaut pour tout le monde et tout le temps. Je ne cautionne pas la violence mais je comprends ce qu’ils ont voulu dénoncer. En permanence, les policiers abusent de leur pouvoir vis-à-vis des citoyens. On dit ici qu’il y a trop de 'hogra' [qui signifie 'arbitraire']. Ils n’hésitent pas à humilier et opprimer les plus faibles et hier, ils ont poussé ce jeune vendeur à bout."

"Il n’y a rien de politique derrière ces manifestations, seulement des voyous"

Sed (pseudonyme) est retraité.

 

 

Le problème en Algérie, c’est que les jeunes ne veulent pas vraiment travailler. Ils cherchent des emplois qui ne sont pas trop fatigants et qui paient bien. C’est plus simple de gagner de l’argent illégalement, via la revente de cigarette, que d’être fonctionnaire. Les jeunes qui sont sortis dans la ville hier n’étaient que des délinquants qui avaient en tête ce qu’il s’est passé en Tunisie pour se faire remarquer. Mais l’Algérie n’est pas la Tunisie. Par ailleurs, les gens civilisés et éduqués savent bien que ce genre d’acte n’aboutira à rien. Il n’y a rien de politique derrière ces manifestations. Personne à Jijel ne soutient ce qu’ils ont fait."

 

 

ATTENTION, LES PROPOS ENTENDUS SUR CETTE VIDEO PEUVENT CHOQUER.

 

Vidéo des émeutes de Jijel dimanche 29 avril publiée sur YouTube.