PORTUGAL

L’évacuation d’une école squattée déclenche une vague de solidarité au Portugal

 Le 19 avril, à Porto, au Portugal, la police a expulsé "manu militari" les occupants d’une école désaffectée qui abritait depuis plus d’un an un centre social autogéré (CSA). Mais notre Observatrice, qui était sur place, ne compte pas baisser les bras.  

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Le 19 avril, les manifestants font face aux forces de police devant l'école Fontinha. Photo Diogo Azavedo via le compte Twitter de Sara Moreira.

 

Le 19 avril, à Porto, au Portugal, la police a expulsé "manu militari" les occupants d’une école désaffectée qui abritait depuis plus d’un an un centre social autogéré (CSA). Mais notre Observatrice, qui était sur place, ne compte pas baisser les bras.

Baptisé EsColA, comme Espace collectif autogéré ("escola" signifie école en portugais), ce lieu de vie dispensait gratuitement des cours de soutien scolaire, d’arts plastiques, des activités sportives et culturelles, ainsi que des débats et des concerts aux habitants de Fontinha, un quartier pauvre de Porto depuis avril 2011. Les décisions y étaient prises sur un principe de démocratie participative au terme d’assemblées et de débats durant lesquels tout le monde pouvait intervenir.

 

Pour déloger les quelques dizaines de personnes habitant dans le centre, les forces de l’ordre ont déployé les grands moyens : 15 véhicules de police et des agents anti-émeute. Cinq personnes ont été blessées dans l’assaut et trois ont été arrêtées. L’école, elle, a été mise sens dessus dessous. Chaises, tables, ordinateurs et livres… Tout le mobilier a été évacué par les forces de police dans la cour en attendant le passage des éboueurs. Les portes et les fenêtres de l’enceinte ont été condamnées à l’aide de planches.

Depuis février, la municipalité de Porto avait envoyé plusieurs avis d’expulsion aux membres d’EsColA, à qui elle reprochait d’occuper illégalement les lieux. Le collectif lui opposa un refus catégorique, arguant dans une lettre ouverte publié sur son blog que son projet social avait permis de redonner vie à un espace totalement abandonné. Selon un communiqué de la ville de Porto publié le 19 avril en fin de matinée, l'évacuation a été décidée après que le collectif a refusé de signer un contrat établissant les termes d'une occupation "temporaire" de ce lieu et de payer un loyer symbolique de 30 euros.

Depuis l’expulsion, des manifestations s’organisent dans tout le pays  et les messages de soutien affluent sur les réseaux sociaux. L’association EsColA, de son côté, ne compte pas en rester là. Ses membres ont décidé de réoccuper l’école le 25 avril, jour symbolisant le début de la Révolution des œillets qui, en 1974, avait mis fin à la dictature militaire de Salazar.

Les forces anti-émeutes deployées devant l'école, le 19 avril. Photo postée sur Twitter par Sara Moreira.

"La mairie a peur de laisser vivre un endroit qui a fait le pari de s’affranchir de toute bureaucratie"

Sara Moreira collabore à Global Voices, plateforme de blogueurs du monde entier, et vit à Porto. Plusieurs de ses amis ont participé au projet de EsColA.

Le 19 avril au matin, un ami m’a appelé pour me dire que l’expulsion était imminente. J’ai ensuite reçu plusieurs SMS de membres de EsColA confirmant cette information.

Quand je me suis rendu sur les lieux, la police avait déjà bouclé tout le quartier. J’ai dû marcher un bon quart d’heure pour contourner le service de sécurité et rejoindre le local où s’étaient donné rendez-vous les manifestants.

Un cordon policier très dense avait été déployé pour bloquer l’accès à l’école. La tension était palpable. J’ai vite compris pourquoi. Les forces de police n’avaient pas hésité à employer la violence pour s’emparer des lieux. Des personnes ont été arrêtées dans une très grande agitation. Tout le monde avait les nerfs à fleur de peau. Quelques minutes plus tard, l’irruption sur les lieux d’une police d’élite a rapidement découragé les manifestants de tenter quoi que ce soit et nous sommes partis.

À ce moment-là, on s’est demandé ce qui était le plus judicieux : poursuivre notre mouvement de protestation devant la mairie [de Porto] ou bien manifester devant le commissariat de police où se trouvaient trois membres de EsColA, arrêtés lors de l’expulsion. Après une assemblée extraordinaire, nous avons opté pour une marche pacifique dans les rues de Porto. À mesure que l’on défilait, le cortège grossissait. C’était incroyable ! En fin de journée, les environs de la mairie étaient noirs de monde, certains jouaient de la musique et d’autres brandissaient des banderoles.

Cette école est un super projet. Des personnes de tous les horizons y ont participé, des artistes, des journalistes, des chômeurs. Tous voulaient venir en aide à une population laissée pour compte. L’endroit occupé est un édifice public sous l’autorité de la municipalité mais cette dernière la délaisse depuis six ans. Selon moi, la mairie a peur, tout simplement, de laisser vivre un tel endroit qui a fait le pari de s’affranchir de toute bureaucratie et de toute structure hiérarchique. Nos représentants politiques locaux sont frileux face à de tels projets, mais aussi aveugles face à la situation d’urgence du quartier. Il faut savoir qu’à Porto, il y a plus de 25 000 logements vacants.

 

 

Photo Diogo Azavedo via le compte Twitter de Sara Moreira.

 

Photo Diogo Azavedo via le compte Twitter de Sara Moreira.

 

Manifestation à Porto en soutien au projet.

 

Manifestation à Lisbonne en soutien au projet le 19 avril.