Une affiche d'August Penz, candidat du Parti autrichien de la liberté à Innsbruck. Photo : Antifa Netzwerk.
 
“Mon plan : le patriotisme, pas les Marocains voleurs". Voici le slogan qu'avait choisi un candidat à l'élection du conseil municipal de la ville d’Innsbruck, en Autriche.
 
Ces affiches ont été placardées à la fin du mois dernier, avant d’être interdites. Elles avaient été commandées par le Parti autrichien de la liberté, en lice pour les élections municipales qui se déroulaient le week-end dernier. Le parti a perdu les élections, mais sa campagne raciste a fait du bruit. Son leader au niveau national, Heinz-Christian Strache, est coutumier des déclarations racistes et polémiques. Il a, par exemple, affirmé que les militants de sont parti, persécutés, étaient les "nouveaux juifs" d’Autriche.
 
Le parquet d’Innsbruck a ouvert une enquête sur ces affiches de campagne, afin de déterminer s’il s’agit d’une "incitation à la haine". L’ambassade marocaine à Vienne a par ailleurs qualifié ces messages de "diffamants et discriminants" et déclaré que le Parti autrichien de la liberté tentait "d’attirer des voix au mépris des droits de l’Homme".
 
D’après la presse locale, la ville d’Innsbruck, au Tyrol, ne compte pourtant que quelques centaines de Marocains sur ses 120 000 habitants. Une communauté principalement constituée de personnes sans papiers.
 

"Beaucoup de bars et de restaurants locaux ne nous laissent pas entrer"

Radwan (pseudonyme), 30 ans, est marocain. Immigrant clandestin, il vit à Innsbruck depuis un an.
 
 
Comme la plupart des immigrants marocains vivant ici, je suis jeune, sans diplômes et je dois me débrouiller pour vivre dans l’illégalité. Mais je ne suis pas un voleur comme beaucoup de gens le disent.
 
Le plus difficile pour nous, c’est de supporter les brimades de la police. Ils nous harcèlent tous les jours. C’est très humiliant.
 
Et puis beaucoup de bars et de restaurants locaux ne nous laissent pas entrer. Ils nous demandent de partir, sans même donner d’explication. Et on le fait parce qu’on ne veut pas de problèmes. Autant écrire sur la porte d’entrée "Interdit aux Marocains et aux chiens".
 
J’ai gâché ma jeunesse à essayer de vivre en Europe. Et maintenant je ne peux plus rentrer au Maroc. Ma vie est ici, même si mes demandes d’asile ont échoué. Je ne comprends pas vraiment ce que je devrais faire pour être régularisé. Depuis que je suis arrivé en Europe, je dors la plupart du temps dans la rue. En ce moment je suis dans un refuge, mais il ferme à la fin du mois.
 

"Nous avons très peu de financements pour les programmes d’aide aux migrants marocains"

Christof Gstrein travaille pour la région du Tyrol. Depuis près de dix ans il organise l’accueil des réfugiés, notamment Marocains.
 
 
Ces affiches ne changent pas grand-chose. La vie des Marocains était déjà terrible avant et on savait que ce racisme existait.

L’immigration en provenance du Maroc est un phénomène récent et elle se concentre à Innsbruck, car cette ville est près de la frontière italienne, qui est un point de passage pour les migrants. Pourtant, ils ne sont pas plus de 50 en ville. Et peut-être une trentaine de plus en prison.
 
On essaie de leur apprendre l’allemand et de leur trouver de petits boulots. Notamment pour que ceux qui vendent de la drogue trouvent un autre moyen de subsister. Mais nous avons très peu de financements pour ce genre de programme.
 
 
 
Ici, une journaliste autrichienne, Susanne Scholl, détourne le slogan du parti d'extrême droite sur un tee-shirt où est inscrit : "Je suis marocain, ne me volez pas".