Après avoir tergiversé sur l’application du plan de Kofi Annan, les autorités syriennes se sont résolues à mettre en œuvre un cessez-le-feu dans les villes que l’armée bombardait sans relâche depuis plusieurs mois. Sur le terrain, nos Observateurs ont remarqué une trêve dans les bombardements, mais les snipers continuent de tirer.
 
Le plan de sortie de crise de Kofi Annan, émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, a été accepté par le régime de Bachar al-Assad le 2 avril. Il prévoyait un retrait total des chars des villes au plus tard le 10 avril 2012, étape préalable à un cessez-le-feu 48 heures plus tard.
 
Le retrait des chars n’a pas été respecté par les autorités syriennes qui ont laissé l’armée bombarder les villes rebelles le 11 avril. Peu avant le début du cessez-le-feu, le ministère de la Défense syrien a appelé ses troupes à stopper les actions militaires jeudi matin à 6 heures (heure locale), mais quelques heures plus tard, le Conseil national syrien (CNS) faisait déjà état de la mort de trois civils.
 
Les violences ont fait selon l'Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) plus de 10 000 morts, en majorité des civils, depuis le début de la contestation.
 
Check-point et présence militaire à Keswa. Vidéo publiée sur YouTube.

"Les snipers continuent de sévir malgré le cessez-le-feu"

Rami (pseudonyme) est un activiste qui vit à Homs.
 
Aujourd’hui, la situation est bien plus calme que les jours précédents. Mise à part quelques tirs sporadiques tôt ce matin, il n'y a pas eu de bombardements. Par contre, la présence militaire est toujours très dense. Les chars, les soldats, les check-points et les snipers sont dispersés dans toute la ville de Homs.
 
Sniper sur le toit d'un hôpital de la ville de Homs.Vidéo postée sur YouTube.
 
Les snipers posent l'essentiel du problème à l'heure actuelle. Quasiment la moitié des personnes tuées ces derniers jours se sont faits tirer dessus par des snipers. Et aujourd’hui, malgré le cessez-le-feu, ils continuent de sévir. Quatre personnes ont été blessées par des tirs de snipers depuis ce matin à Homs.
 
La vie n’a pas repris son cours. Les magasins sont toujours fermés et les habitants n’osent pas sortir de chez eux par crainte d’être la cible de l'un de ces tireurs. Il en sera ainsi tant que le régime ne retirera pas son arsenal militaire de la ville.
 

"Nous ne nous sentons pas plus en sécurité"

Mohammad Ali est activiste à Zabadani.
 
Ce matin, à 5h50 (heure locale), une dizaine de roquettes sont tombées sur la rue Al-Barda à Zabadani. Ce sont les derniers tirs qu’on a entendu, juste avant l’entrée en vigueur effectif du cessez-le-feu. Toutefois, nous n’avons remarqué aucun changement au niveau de la présence militaire. Les check- points sont toujours présents dans Zabadani ainsi que dans toute la périphérie de la ville. Les snipers sont toujours postés sur les toits des bâtiments et les canons des chars orientés vers nous. Nous ne nous sentons pas plus en sécurité.
 
Un char à Zabadani après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu. Vidéo publiée sur YouTube.
 
Je ne crois pas au plan Annan, je pense que les autorités veulent gagner du temps, comme ils le font depuis le début. S’ils sont vraiment sincères, alors qu’ils retirent les chars des villes, que les snipers arrêtent de nous viser et que les militaires retournent dans leurs casernes. Ici, la population a perdu espoir en toute initiative internationale depuis l’échec du plan arabe de sortie de crise. Ce soir, nous sortirons comme d’habitude pour manifester contre le régime.
 
Billet rédigé en collaboration avec Mahamadou Sawaneh, journaliste à FRANCE 24.