Trois femmes sont actuellement emprisonnées en Russie pour avoir improvisé un concert punk anti-Poutine dans une cathédrale de Moscou. Un "blasphème" qui a tellement fâché certains prêtres orthodoxes qu’ils ont fait circuler une pétition demandant à ce que les chanteuses soient sévèrement punies. Notre Observateur, lui-même prêtre orthodoxe, n’est pas de cet avis.

Les Pussy Riots est un groupe de musiciennes qui se produisent masquées dans des lieux incongrus. Elles se sont fait connaître en chantant "Poutine est une pleureuse" sur la place Rouge en janvier dernier. Un fait d’arme qui leur avait déjà coûté une amende.
 
 
Leur dernière performance a eu des conséquences bien plus graves. Le 19 février, elles sont entrées dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou pour se déchaîner en chantant "Sainte mère de dieu, virez Poutine". Leur chanson dénonçait notamment le lien supposé entre le patriarche orthodoxe Kirill et le KGB (devenu FSB). Les jeunes femmes avaient qualifié leur performance de "prière punk".
 
 
Nadezhda Tolokonnikova et Marina Alyokhina ont été arrêtées le 3 mars pour hooliganisme. Une troisième femme, Yekaterina Samutsevich, a été interpellée le 16 mars pour les mêmes faits. Elles seront jugées en avril, bien que les trois femmes nient avoir participé à la performance de la cathédrale du Christ-Sauveur.

Les Russes sont divisés sur cette affaire. Beaucoup se rangent du côté des prêtres offensés. Mais des membres de l’opposition ont appelé à leur libération, insistant sur le fait que deux des prisonnières ont des enfants en bas âge. Des manifestations de soutien ont même été organisées dans plusieurs villes du pays et une pétition demandant leur libération a été lancée. Cette dernière a déjà réuni plus de 6 000 signatures, dont celles de plusieurs prêtres orthodoxes.
 
Le 18 mars, les médias russes ont découvert qu'une autre pétition était initiée par l'Eglise orthodoxe. Le texte stipulait que les personnes ayant participé de près ou de loin à cette performance soient condamnées à titre d'exemple. Les responsables religieux se sont défendus en expliquant que c'était  une initiative des prêtres.
 

"La réaction de l’Eglise porte atteinte à notre réputation"

Père Konstantin Kravstov est le prêtre de l’Eglise de l’Annonciation dans le quartier de Petrovsky Park à Moscou.
 
Les Pussy Riots ont un message politique, mais elles attaquent aussi nos chefs religieux. Elles ont donc provoqué des réactions dans les cercles religieux comme dans la société civile. Pour autant, je pense que la polémique aurait été moins grande si elles n’avaient pas été arrêtées. Personnellement, je trouve leur emprisonnement trop sévère. On aurait pu leur faire signer un document dans lequel elles s’engageaient à ne pas quitter le territoire avant leur procès.

La pétition demandant à ce qu’elles soient jugées sévèrement n’est pas une initiative privée de quelques prêtres. L’ordre vient d’un protopape [prêtre de rang élevé dans l’Eglise Orthodoxe] J’ai vu la lettre de mes propres yeux. Cette initiative est pour moi contraire à l’esprit chrétien.  Notre Seigneur appelle à la clémence, et non au lynchage. Il est vrai que selon l’Ancien Testament, le blasphème doit être puni par la lapidation. Mais ce passage ne se retrouve pas dans le Nouveau Testament. La seule punition que peut infliger notre Eglise, c’est l’excommunication, mais pour cela il faut évidemment faire partie des fidèles. En l’occurrence, nous ne savons pas si ces femmes sont chrétiennes. Et si elles ne le sont pas, nous ne pouvons rien faire.

Aller jusqu’à les condamner pour "incitation à la haine religieuse" est simplement disproportionné et préjudiciable à notre réputation."