MALAISIE

Les Malaisiens ne veulent pas devenir la poubelle radioactive de l’Australie

Vêtues de verts et à grand renfort de banderoles, des milliers de personnes ont protesté dimanche 26 février contre l’installation de la plus grand usine du monde de traitement de terres rares à Kuantan, la capitale de l'Etat de Pahang, à l’est de la Malaisie. Une usine australienne aux activités extrêmement polluantes que les manifestants préféreraient renvoyer chez elle. 

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Rassemblement contre l'installation de l'usine australienne de traitement de terres rares à Kuantan, en Malaisie.

 

Vêtues de verts et à grand renfort de banderoles, des milliers de personnes ont protesté dimanche 26 février contre l’installation de la plus grand usine du monde de traitement de terres rares à Kuantan, la capitale de l'Etat de Pahang, à l’est de la Malaisie. Une usine australienne aux activités très polluantes que les manifestants préféreraient renvoyer chez elle.

 

L'usine, dont la construction par le géant minier australien Lynas est presque achevée, doit devenir la plus grande du monde pour le traitement de terres rares, matériaux indispensables à la fabrication de produits de haute technologie tels que les téléphones portables, les missiles, les éoliennes ou encore les voitures électriques. Mais, associés à des éléments radioactifs, les terres rares sont polluantes lors de leur extraction ainsi que lors de leur raffinage. Ce business lucratif est jusqu’à présent dominé par la Chine qui contrôle 97% de la production mondiale dans des conditions environnementales et sociales désastreuses. L’écosystème de la région de Baotou, une des principales zones de production de terres rares, a été totalement dévasté par plusieurs années d'exploitation intensive. 

 

Le 1er février, le Conseil des licences pour l'énergie atomique de Malaisie accordait une licence provisoire de deux ans à Lynas pour l'entrée en activité de son usine à Kuantan. C’est du Mont Weld, un gisement de l’ouest australien présenté comme le plus riche de la planète, que seront extraits les minerais expédiés en Malaisie. Plusieurs habitants et écologistes se sont indignés de cette décision, arguant que le groupe minier disposait d’une licence d’exploitation de terres rares sur le sol australien.

 

Lynas, de son côté, tente de rassurer en répétant que le gouvernement malaisien surveille étroitement l’usine et peut la fermer s’il estime qu'elle ne répond pas aux normes de fonctionnement fixées. Toujours selon la compagnie, les déchets radioactifs produits seront de faible intensité et sans danger pour l'Homme. Mais déjà plusieurs questions se posent comme celle du stockage de ces déchets. En effet, l’Australie a d’ores et déjà indiqué qu’elle ne souhaitait pas les accueillir sur son territoire

 

"La route vers l'usine Lynas est bloquée" écrit l'auteur de cette photo, publiée par @juanajaafar sur Twitter.

"L’exploitation de l’usine serait une double catastrophe, pour l’économie locale et pour l’environnement"

Fuziah Saleh représente Kuantan au Parlement malaisien depuis 2008. Elle mène la campagne "anti-Lynas" avec les associations écologistes et des habitants de la région.

 

Fuziah Saleh (au centre) dimanche 26 février à Kuantan.

 

Dimanche, les autorités ont compté 3 000 manifestants et les organisateurs près de 30 000. Il y avait au moins 20 000 personnes selon moi, des familles, des groupes d’amis, des associations, des partis politiques. Je n’avais jamais vu ça en Malaisie. C’est la plus importante mobilisation pour l’environnement jamais organisée dans le pays.

 

La Malaisie a beaucoup à perdre et rien à gagner avec cette usine. Son exploitation serait une double catastrophe, pour l’économie locale et pour l’environnement.

 

Les dirigeants de Lynas se moquent de nous. D’abord, ils ont obtenu une exonération de taxes pour les 12 prochaines années alors qu’il n’y a aucune raison valable à ce traitement de faveur, c’est scandaleux. En Australie, ce sont les autorités de régulation nucléaire qui prennent les décisions concernant ce secteur. Mais visiblement, en Malaisie, ce sont les politiques. Par ailleurs, dans la présentation de son projet, Lynas affirme que les terres rares sont utilisées dans les industries vertes, c’est vrai, mais l’extraction produit des déchets radioactifs.

 

"L’usine va créer 350 emplois, mais en menace bien plus dans les secteurs de la pêche, de l’agriculture et du tourisme"

 

La compagnie affirme que l’usine va contribuer à développer l’économie locale, mais elle ne va créer que 350 emplois, c’est ridicule comparé au nombre d’emplois menacés. Les habitants de la région dépendent de la pêche, de l’agriculture et du tourisme. Il y a d’ailleurs un Club Med installé à quelques kilomètres du site. Ces secteurs sont évidemment en première ligne face aux déchets radioactifs que produira l’extraction de terres rares.

 

Lynas profiter des failles des lois environnementales malaisiennes pour faire encore et toujours plus de profits. La compagnie pourrait installer son usine en Australie puisqu’elle a une licence pour l’exploitation des terres rares là-bas. Mais si elle ne le fait pas, c’est parce qu’elle serait obligée de planter son usine au beau milieu du désert et de construire des centaines de kilomètres de tuyaux pour acheminer l’eau, le gaz, etc. L’usine malaisienne coûte beaucoup moins cher qu’une usine en Australie et les normes de sécurité sont bien moins strictes et contraignantes ici.

 

Pourtant, en cas d’accident, l’impact serait bien plus limité si l’usine était installée dans le désert australien. Dans la région de Kuantan, il y a de nombreuses villes et environ 700 000 habitants dans un rayon de 30 kilomètres autour de l’usine. Autre problème : la contamination de l’eau par les déchets radioactifs. En plein désert, la question ne se pose même pas, alors qu’ici il y a de l’eau partout.

 

"Nous contestons à la fois la licence émise par les autorités malaisiennes et les conclusions du rapport sur l’impact environnemental"

 

Sans compter que les autorités australiennes ne veulent même pas récupérer les déchets radioactifs produits par Lynas. Elles préfèrent s’en débarrasser dans notre jardin. Quand Lynas quittera la Malaisie, c’est nous qui vivrons avec ses déchets.

 

Nous sommes prêts à tout pour empêcher Lynas d’exploiter l’usine, nous ne ferons pas de compromis. En novembre 2008, quand la compagnie a obtenu l’autorisation de construire son usine à Kuantan, j’étais presque la seule à élever la voix. Heureusement la mobilisation a pris de l’ampleur depuis.

 

J’étais aujourd’hui au palais de justice de Kuala Lumpur pour soutenir l’action d’un groupe d’habitants de Kuantan. Ils demandent l’annulation de la licence d’exploitation accordée à Lynas. S’ils y parviennent, ils pourraient empêcher la mise en route de l’usine. Du coup, le gouvernement cherche la petite bête sur des détails de procédure juridiques. Plusieurs actions en justice ont été lancées, nous contestons à la fois la licence émise par les autorités malaisiennes et les conclusions du rapport sur l’impact environnemental. Nous ne voulons pas laisser de brèches juridiques dans lesquelles pourraient s’engouffrer Lynas. Je ne veux pas que la ville où je suis née, et qu’aujourd’hui je représente, soit détruite.  

 

La foule à Kuantan le dimanche 26 février. Photo publiée par @NajwanHalimi sur Twitter.

 

La foule à Kuantan le dimanche 26 février. Photo publiée par @Snowpiano sur Twitter.

 

"Nous ne sommes pas des rats de laboratoires" dit la pancarte. Photo prise dimanche 26 février à Kuantan et publiée par @juanajaafar sur Twitter.

 

"Lynas, dégage de Kuantan", dit la pancarte. Photo publiée par @juanajaafar sur Twitter.

 

"Vous faîtes de l'argent, on meurt", est-il écrit sur la pancarte de ce manifestant allongé au sol. Photo publiée par @delCapo sur Twitter.