Sur les pancartes : "Des espaces verts, de l'oxygène propre", "Protégez notre nature" et "Rendez le parc au peuple"
 
Plus de trois mois après l’expulsion par la police des militants d’Occupy Wall Street à New York, le mouvement de contestation lancé en 2011 a bien du mal à rebondir à travers le monde. Et c’est à Erevan, la capitale arménienne, qu’Occupy a trouvé un nouveau souffle.
 
Depuis un mois, des manifestants écologistes occupent le parc Mashtots afin d’obtenir sa préservation. Récemment, les autorités avaient entamé la relocalisation d’un ensemble de boutiques, pour une période de deux à trois ans, au beau milieu de cet espace vert public, un des derniers de la ville. L’identité des propriétaires de ces commerces n’a pas été révélée, mais les manifestants affirment que ces projets ont été lancés par des oligarques proches du pouvoir. Ils considèrent par ailleurs que ces travaux se font en violation des lois environnementales et d’urbanisme.
 
À l’issue de plusieurs semaines de mobilisation, de sensibilisation de la population locale et de rencontres avec des personnalités politiques et du monde de la culture, les militants d’"Occupy Mashtots Park" ont remporté jeudi une première bataille : les autorités de la ville ont annoncé le gel des travaux. Les militants attendent maintenant la destruction des boutiques déjà érigées.
 
Images de la mobilisation au parc Mashtots. Vidéo publiée sur Youtube par epressam.

"Nous avons érigé une 'statue' à l'effigie des oligarques pour leur rappeler qu’ils ne sont pas au-dessus de la loi"

Bayandur Pogosyan habite Erevan. Il a participé au mouvement Occupy qui s’est installé dans le parc Mashtots et a dormi sur place pendant plusieurs semaines. C’est en entamant une grève de la faim qu’il est devenu l’un des "visages" du mouvement.
 
Bayandur Pogosyan pendant l'occupation du Parc Mashtots.
 
La sauvegarde du parc Mashtots est un enjeu majeur pour Erevan car il s’agit d’un des derniers espace vert public de la ville. Quand l’Arménie a pris son indépendance [de l’ex-URSS en 1991] de nombreux espaces verts, qui n’auraient pas dû l’être, ont été privatisés ou sacrifiés pour qu’y soient installés des cafés et des boutiques. Les autorités ont laissé faire. Aujourd’hui les agents de sécurité de ces espaces privés peuvent refuser l’entrée aux habitants de la ville selon leur bon vouloir. Ça ne m’est jamais arrivé, mais l’idée que ce soit possible est vraiment désagréable.
 
Le mouvement a commencé début février grâce à la mobilisation d’éco-activistes et de personnes qui habitent aux alentours du parc. Nous étions quelques dizaines au début, puis plusieurs centaines au plus fort du mouvement. Nous restions dans le parc en permanence. Mais mardi soir, les autorités nous ont annoncé que les constructions étaient suspendues. Elles voulaient se donner le temps de la réflexion. Mais, à peine rentré chez moi, j’apprenais que les travaux avaient repris de plus belle en pleine nuit.
  
Les travaux de construction des boutiques au parc Mashtots en pleine nuit. Vidéo publiée par a1plusnews sur Youtube.
 
"Nous continuerons à occuper le parc jusqu’à la destruction des kiosques"
 
C’est là que j’ai décidé de commencer une grève de la faim. J’avais prévu de ne pas manger pendant huit jours, mais ma grève n’a finalement duré que cinq heures car les policiers nous ont affirmé mercredi soir que les constructions allaient effectivement cesser. Et le lendemain, le Conseil de la ville a confirmé le gel des travaux. [Le Conseil public d’Arménie, conseil de figures politiques et publiques, avait demandé jeudi à la municipalité d’Erevan d’interrompre les travaux le temps que leur légalité soit établie]. Le gel des constructions est une victoire importante, mais j’attends maintenant l’arrêté municipal qui ordonnera la destruction des kiosques... Si notre mobilisation a abouti, je pense que c’est parce que les autorités voulaient éviter que le "buzz" ne dépasse les frontières.

Nous avions de bonne raisons de penser que ces constructions étaient illégales car au début du mouvement nous avions demandé plusieurs documents officiels, notamment les autorisations de construction. Une semaine plus tard, les autorités nous ont montré des papiers corrigés au stylo. Et des questions aussi cruciales que l’impact environnemental des travaux ne figuraient pas sur ces documents.
 
Le plus obscur dans cette affaire, c’est l’identité des propriétaires des boutiques. Je n’ai pas eu la chance de les rencontrer, ils ne se sont jamais montrés au parc, on sait à peine qui ils sont. [Selon certains médias locaux, elles appartiendraient à Gagik Beglaryan, le frère de l’ancien maire d’Erevan]. On a tout de même érigé une "statue" à l'effigie des oligarques dans le parc [ci-dessous] pour leur rappeler qu’ils ne sont pas au-dessus de la loi.
 
 
Nous voulions un mouvement citoyen et non pas un mouvement politisé. Et si nous avons effectivement reçu la visite d’hommes politiques, nos principaux soutiens étaient des intellectuels, des artistes, des écrivains, ou encore des musiciens…
 
L’occupation du parc a permis de créer un lien entre les gens, nous avons organisé des concerts, des projections, des expositions, des débats... Nous continuerons à l’occuper jusqu’à la destruction des kiosques, puis on continuera à l’animer et à accueillir les visiteurs."
 
Les policiers surveillent les constructions du parc Mashtots. Photos publiées sur Google+ par Bayandur Pogosyan.
 
 
Les militants ont installé des tentes et construit des abris dans le parc. Photos publiées sur Google+ par Bayandur Pogosyan.