Cette vidéo filmée dans une prison saoudienne a provoqué la colère des organisations qui dénoncent les conditions de détention dans le pays. Pour notre Observateur, qui a lui-même passé quelques temps dans les geôles du royaume, la situation ne fait qu’empirer.

En Arabie saoudite, de nombreux prisonnier parviennent à se procurer illégalement des téléphones portables et les utilisent pour filmer leur quotidien (de la même manière, en France, des prisonniers avaient réussi à diffuser des images de la prison de Fleury-Mérogis, en 2008). La dernière vidéo en date provient de la prison de Braiman, située dans la ville de Jeddah, située à l'ouest de l’Arabie saoudite. On y voit des hommes assis ou allongés entassés sur des matelas de fortune dans un couloir. Une situation que l’on retrouve dans tous les locaux de la prison, selon une source qui a visité les lieux.
 
La National Society for Human Rights, une organisation autorisée par le gouvernement, a affirmé à plusieurs reprises que les prisons du pays étaient surpeuplées, notamment à cause des détentions de longue durée de personnes attendant leur procès. Human Rights Watch a, par ailleurs, signalé dans plusieurs rapports les conditions de détention inhumaines des prisonniers, dont le cas de cinq Éthiopiens morts de suffocation au mois d’août dernier dans une prison surpeuplée. Un problème auquel les autorités disent vouloir remédier, notamment en mettant en place des programmes de service à la communauté comme alternative à l’incarcération.   

"Ma cellule faisait 5 mètres sur 6 et j’avais 23 autres co-détenus"

Hussain est un militant saoudien qui a fait plusieurs séjours en prison après avoir participé à différentes manifestations contre le gouvernement. Au printemps dernier, il a passé trois mois et demi dans l’est du pays, dans le centre de détention de Khobar.
 
Ces derniers temps, les prisons sont de plus en plus surpeuplées et les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles. La prison de Khobar, la dernière où j’ai été incarcéré, était sans doute la pire de toutes - peut-être même pire que ce que l’on voit sur cette vidéo. Ma cellule faisait 5 mètres sur 6 et j’avais 23 autres co-détenus. Nous organisions des tours pour dormir, certains étaient même couchés dans les toilettes. Et même quand il faisait très froid, nous n’avions pas de couverture.

L’hygiène était catastrophique. La nourriture était à peine cuite. Quand on nous servait du poulet, il y avait encore des plumes sur la viande. Dans ces conditions, les détenus tombaient très souvent malades et comme nous vivions les uns sur les autres, on était très vite tous contaminés. Sans compter qu’il était extrêmement compliqué de voir un médecin.

Après mon arrestation, j’ai été frappé lors de l’interrogatoire et blessé au dos. Et en prison, ça n’a fait qu’empirer parce que je dormais à même le sol. J’ai demandé à voir un docteur. Ça a pris deux semaines et, finalement, il ne m’a donné que du paracétamol, ce qui n’a eu aucun effet. Quels que soient les symptômes, les médecins ne donnaient que ça. Celui que j'ai vu m’a expliqué que non seulement il n’avait pas le droit de prescrire autre chose mais qu’en plus, il n’avait rien d’autre. L’état de mon dos s’est tellement dégradé qu’ils n’ont pas eu d’autre choix que de me faire sortir pour être soigné à l’hôpital.  

Ce qui est étonnant, c’est qu’on entend beaucoup aux informations que de nouvelles sommes d’argent sont allouées aux prisons et que les conditions de détention s’améliorent… mais rien n’est perceptible dans la réalité. L’argent n’a pas l’air d’arriver à destination."